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Un aspect du pluralité médicale en Chine populaire: les pratiques de qigong. Dimension thérapeutique, dimension sociale

Authors
  • Micollier, Evelyne
Publication Date
Dec 21, 1995
Source
HAL-Paris 13
Keywords
License
Unknown
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Abstract

Le qigong, « pratiques du qi, travail du souffle, exercices de l'énergie vitale », ou encore pratiques du corps et de cultivation de soi, est un ensemble de pratiques et de savoirs à dimension thérapeutique et religieuse, auquel s’ajoute des éléments de biomédecine et de biologie moderne. Il se situe au cœur de la pluralité thérapeutique révélant des savoirs et des pratiques populaires, traditionnelles et modernes qui renvoient à des éléments fondamentaux de la pensée et de la culture chinoises. La première partie de la thèse porte sur la pluralité thérapeutique en Chine dans une perspective historique et anthropologique ; la deuxième se focalise sur les pratiques de qigong, exemple paradigmatique de pratique plurielle. Le qigong est envisagé dans ses dimensions thérapeutiques et sociales : il est considéré comme un phénomène social et comme un mode d'expression privilégié du renouveau religieux. La recherche est fondée sur des concepts et des méthodes de l’anthropologie sociale (ethnologie, ethnographie), de l’anthropologie de la santé (étude du pluralisme médical) et du champ des études chinoises (histoire et sources). Elle fut conduite en Chine pendant 13 mois en milieu rural dans la province de Hainan en 1990 et en milieu urbain à Canton en 1991-1992, en contexte multi-ethnique, pluri-linguistique et sub-ethnique (Han). Recueillies à Canton, les données sur le qigong sont constituées de données de l’observation participante, de sources orales issues d'entretiens, de conversations et de la construction de récits de vie, et de sources écrites et audio-visuelles diverses (publications locales&nationales, presse, hagiographies, documents officiels/non-officiels. manuels de formation, sources historiques; documents audio, vidéos de pratiques, conférences, démonstrations techniques de maîtres, séances de soins, émissions radiophoniques, télévisées).Le qigong qui se décline en de nombreuses formes aux significations multiples s’enracine dans des pratiques religieuses, médicales et martiales. Il montre aussi l’importance de la science dans son développement contemporain à partir des années 1980. Les voies de légitimation sont recherchées dans le modèle « scientifique ». Cette configuration hétérogène et «hybridé» renvoie au moins à deux théories de la connaissance, l’une qui s’inscrit dans une continuité épistémologique locale&nationale, et l’autre, originaire d’Europe, adaptée au contexte chinois. Enfin, le qigong en Chine populaire éclaire des aspects de la gouvernance dans le monde chinois et des interactions entre acteurs de l’Etat et de la société civile. Pendant plus d’une génération, il fut un moyen d’expression privilégié pour des personnes, des groupes et des organisations de la société chinoise. Il constitue donc un observatoire idéal pour l’étude des transformations sociales et du réagencement du répertoire culturel aux « caractéristiques chinoises » en période de mise en œuvre accélérée de réformes économiques initiée dans les années 1980s. Ses multiples facettes nous plongent dans l’univers des pratiques religieuses et scientifiques. Au début des années 1990, j’ai observé et analysé sur le terrain en Chine des formes de qigong médical révélant toujours des ramifications religieuses au regard des pratiques, des idées et des affiliations des pratiquants. Institutionnalisés dans le cadre pré-construit de l’insertion de la médecine traditionnelle dans le système de santé publique, système de «médecines intégrées» résultant d’une restructuration du système de santé post-1949, les composantes médicales furent mises en avant au détriment des éléments religieux. L’obsession « officielle » qui se manifestait aussi chez certains maîtres exerçant dans l’institution médicale, était de démontrer « scientifiquement » l’efficacité du qigong. Les voies de légitimation du qigong passent donc par des protocoles de recherche expérimentaux mais aussi par un ensemble de référents historiques culturels et religieux. Les formes et les contenus de la transmission révèlent des variations fines à partir de biographies ethnographiques : la construction de la relation maître/disciple est encore au cœur de la transmission, avec sa palette de nuances créatives. Au-delà de certaines permanences, des processus nouveaux de production des savoirs caractérisés par une recomposition plurielle en matière de théories de la connaissance, voient le jour. Des formes d’organisation sociales et des réseaux tissés entre groupe de populations, entre acteurs civils et officiels, sont aussi révélés par le phénomène social qigong.Le qigong, pratique sociale et savoir hybride, éclaire des processus d’interactions à l’œuvre entre science et religion, modernité et tradition au temps de transformations sociales profondes en Chine et de la globalisation (cf. Micollier, E. 1996 « Entre science et religion, modernité et tradition, le discours pluriel des pratiquants du qigong » dans J.Benoist éd. Soigner au pluriel. Essais sur le pluralisme médical, Paris, Karthala : 205-223).

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