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Théâtralités contemporaines de l’incantation: Du corps vibrant à l’inquiétude du monde

Authors
  • Maisetti, Arnaud
Publication Date
Mar 01, 2018
Source
HAL-UPMC
Keywords
Language
French
License
Unknown
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Abstract

Sur les scènes parmi les plus vives et considérables de notre temps, s’entendent des recherches nouvelles sur la voix et le corps, non comme pure technique de profération, mais comme nœud de relation : des metteurs en scène renouent finalement avec un geste qui est moins une croyance qu’une opération - la langue y est une force d’action qui déplace, le langage produit dès lors des soulèvements pour devenir l’enjeu d’une exécution – pas seulement musicale, mais comme on terrasserait un ennemi. Incantation qui résiste à son propre charme aussi : où il ne s'agirait pas de produire des effets pour charmer ni d'être maître de ces effets : mais de lever les conditions d'une libération, territoire où on assassinerait la magie pour la délivrer. Il s'agirait de parler une langue impossible : une langue qui ne soit pas celle de l’universel reportage de nos jours – manière de se la réapproprier, défigurer ses traces pour mieux la réinventer. L’incantation n’y serait pas une formule à retrouver, syntaxe commune, ou langue en partage : plutôt l’endroit d’une singularité manifeste, inexemplaire, l’élaboration d’un inouï. En somme, pour le dire avec Georges Bataille : une incantation de l’érotisme – l’érotisme, cette « substitution de l’instant ou de l’inconnu à ce que nous croyions connaître », l’instant pour Georges Bataille étant « ce qui arrive. Par exemple l’éléphant, la colère, la ruée désastreuse d’un grand nombre d’éléphants, un embarras inextricable ». Incantation érotique, celle de l’instant : elle produirait un non-savoir seul capable de nous armer face au monde rendu à neuf ; incantation qui produit la charge de l’éléphant pour évanouir « le réel discursif » (Bataille encore).À cet égard, l’incantation se dresse comme ce lieu, autant que cette parole, qui loin de produire des effets, libèrent : et qui loin d’aliéner celui qui écoute, l’émancipe. Retournement, sans doute, de la conception archaïque, où le mage charme celui qui, pris dans les filets de l’incantation, demeure en son pouvoir. Mais sur les scènes contemporaines, débarrassées justement de l’effet de croyance, l’acteur produit un effet sans maîtrise : une puissance qui échappe à celui-là même qui la délivre et qui en est à la fois objet et sujet. L’acteur dès lors paraît être – plutôt que mage – intercesseur des forces qui (le) libèrent. Car l’incantation se définit aussi par sa fonction libératrice, celle de mettre en mouvement le corps pour le déposséder : puissance conjuratoire de l’incantation, qui est précisément le sens politique de certaines théâtralités contemporaines, que d’un mot on qualifiera de vengeresse. Exorcisme qui, sur quelques scènes actuelles, se porte sur le monde pour mener contre elle une guerre sans cesse recommencée.Incantation politique. Ce sera ici de notre propos, l’hypothèse et le désir. Car à l’hypothèse d’un théâtre où la forme esthétique serait engagée dans un questionnement politique est lié au désir de refuser que l’esthétique soit une forme close sur elle-même, tout autant que le politique soit un pur motif posé sur le théâtre comme un thème, ou – pire – un discours . Ce serait au contraire proposer un théâtre où politique serait sa pratique dans la mesure où le politique serait le levier d’un mouvement qui permettrait que soit nommé notre temps afin que se soulèvent les possibles de sa transformation.

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