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Stratégies collectives et enjeux de légitimité : deux révoltés dans le Maghreb omeyyade (fin du IVe/Xe siècle)

Authors
  • Montel, Aurélien
Publication Date
May 24, 2018
Source
Kaleidoscope Open Archive
Keywords
Language
French
License
Unknown
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Abstract

Au cours de la décennie 380/990, le Maghreb occidental fut secoué par deux graves révoltes, menées par des émirs berbères qui avaient pourtant été les lieutenants du califat de Cordoue dans la région, Yaddū ibn Yaʽlā (381-382/992-993), et Zīrī ibn ʽAṭiyya (388/998). Les chroniqueurs médiévaux, relayant la tradition historiographique andalouse, ne les considèrent cependant que comme des dissidences vis-à-vis de l’autorité légitime, condamnables par essence. L’analyse de la culture politique locale, du rôle du califat de Cordoue dans l’équilibre de la région, et des discours que développèrent Yaddū puis Zīrī à l’encontre des Omeyyades de Cordoue et de l’omniprésent al-Manṣūr ibn Abī ʽĀmir, suggèrent cependant une autre lecture. Ces mouvements de contestation semblent trouver leur origine dans les stratégies qu’avaient menées Yaddū comme Zīrī pour tirer profit de la poussée impériale du califat de Cordoue au Maghreb, en investir la hiérarchie, et ainsi obtenir une légitimité complémentaire à celle qu’ils tiraient de leur appartenance à de prestigieux lignages émiraux berbères. De fait, l’importance croissante prise par ces grands émirs berbères dans l’exercice de la domination andalouse, ainsi que l’exercice plus direct du pouvoir par al-Manṣūr ibn Abī ʽĀmir, ont fini par rompre le compromis proposé par les Omeyyades à leurs relais maghrébins dans la première moitié du IVe/Xe siècle. Le parcours de ces acteurs permet donc d’envisager ces révoltes comme des tentatives d’émancipation d’une tutelle politique jugée trop pesante. Les tentatives de Yaddū et de Zīrī, qui sont les plus manifestes dans ce contexte de la fin du IVe/Xe siècle, apparaissent ainsi comme le produit d’une contradiction entre des espaces politiques d’échelles différentes, nourrie par des divergences en matière de cultures politiques et de sources de légitimité. Elles mettent ainsi en perspective le fait que la relation politique nouée entre le califat de Cordoue et ses relais maghrébins n’était pas à sens unique : ceux-ci participaient pleinement à cette dialectique de domination, tirant parfois grand bénéfice de la construction impériale mise en place par les Omeyyades.

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