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Pourquoi les adolescentes ont moins de possibilités réelles de faire du vélo que les adolescents. Approche sociologique

Authors
  • SAYAGH, David
Publication Date
Mar 23, 2018
Source
HAL-UPMC
Keywords
Language
French
License
Unknown
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Abstract

L'objectif général de cette thèse est de se demander dans quelle mesure - notamment au cours de l'adolescence - les alternatives réelles de mobilités à vélo des filles sont particulièrement limitées par rapport à celles des garçons. Nos résultats s'appuient à la fois sur l'exploitation statistique de la dernière Enquête Nationale Transports et Déplacements disponible (ENTD 2008) ; sur de l'observation directe et indirecte ; sur un corpus de 101 entretiens semi-directifs réalisés avec 43 garçons et 39 filles âgé·e·s de 17 ou 18 ans, ainsi que 26 de leurs parents, dans des milieux géographiques et sociaux variés des métropoles de Montpellier et de Strasbourg ; sur un corpus d'images (n = 200); sur un corpus de discussions électroniques (n = 22); et sur un corpus d'articles numériques d'information (n = 30). À travers une analyse sociologique notamment dispositionnaliste et autant que possible intersectionnelle, nous montrons que les socialisations sexuées au (et par le) vélo méritent à être analysées dans leurs articulations avec les dimensions sexuées des socialisations aux activités physiques/sportives, des socialisations à l'investissement de l'espace public ; des socialisations au risque ; et des socialisations à la sexualité hétéronormée, mais également dans leurs articulations avec les normes et les codes de beauté sexué·e·s. Si toutes les adolescentes ne sont pas sujettes de la même manière aux mêmes injonctions socialisatrices - de surcroît parfois contradictoires entre elles - celles qui impactent essentiellement des filles participent notamment à l'incorporation ou au renforcement de dispositions assujettissantes à protéger son corps, à éviter de forcer physiquement, à craindre de se déplacer seules, de s'aventurer, et de traîner dans l'espace public. Coproduites et mutuellement renforcées avec des compétences cyclistes sexuées, ainsi que des équipements sexués, ces dispositions peuvent être plus ou moins activées ou mises en veille selon les contextes. Malgré des variations - notamment observées selon les milieux socio-économiques et résidentiels - elles se repèrent chez des filles de tous les milieux et ont pour effet de restreindre leurs possibilités réelles de s'engager dans des formes de pratiques du vélo ludiques, "de vitesse", "de force', d'endurance, solitaires, aventurières, improvisées, "circulaires", et "de stationnement". Ces constats sont notamment liés au renforcement - au cours de l'adolescence - des pratiques éducatives sexuées, principalement motivées par le souci des parents de protéger leurs filles des risques de violences sexuelles. Il ne faut pas pour autant sous-estimer le rôle joué par les croyances héritées des religions et des résistances acharnées de la médecine au sport féminin. Au même titre, les agents de socialisation incarnés par les médias et les groupes de pairs, mais également par les vélos, équipements et habillements sexués, sont à prendre très au sérieux. En outre, le clivage sexué des possibilités réelles de pratiques de mobilité à vélo ne semble jamais aussi prononcé que dans les Quartiers Prioritaires de la Ville (QPV) particulièrement défavorisés. À l'opposé, le clivage en question parait réduit chez les adolescent·e·s pour qui le vélo constitue à la fois un divertissement/loisir et un mode de déplacement privilégié. Si le groupe en question est peu représenté en filles, celles-ci présentent toutes des compétences et dispositions caractéristiques du sexe opposé et bénéficient d'opportunités réelles de mobilités à vélo ainsi que d'un d'accès spatio-temporel à l'espace public bien supérieur·e·s à celles des filles dans leur ensemble. Dans la mesure où les filles en question tendent également à partager à la fois des équipements et des dispositions caractéristiques des fractions intellectuelles des catégories moyennes, les données récoltées suggèrent en somme que le vélo mériterait d'être analysé en tant que pratique de distinction à la fois sexuée, sociale et spatiale.

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