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Militer sans choquer est-il possible ? Le cas d’<i>Avatar : la voie de l’eau</i>. Une remise en question de la parole hollywoodienne sur les enjeux écologiques et sociaux

Authors
  • Rasteau, Louis
Publication Date
Sep 21, 2023
Source
HAL-Descartes
Keywords
Language
French
License
Unknown
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Abstract

Le but de ce travail de recherche était de déterminer comment le film <i>Avatar, la voie de l’eau</i> (Cameron, 2022) a pu proposer un discours militant sans s’aliéner une partie de son audience. En effet, on milite toujours contre quelque chose ou quelqu’un, l’essence-même du débat est dans cette friction entre deux partis. Avec un tel handicap, comment expliquer le succès historique du film (le premier volet détenant le record d’entrées en salle, et le second volet se plaçant à la deuxième place) ?<br>Pour répondre à ce questionnement, nous avons mis en corrélation les discours d’accompagnement (interviews du réalisateur, bande-annonce, critiques…) et une analyse sémiologique des représentations au sein du film. Le travail s’est fait en trois temps : identification du propos officiel, analyse des stratégies d’évitement mise en place dans la narration, et enfin mise en avant d’un sous-texte associé à des valeurs fortement conservatrices.<br>Il en ressort que, comme le laissait pressentir le boycott des populations auxquelles le film était censé rendre hommage, <i>Avatar 2</i> n’est pas aussi militant qu’il le prétend. La notion d’avatar, au cœur du film (et de son titre) a l’avantage de nous faire voyager et de nous projeter dans un autre monde, à l’instar d’un avatar numérique dans un jeu vidéo, mais elle contribue aussi à nous éloigner des enjeux du film. Pandora a beau proposer un récit similaire à celui de l’annexion des terres et de la culture indigène par des colons capitalistes, il ne s’agit pas du contexte géopolitique de notre planète.<br>Ce détournement diminue l’impact politique que le film aurait pu avoir, le film empruntant un chemin totalement opposé à <i>Don’t look up</i> (McKay, 2021), qui avait très bien réussi son pari du réalisme, avec une pointe de comédie. En se détournant du réel, James Cameron prend le risque d’entrer dans le territoire de l’imaginaire, des fantasmes. C’est bien ce qu’il finit par arriver, puisque nous retrouvons dans le personnage de Jake Sully des relents d’évangélisme et de néo-colonialisme.<br>Ces deux éléments ressortent dans sa relation avec les tribus Na’vi, qu’il mène à la victoire tel un messie simiesque et bleu, en appliquant les techniques supérieures des Marines, qui l’ont formé. Dans le rapport des hommes na’vis (Jake et Tonowari) à leur famille, on ressent une certaine mise en avant de la femme comme cheffe spirituelle. Mais cette valorisation est immédiatement contrebalancée dans chaque dispute par la victoire de la parole rationnelle et calme de l’homme contre celle hystérique de la femme.<br>Un constat au premier abord très négatif, qu’il convient de relativiser par la valeur pédagogique de ces détournements. Nous pouvons y voir un militantisme du grand nombre, dont le message a pu être dilué par le besoin de rentabilité de ce projet titanesque.

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