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L'artiste et le mot

Authors
  • Schweitzer, Claudia
Publication Date
Jan 01, 2020
Source
HAL-Descartes
Keywords
Language
French
License
Unknown
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Abstract

Si le mot a un pouvoir sémantique, qu'il soit contextualisé ou non, il a aussi un pouvoir sonore. Par le renforcement du sens d'un texte, par la couleur sonore qui lui est propre, ou par la rencontre de ces deux particularités, le mot et, le cas échéant, son sens, sont mis en valeur dans le contexte dans lequel il figure. Avec cette réflexion, on se trouve en plein milieu de la phonologie, le domaine des rhétoriciens, des acteurs et des chanteurs. Comment est-il possible de renforcer, voire de manipuler, par la prononciation de certaines lettres, l'effet provoqué par le mot ? Voilà une question traitée en France par un certain groupe d'auteurs du XVIII e siècle. Discutant autant la composition d'un texte que son exécution par l'artiste, ces auteurs parlent de « lettres à caractère » ou de « sons à caractère ». Ils essaient par leurs descriptions et l'établissement de règles précises de rendre compte du sémantisme du mot concerné dans son contexte. La manière dont le mot agit sur l'auditeur, sensible et difficilement descriptible, se trouve donc dotée d'une explication anatomique (plus ou moins convaincante), autrement dit, compréhensible et raisonnable car réductible à une technique. Vu la difficulté de définir le « bon goût » au niveau des arts, et de mesurer sur le plan phonétique la voix (entreprise impossible à l'époque, car il manquait d'un appareillage apte à le faire), cet effort constitue un essai intéressant pour rendre compte du pouvoir sonore offert par le mot. La présence de certaines lettres, notamment si elles se trouvent dans une position favorable à l'adoption de règles pratiques données, favorise alors l'expression d'une émotion définissable et les textes parlent de passions violentes, tranquilles, amoureuses, douces, furieuses etc., lorsqu'ils expliquent de manière détaillée cette technique. D'ailleurs, on peut noter que le fait de souligner une certaine lettre ou bien une autre dans un mot peut également déplacer son contenu émotionnel vers un champ avoisiné, sans parler des possibilités que cette technique offre aux procédés de l'ironie. C'est là que commence la liberté d'interprétation de l'acteur, mais aussi ce qu'on peut désigner comme sa bonne compréhension du texte à réciter ou à chanter, ou, dans la négative, comme l'irrespect de l'intention de l'auteur. De par la prononciation, le mot, placé dans un texte, commence effectivement à mener une existence propre. Artistiquement prononcé, il est destiné à assumer la transmission de la charge affective du texte. Comme l'explique Jean Antoine Bérard dans son traité L'Art du chant de 1755, l'appli¬cation de cette technique peut conduire l'artiste à « réussir à rendre dans le Chant tous les degrés des passions & leur caractère particulier ; ainsi que celui des personnages qu'on représente ». L'article est consacré à l'étude de la valeur émotive et expressive du mot dans les contextes artistiques. Elle se situe à cheval entre l'art oratoire, l'art du chanteur et la description linguistique. Il s'agit de confronter les règles théoriques et les renseignements pratiques pour voir comment, selon les théories du XVIIIe siècle, le « mot » prend, transmet – et change parfois – le sens du texte dans lequel il est intégré.

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