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GENÈSE ET PROCESSUS DE CRÉATION DANS L’ÉCRITURE DE SOI DES ÉCRIVAINS PSYCHANALYSÉS HERMANN HESSE ET SERGE DOUBROVSKY

Authors
  • Martin, Carole
Publication Date
Mar 03, 2023
Source
Hal-Diderot
Keywords
Language
French
License
Unknown
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Abstract

Lorsque l’écrivain allemand Hermann Hesse, puis cinquante-deux années plus tard, l’écrivain français Serge Doubrovsky entament leur cure psychanalytique après la mort de leur dernier parent, les deux auteurs opèrent un changement radical dans leur écriture. De fictionnelle celle-ci se renouvèle dans un registre plus intime : l’écriture de soi. Pour la première fois, les deux auteurs font l’expérience publique de leur soi et de leur représentation identitaire au cœur de leur écriture. Le « je », jusqu’alors fictif dans leur écriture, se métamorphose en un « je » authentifié, revendiqué et désireux de s’inscrire par écrit. Ce travail a débuté en partant de l’hypothèse que c’est la cure psychanalytique qui, comme amorcement, a éveillé la conscience de l’écrivain et impacté l’écriture de soi et ses représentations. Il était donc nécessaire d’historiciser le champ d’études pour mettre en perspective les apports mutuels entre la littérature et la psychanalyse et ainsi présenter un acteur jusqu’alors peu étudié, l’écrivain psychanalysé, que sont Hermann Hesse et Serge Doubrovsky. Par le biais d’une approche littéraire et comparative, il a été entrepris une analyse de ce que « font » ces deux écrivains psychanalysés dans leur écriture de soi qu’ils n’ont jamais effectué avant la psychanalyse : une analyse de la forme de leur récit de soi, des procédés qu’ils utilisent, qu’ils transforment voire qu’ils créent pour mettre en forme leur récit, leurs motivations dans leur écriture et leur histoire, de leur identité qui s’en dégage et qu’ils rendent perceptible. Le but de ce travail était ainsi de mettre en perspective ce que la cure psychanalytique « fait » à leur écriture. Cette analyse nous a amenée à tenir compte de l’importance, dans la formation de leur écriture de soi, de leur malaise autobiographique et de leur représentation singulière de la notion de filiation. L’étude met en évidence la constitution d’une écriture qui renseigne sur une perception maladive et animale de soi qui n’est autre que celle créée par la relation que leurs parents ont établie avec eux. Il s’agissait dès lors de se demander comment ces deux écrivains sont parvenus, dans leur écriture de soi, à s’écrire, se penser, quand leur « moi » « autobiographique » rapporte avant tout une image, un discours et une identité créés par l’entourage familial et que la filiation n’est source que de déconstruction, de refoulement, de subordination et d’effacement de leur « moi ». Pour répondre au besoin de cette étude, il était nécessaire de créer un nouveau concept : l’écriture d’autofiliation, où l’auteur met en perspective ses liens à lui-même en s’autoengendrant en tant que personnage présent dans la narration passée de soi. Cette écriture révèle les différents rapports de l’auteur à lui-même et à son écriture, par la mise en alternance de souvenirs autobiographiques et d’éléments fictifs. L’autofiction, mélangeant souvenirs autobiographiques et récits fictif de soi, configure le lieu idéal d’observation et de réorganisation de soi pour ces écrivains. Cette étude met au jour une écriture transdisciplinaire qui rend visible la créativité et surtout l’exercice créatif de l’écrivain dans son écriture de soi et sa dynamique sublimatoire. Hesse et Doubrovsky explorent leur plasticité par le biais de leur personnage de soi dans leur écriture mais ils expérimentent aussi leur matérialité par l’art pictural et architectural qui occupe une grande place dans leur récit de soi et témoigne de leur besoin commun de transversalité.

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