Affordable Access

Entre chamanisme, broderies et christianismes : (re)création d’identité chez les Nanaïs dans le bassin de l’Amour, Sibérie Extrême-Orientale

Authors
  • Dalles Maréchal, Anne
Publication Date
Mar 11, 2020
Source
HAL-Descartes
Keywords
Language
French
License
Unknown
External links

Abstract

Les Nanaïs sont une des populations autochtones de la région de l’Amour, que l’on retrouve de part et d’autre de la frontière avec la Chine. En Chine, ils sont appelés Hezhe. Dès l’incursion mandchoue dans la partie la plus au Nord de cette région, suivie par les différentes tentatives de colonisation russe, les Nanaïs ont adapté leur mode de vie, leur culture et leur religion au gré des changements économiques, géopolitiques et sociaux de la région de l’Amour. De part et d’autre de la frontière, sujet politique, objet de recherche, soumise à la russification depuis la seconde moitié du XIXe siècle et à la sinisation avant cela, « l’identité » culturelle fragmentée et plurielle des Nanaïs est le reflet de ces différents enjeux. Dans cette thèse de doctorat en anthropologie, je propose d’analyser les différents modes d’expressions « d’identité » employés par les Nanaïs ou les Hezhe afin d’étudier comment sont abordées les ruptures ou les continuités apportées par l’histoire récente de la région à une culture pensée comme traditionnelle. En Russie, jusque dans les années 1970, les Nanaïs possédaient un système religieux chamanique dans lequel les âmes des vivants et des morts étaient gérées par des chamanes et par un système de rites complexes. Depuis la fin des années 1990, suite aux années soviétiques, les chamanes ont disparu. Avec leur disparition, la russification du mode de vie et la présence de missionnaires orthodoxes et protestants, les pratiques religieuses des Nanaïs s’inscrivent aujourd’hui dans la pluralité. Celle-ci peut être perçue dans les stratégies d’adaptations rituelles mises en place pour pallier l’absence de chamane, dans la promotion d’une culture artistique pensée comme essentiellement « nanaïe » et dans les conversions aux différentes formes de christianisme. Se pose alors la question de la perception (émique ou non) de « l’identité » des Nanaïs. Cette thèse est divisée en trois parties. La première traite des transformations apportées aux rites funéraires nanaïs et leurs limites, perceptibles dans la présence d’âmes et d’esprits néfastes. La deuxième partie aborde la place des broderies dans la conception d’une « identité » nanaïe ou hezhe visible, mise en place pour la « sauvegarde » des pratiques dites autochtones. La troisième partie s’intéresse aux conversions aux christianismes présents dans la région pour montrer deux façons de devenir chrétien, oscillant entre la continuité historique et la rupture systémique. Les interactions religieuses et culturelles donnent lieu à diverses formes de réappropriations autochtones qui assurent la continuité des représentations chamaniques. La transformation des pratiques entraine également la perception émique d’une « perte » de culture. La question de la perception des ruptures ou continuités en regard d’une culture pensée comme traditionnelle se situe dans l’analyse de ces pratiques plurielles. L’étude de ces différents aspects permet de dégager trois axes autour desquels s’articule mon analyse : 1) l’analyse du traitement des esprits et des âmes souligne la continuité historique des représentations chamaniques nanaïes accompagnée d’une perception émique sur la « perte » d’une culture pensée comme « traditionnelle » ; 2) l’identification de pratiques considérées comme intrinsèquement « nanaïes », « hezhe » et/ou « traditionnelles » met en avant la question de ce qu’est « être nanaï » aujourd’hui (pour les Nanaïs et pour les non-Nanaïs) ; 3) l’adaptation des pratiques chamaniques et l’adoption de nouvelles pratiques montrent un positionnement ambigu et changeant par rapport à la volonté de rompre avec les représentations chamaniques ou d’en conserver certains traits. Aussi bien dans l’étude des adaptations funéraires que dans celles de la mise en avant culturelle et de la conversion aux christianismes, la présence de ces trois éléments montre que la pluralité des pratiques reflète différentes modalités d’expressions d’« identité » nanaïe contemporaine.

Report this publication

Statistics

Seen <100 times