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Des carrières migratoires aux carrières de solidarité, le processus de changement de statut d'acteur dans les espaces-temps d'immobilité des migrations en France et en Belgique

Authors
  • Da Silva, Amanda Carolina
Publication Date
Nov 28, 2022
Source
ORBi
Keywords
Language
French
License
Unknown
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Abstract

Cette thèse a pour objet d'étude les carrières migratoires et les carrières des acteurs de solidarité, la recherche étant menée dans les espaces de camps et d'occupation des villes de Calais, de Grande-Synthe et de Liège. Il s’agit d’une étude porte sur des carrières individuelles où la solidarité constitue la principale source de mobilité pour les migrants. Une attention particulière a ainsi été consacrée à l'articulation des carrières migratoires avec celles des acteurs de solidarité. Par carrière de solidarité, nous entendons le processus de changement de statut individuel ayant pour source des « actes de solidarité » dirigés vers les migrants. Autrement dit, le fait que la mobilisation individuelle et collective provoque un changement de statut chez celui qui l'opère et, par conséquent, un changement de son identité sociale. S'investir dans une carrière de solidarité n'est pas possible pour tout le monde (Simonet, 2017), car il est nécessaire de disposer de ressources et capitaux individuels pour entamer sa carrière, mobiliser les réseaux, réussir les étapes de sa formation et, ensuite, se professionnaliser. Nous disposions d'un certain nombre d'exemples : les politiciens-solidaires, les artistes-solidaires, les professionnels de la solidarité et les indépendants-solidaires. Le point central de notre réflexion a été le rapport d’interdépendance de ces deux processus de carrière, orientés vers un changement de statut social, économique et professionnel, et visant chacun la réussite d'une étape déterminante du processus de « professionnalisation ». Les carrières migratoires, telles qu'elles ont été conceptualisées par Martiniello et Rea (2011), sont des processus construits à de multi-niveau, qui insèrent l’individu dans une structure d’opportunités et de contraintes, et de réseaux complexes. Dans cette perspective, les migrations représentent un développement continu, non-linéaire, d’apprentissage d’une pratique et de changement d’identité sociale. La capacité de l’individu à s’adapter et à mobiliser des ressources et des capitaux est déterminante pour la réussite d'une carrière, et la solidarité constitue un élément stratégique permettant de réussir une ou plusieurs étapes de ce processus de carrière. Pour les migrants contraints d’habiter dans des espaces de camps et d’occupation, la capacité à mobiliser des ressources et des capitaux est restreinte dans le temps et dans l’espace, et leur circulation dans la société est limitée en raison de leur statut. Ainsi, les ressources disponibles sont presque exclusivement issues de la solidarité des acteurs sociaux ; que ces derniers soient mobilisés à l’intérieur ou à l’extérieur de l’espace d'immobilité, la solidarité reste une ressource variable (le don libre). Dès lors, il est important d’identifier les variables déterminant l’action collective, celle-ci étant façonnée à différents niveaux et dans différents moments. Le cadre méthodologique qualitatif a pour objectif de comprendre le processus de changement de statut des acteurs de solidarité et des migrants dans une approche multi-située et diachronique. Ainsi, le suivi des uns et des autres a permis d'identifier des modifications dans la perception de soi lors du changement de statut. L'étude a été réalisée à l'aide de 107 entretiens semi-directifs et de 24 suivis de carrière portant sur des acteurs de solidarité et des migrants, de 2015 à 2020. Les « terrains de recherche » sont identifiés comme des sites dynamiques, conçus comme des espaces-temps d’immobilité des migrants et des espaces-temps de professionnalisation d'acteurs de solidarité, l'objectif étant de repérer les différentes temporalités dans les carrières observées. Les acteurs de solidarité appartiennent à différents domaines, tels que l’art, l’église, l’éducation et la politique. Les migrations sont intrinsèquement liées au changement social (Haas, 2021). Ainsi, l’approche par la notion de carrière nous aide à comprendre les rapports des migrants à la société, les espaces d’immobilité étant une adaptation et une stratégie vis-à-vis des contraintes et des moyens de réussite. Plusieurs cadres ont été explorés au cours de cette recherche : les théories de la solidarité et de la cohésion sociale (Mauss, 1923 ; Bourgeois, 1998 ; Blais, 2008), l’humanitarisme avec l’identification de l’immigration comme un problème humanitaire (Agier et Lecadet, 2014 ; Fassin, 2011) justifiant un investissement et changeant les perceptions individuelles sur le contexte local (Billaud, 2015 ; Pandolfi et Corbet, 2015). Le but de toute carrière est d’atteindre une réussite individuelle (Martiniello et Rea, 2011), mais la perception de cette réussite est le produit de l'apprentissage et de la professionnalisation (Becker, 1985), ainsi que de la conception que les individus ont de la réussite professionnelle. Cette thèse met en évidence la conception d’opportunité dans une carrière, perçue comme une variable déterminante de l’action individuelle partagée par les migrants et les acteurs de solidarité. Cette conception de la réussite dépend de l'investissement individuel, car l’action de solidarité vise un changement de statut. Elle est interprétée comme une stratégie pour l’accomplissement d’un projet à un moment donné. À travers l’apprentissage de pratiques, elle produit un changement d’identité. Les stratégies employées pour l’obtention des ressources et des capitaux de mobilité tendent à changer dans le temps. Il s'agit d'une question d'adaptation et de performance identifiée chez les groupes de migrants et chez les acteurs de solidarité.

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