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Arsène Lupin hors jeu : Maurice Leblanc et le « complexe de Holmes »

Authors
Journal
Études littéraires
0014-214X
Publisher
Consortium Erudit
Publication Date
Volume
44
Issue
1
Identifiers
DOI: 10.7202/1018464ar

Abstract

En 1905, Maurice Leblanc relève le défi de l’éditeur Pierre Lafitte, acceptant de créer pour le périodique Je sais tout un personnage incarnant les qualités nationales et pouvant servir de locomotive à la revue, comme le faisait Sherlock Holmes pour The Strand. Implicitement, l’éditeur l’invitait ainsi à créer un personnage qui exercerait sur le lectorat français le même ascendant que le célèbre limier de Baker Street sur celui de la Grande-Bretagne. Défi relevé et mission accomplie, Maurice Leblanc, tout comme Conan Doyle, se trouve captif de son succès : l’auteur qui aspirait à devenir le successeur de Maupassant et la gloire du naturalisme tardif se verra contraint, pour répondre aux demandes du public, de créer sans cesse de nouvelles aventures d’Arsène Lupin, personnage mille fois mis à mort, mille et une fois né de ses cendres. Pour Maurice Leblanc et son personnage, l’aventure n’est pas une possibilité, mais une nécessité. Pierre Bayard nomme « complexe de Holmes » cette propension qu’ont les créateurs de mythes à se sentir fragilisés, voire menacés, par leurs créatures. Pendant la Grande Guerre, ce complexe mène Leblanc à créer une trilogie romanesque, constituée de L’Éclat d’obus (1916), du Triangle d’or (1918) et de L’Île aux trente cercueils (1919), trilogie marquée par la quasi-absence de son héros, lequel cède le pas à d’autres personnages auxquels la possibilité de l’aventure sera offerte, mais comme à contrecoeur : Arsène Lupin, qui ne met jamais sa propre vie en jeu et, intervenant comme un Deus ex machina, n’intègre jamais véritablement le fil de l’aventure, jette cependant une ombre démesurée sur les autres personnages du cycle, notamment sur le Paul Delroze de L’Éclat d’obus, le Patrice Belval du Triangle d’or et le Stéphane Maroux de L’Île aux trente cercueils, auxquels échappe la gloire complète de la geste héroïque. Cet article cherche à comprendre pourquoi Maurice Leblanc soustrait Arsène Lupin à l’aventure, sans pour autant doter ses autres personnages des mêmes possibilités d’action.

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