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Construire les paysages avec des plantations forestières : une solution controversée en faveur du développement durable dans les pays tropicaux

Authors
  • Robert, Amelie
Publication Date
Oct 30, 2019
Source
Kaleidoscope Open Archive
Keywords
Language
French
License
Unknown
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Abstract

A l’échelle mondiale, la superficie des plantations forestières demeure faible mais elle progresse indéniablement : elle serait passée de 168 millions d’hectares en 1990 à 278 millions d’hectares en 2015 (Keenan et al., 2015). Selon les pays, la tendance est bien sûr variable et certains se démarquent. Dans la zone intertropicale, c’est particulièrement le cas du Viêt Nam, où les plantations forestières ont connu un réel essor depuis les années 1990. A travers l’exemple de ce pays, l’objectif de cette proposition est de questionner l’implication de l’introduction de ces plantations forestières dans les paysages des pays tropicaux, en termes de développement durable, en prenant en compte le changement climatique et plus généralement les changements globaux en cours. Notre propos se fondera sur les résultats acquis dans le cadre de recherches doctorales, au cours desquelles des sources diverses ont été mobilisées, en se centrant sur la province de Thua Thiên Huê qui, située au Centre-Viêt Nam, est représentative de l’évolution que connaissent les plantations forestières à l’échelle nationale. Dans les pays tropicaux, les sources cartographiques font souvent défaut et le Viêt Nam ne fait pas exception. Des cartes d’occupation des sols ont donc été dressées à partir d’images satellitales, associées à des relevés de terrain qui ont été réalisés dans vingt villages situés dans les trois unités paysagères de la province étudiée – plaine, collines et montagnes. Ces relevés ont été complétés par des entretiens semi-directifs conduits auprès d’habitants de ces mêmes villages. Parallèlement ont été analysés des textes législatifs, se rapportant aux plantations forestières ainsi qu’au développement rural, et des rapports, émanant notamment des autorités forestières : ils ont permis d’acquérir, entre autres, des données statistiques, à manier toutefois avec précaution au regard de leur fiabilité contestable. Et pour cause, les plantations apparaissent au centre d’enjeux forts, notamment en lien avec le développement rural, et de controverses, liées à des représentations qui ont été questionnées par l’intermédiaire d’un questionnaire en ligne, défini dans le cadre d’un programme de recherche plus récent (projet Reforesté, financé par la MSH Val de Loire) : les résultats acquis sont aussi mobilisés dans le cadre de cette proposition.Aujourd’hui, le développement durable ne peut s’envisager sans prendre en compte le changement climatique déjà en cours, plus largement les changements globaux qui affectent particulièrement les pays tropicaux. Le changement climatique engendre une augmentation des phénomènes extrêmes (tempêtes, inondations ou, à l’inverse, sécheresses…) et des événements tragiques qui les accompagnent. Mais ces aléas sont aussi favorisés par la dégradation de l’environnement, imputable à une exploitation non raisonnée des ressources : en l’occurrence, les pays tropicaux sont particulièrement concernés par la déforestation. Dans ce contexte, les plantations forestières sont présentées comme une solution, notamment par leurs défenseurs. Elles apparaissent comme un moyen d’augmenter rapidement la superficie forestière, d’autant plus si elles sont formées d’espèces à croissance rapide : le Viêt Nam en est un exemple emblématique puisqu’il est désormais un des rares pays de la zone intertropicale à voir sa superficie forestière progresser. De ce fait, les plantations forestières offrent la possibilité de stocker rapidement du carbone, de manière provisoire si le bois est utilisé comme combustible mais plus durable s’il l’est pour la construction : elles sont ainsi un moyen d’atténuer le changement climatique. Mais elles offrent aussi, par là même, la possibilité d’adapter les formations végétales aux nouvelles conditions climatiques, ce de manière plus rapide que si cette adaptation se faisait spontanément par la végétation. Par ailleurs, ces plantations offrent des ressources renouvelables aux populations locales : au Viêt Nam, elles sont sources de bois de chauffe mais elles génèrent aussi des revenus pour les propriétaires. Ici, ce sont des acacias, dont le bois est utilisé pour la construction, surtout pour la production de la pâte à papier et, de plus en plus, pour l’ameublement (y compris en mélaminé). Les plantations détournent ainsi les populations locales de l’exploitation des forêts spontanées, du moins partiellement, au regard du cas vietnamien : malgré l’essor des plantations forestières et l’augmentation de la superficie forestière qu’il engendre, les forêts spontanées continueraient de régresser.Promouvoir les plantations forestières suppose de les intégrer dans les paysages, de réfléchir à la manière de construire ces derniers, en prenant en compte les implications et surtout les avis de chacun, qui peuvent être opposés, dans l’objectif de trouver des compromis. En effet, les plantations forestières engendrent des modifications paysagères fortes, d’autant plus lorsque les surfaces concernées sont aussi importantes qu’au Viêt Nam : à Thua Thiên Huê, elles s’étendent à perte de vue, surtout dans la région des collines. Dès lors, des critiques, parfois virulentes, sont aussi formulées à l’encontre des plantations forestières et elles apparaissent ainsi au centre de controverses, voire de conflits. Certains défendent l’idée que les plantations forestières ne peuvent être considérées comme des forêts, s’apparentant plus à des cultures : il serait dès lors erroné d’affirmer qu’elles contribuent à l’augmentation de la superficie forestière. Mais les critiques ne s’arrêtent pas là. Au Viêt Nam, des chercheurs occidentaux les ont dénoncées car ils y voyaient la preuve d’une préoccupation plus financière qu’environnementale de la part des autorités qui les encourageaient. Plus largement, les plantations forestières sont considérées comme dénaturant les paysages et contraires à la biodiversité. Artificielles, elles seraient à l’opposé de ce qu’est la nature : il est vrai qu’avec leurs arbres alignés, identiques – car équiennes et monospécifiques –, elles contrastent avec les forêts spontanées, surtout celles tropicales, marquées par une très forte diversité. Ajouton à cela que, en raison de cette uniformité, elles sont aussi plus vulnérables aux aléas tels que les tempêtes, les incendies, qui sont pourtant amenés à se multiplier avec le changement climatique. Ceci amène à relativiser la prise en compte des plantations forestières comme moyen d’inscrire les formations végétales des pays tropicaux dans la durabilité. Il n’en demeure pas moins que ces plantations peuvent être un moyen de protéger les ressources forestières locales, de préserver l’environnement et de promouvoir, par là même, le développement économique local, à condition toutefois que leur essor soit accompagné par une législation limitant dans le même temps l’exploitation des forêts spontanées et que leur insertion dans les paysages soit encadrée, afin de limiter les conflits liés, de trouver des compromis entre défenseurs et opposants. Formées d’espèces susceptibles d’offrir du bois d’œuvre, elles pourraient participer, par là même, à inscrire l’architecture tropicale dans la durabilité, puisque pouvant dès lors mobiliser des ressources locales et renouvelables.Keenan, R. J. et al. (2015), “Forest ecology and management dynamics of global forest area: results from the FAO global forest resources assessment 2015”, Forest Ecology and Management, vol. 352, p. 9-20.

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