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Caractérisation des pratiques agricoles et phytosanitaires adoptées dans la viticulture tunisienne et étude de la qualité du raisin et de ses sous-produits en termes de résidus de pesticides

Authors
  • Mechichi, Ghaya
Publication Date
Apr 26, 2024
Source
ORBi
Keywords
Language
French
License
Green
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Abstract

La viticulture est confrontée à de nombreux problèmes phytosanitaires, ce qui conduit à l'utilisation de pesticides comme méthode de lutte chimique, malgré leurs effets néfastes sur la santé humaine et sur l’environnement. En Tunisie, il existe peu d'études sur les pratiques phytosanitaires dans les vignobles, et aucune recherche n'a examiné les procédés de vinification et de séchage utilisés dans le pays et leur impact sur le transfert de résidus de pesticides dans les produits transformés. Dans le cadre de cette thèse, notre objectif est d’identifier les pratiques agricoles et phytosanitaires dans les vignobles destinés à la production de raisins de cuve et de raisins de table destinés au séchage. Nous souhaitons également décrire les procédés de vinification et de séchage utilisés et évaluer les facteurs contribuant à la présence de résidus de pesticides dans les produits frais et transformés. Pour atteindre ces objectifs, nous avons mené des enquêtes sur le terrain lors des campagnes agricoles 2018-19 et 2019-20 auprès des viticulteurs et des caves des régions de Grombalia et de Bou Argoub, ainsi que lors de la campagne agricole 2020-21 auprès des viticulteurs de la région de Rafraf pour caractériser le procédé de séchage. Les données collectées ont été utilisées pour calculer des indicateurs tels que la fréquence de traitement (IFT) et l'indicateur de risque des pesticides du Québec (IRPeQ), qui permet d'évaluer les risques liés à l'utilisation de pesticides dans les vignobles en Tunisie. Parallèlement, des échantillons de raisins de cuve, de moût et de vins, ainsi que des raisins de table avant et après traitement et après séchage, ont été collectés lors des mêmes campagnes agricoles. Ces échantillons ont été homogénéisés, extraits et analysés dans les laboratoires de Sciensano, à l'aide de trois méthodes d'analyse multi-résidus accréditées. L'analyse des enquêtes a révélé une grande diversité des cépages de raisins de cuve, tandis qu'un seul cépage de raisin de table était destiné au séchage. Les œnologues des caves enquêtées ont rapporté différentes techniques de vinification, en particulier pour les étapes de débourbage, de clarification et de filtration. Cette diversité a également été observée dans le processus de séchage, notamment dans l'étape de traitement précédant le séchage. Les maladies fongiques ont été les problèmes phytosanitaires les plus fréquemment mentionnés dans les vignobles de cuve et de table. En conséquence, l'utilisation fréquente de fongicides (79 %) dans les vignobles de cuve a été confirmée par le calcul de l’indicateur IFT avec des moyennes de 14,9 et 18,7 au cours des campagnes agricoles 2018-19 et 2019-20. Ces calculs n'ont pas pu être réalisés pour les vignobles de table en raison du manque d'informations fournies par les viticulteurs. Par ailleurs, l'évaluation du risque moyen à l'aide du calcul de l’IRPeQ a révélé un indicateur de risque pour la santé humaine (IRS) élevé pour les fongicides à base de thiophanate-méthyl (IRS = 295,5), de metiram (IRS = 380) et de penconazole (IRS = 276,4), et les insecticides à base de chlorpyriphos-éthyl (IRS = 274,4) et de lambda-cyhalothrine (IRS = 285). De plus, sur le plan environnemental, les insecticides présentent un risque plus élevé que les fongicides en raison de leur impact particulièrement sur les abeilles. En ce qui concerne le risque pour les consommateurs, il a été constaté que 15% des substances actives appliquées par les viticulteurs ont également été détectées dans les échantillons de raisins de cuve. Parmi ces substances, on retrouve le thiophanate-méthyl, le fenhexamide, l'iprovalicarbe et l'imidaclopride qui ont été également détectées dans les échantillons de moût et de vins. Cependant, il est important de noter que 40 % des molécules détectées dans les échantillons de raisins de cuve n'ont pas été mentionnées dans l'enquête, telles que le boscalid et l'iprodione, mais que nous avons retrouvées dans les échantillons de moûts et de vins. De plus, parmi l’ensemble des échantillons analysés, il a été observé un dépassement des limites maximales de résidus européennes et/ou internationales (Codex Alimentarius) dans 36 des 108 échantillons de raisins de cuve frais, 3 des 8 échantillons de raisins de table, 5 des 15 échantillons de vins et 2 des 8 échantillons de raisins secs. Ces non-conformités sont dues soit à l'utilisation de substances actives non approuvées dans l'Union européenne, soit au non-respect des doses recommandées (comme dans le cas du carbendazime résultant de la dégradation du thiophanate-méthyl utilisé à 2,8 fois la dose recommandée). Par conséquent, il est recommandé que les autorités tunisiennes forment les viticulteurs aux bonnes pratiques agricoles et phytosanitaires et mettent en place un programme de surveillance comprenant l'utilisation de pesticides et l'analyse des raisins de cuve et de table afin d'améliorer la qualité du vin et du raisin sec tunisiens en termes de teneur en résidus de pesticides.

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