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The Impact of a Strike on the Attitudes and Behavior of a Rural Community

Authors
Journal
Relations industrielles
0034-379X
Publisher
Consortium Erudit
Publication Date
Volume
44
Issue
4
Identifiers
DOI: 10.7202/050534ar

Abstract

Cet article a pour objet de reconsidérer, dans une perspective nouvelle, le rôle et la signification d'une grève en milieu rural. Celle-ci touchait onze employées d'une succursale bancaire à Antigonish en Nouvelle-Ecosse. Jusqu'ici, les spécialistes ont tenté d'expliquer ses effets dans la communauté par des variables abstraites reliées au domaine des relations professionnelles: prédisposition à la grève, désir du syndicat,penchant à formuler des griefs, etc. La présente étude tend plutôt à inverser la méthode traditionnelle en ce sens que les données auxquelles on s'intéresse visent à mesurer l'impact d'une grève sur la collectivité locale. Aussi, un des aspects importants abordés dans cette enquête consiste-t-il à se rendre compte jusqu'à quel point la population de la ville a donné son appui aux grévistes et, ce qui est encore plus fondamental, à se demander si la grève a eu quelque influence sur l'attitude des gens postérieurement à l'arrêt de travail. Afin de comprendre ce point ainsi que d'autres aspects de l'engagement de la communauté dans cette grève, on a distribué au hasard (à partir des relevés du recensement) un questionnaire à un certain nombre d'habitants de la ville et du comité d'Antigonish de façon à connaître leurs réactions devant cet événement. La révision des écrits sur la question laisse voir que les petites communautés, par le jeu d'«un système de valeurs fondé sur la subordination», peuvent apporter un soutien notable à certains travailleurs en conflit avec de grandes entreprises dont le siège social se trouve à l'extérieur. On estime que ce soutien peut exister pour des salariés qui ne relèvent pas de la théorie de «la masse isolée» conformément à la pensée de Kerr et Siegel. Aussi, Lowe a-t-il suggéré que ces collectivités peuvent être à l'avant-garde de campagnes de syndicalisation, principalement dans des secteurs de services comme les banques. Au contraire, d'autres soutiennent qu'elles se présenteront comme «un système intégré» où l'appui à une grève s'enchaînera naturellement.Les études théoriques révèlent une lacune surprenante en ce qu'on a fait peu d'efforts pour mettre au point une méthode de mesure capable d'indiquer l'ampleur du support accordé à une grève. En conséquence, le troisième objet de l'article est-il d'élaborer une typologie du degré d'engagement de la communauté qui puisse remplacer des évaluations du militantisme communautaire qui sont, en grande partie, restées subjectives.Le résultat des fréquences qu'on retrouve au tableau 1 de l'article indique que, en général, le soutien aux grévistes était très élevé et qu'une majorité des répondants posèrent au moins un geste concret en leur faveur. D'un autre côté, le nombre de personnes qui ont participé aux activités de grève était très faible. De plus, les raisons invoquées pour ce faire ne permettaient nullement d'y déceler un ardent support aux «luttes syndicales». Les répondants soutenaient fondamentalement la grève pour des motifs de «justice naturelle». Par conséquent, la communauté appuyait l'arrêt de travail sans que son comportement ne remette en cause la structure et la convenance du système de valeurs existant. En d'autres mots, on ne voyait aucune déviance dans ce soutien à une grève.Considérée en tant qu'analyse statistique à double variable, la variable qui explique le mieux l'appui de la collectivité consistait dans des attitudes antécédentes à la fondation du syndicat. Pour vérifier davantage cette constatation, les auteurs ont établi une classification du degré de participation de la population, ce qui a révélé que les gens les plus favorables à la grève agissaient pour des motifs n'ayant rien à voir avec le syndicalisme. Le tableau 3 démontre que leur appui se référait au fait que les grévistes avaient «moralement raison», qu'ils les connaissaient personnellement et qu'ils étaient de sexe féminin.Les auteurs ont trouvé rien d'autre pour expliquer cette contradiction que l'hypothèse selon laquelle il existe dans les familles une tradition favorable aux syndicats. Nous pouvons aussi penser que ces militants ont tendance à s'identifier aux causes et aux débats pour manifester leur opposition aux institutions qui, possiblement, les expriment. On peut aussi y voir le rejet de «la bureaucratie syndicale» ou du cynisme en matière d'organisation.Enfin, les répondants ont indiqué que l'expérience d'une grève dans une banque à Antigonish les avait rendus beaucoup plus conscients des conflits de travail et qu'il sont maintenant en mesure de soutenir les grévistes pour les motifs syndicaux traditionnels. De cette façon, de par «l'effet de démonstration», nous en déduisons que les grèves en milieu rural, comme celle dont il est question dans cet article, peuvent aider à augmenter la conscientisation des habitants et, par conséquent, engendre une plus grande participation à l'action syndicale.Dans la section de l'article consacrée à la discussion du sujet, on note que les recherchistes en relations professionnelles se sont enfin intéressés au milieu et à son impact sur des questions comme la fréquence et la durée des grèves. Une démarche antérieure à cet objectif réside dans l'appréciation de l'influence que les grèves peuvent avoir sur une collectivité. C'est alors seulement qu'il sera possible d'établir si l'appui de la communauté est suffisant ou non pour prolonger la durée d'un conflit de travail. Mais l'on n'a pas mis jusqu'ici en équation l'examen et la mesure de ce phénomène.

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