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Impact du brûlage dirigé comme préparation de terrain pour contrer l'entourbement et favoriser la croissance de l'épinette noire dans les pessières à mousses paludifiées de la ceinture d'argile

Authors
Publisher
Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue ; Université du Québec à Montréal
Publication Date
Disciplines
  • Ecology

Abstract

Dans la pessière noire à mousse de la forêt boréale, la succession forestière tend naturellement vers la paludification du sol. La paludification ou l’entourbement est l’accumulation de matière organique peu ou pas décomposée sur le sol minéral. Cette accumulation est due principalement à un bilan hydrique positif qui créer des conditions d’anaérobiose diminuant le taux de décomposition. Les conditions créées par la paludification nuisent à la régénération et à la croissance de l’épinette noire (Picea mariana (Mill.)), notamment à cause d’une faible disponibilité des nutriments et de la compétition avec les sphaignes, ce qui entraîne avec le vieillissement de la forêt, une ouverture de la canopée. Cette ouverture est accompagnée d’une expansion du recouvrement en sphaigne et change la forêt en une tourbière arborée. Le feu, perturbation importante de la forêt boréale, brûle la totalité (ou presque) de la couche organique et le sol perturbé présente alors des conditions favorables pour l’établissement et la croissance de l’épinette noire. La succession forestière peut reprendre, menant au bout d’une cinquantaine d’années à un peuplement équienne fermé, dominé dans les basses terres de la ceinture d’argile par l’épinette noire. La ceinture d’argile, large bande de 125000 km² au nord-ouest du Québec et nord-est de l’Ontario, est une région particulièrement sujette à la paludification : le sol est majoritairement constitué des dépôts lacustres argileux des lacs proglaciaires Barlow et Ojibway et de till argileux. La topographie ondulée, alternant des plaines et des collines, le drainage généralement faible et le climat froid et humide favorise le bilan hydrique positif à l’origine de la paludification. Cette région soutient une industrie forestière importante qui exploite les peuplements d’épinette noire. Or, les forêts dans la ceinture d’argile sont en grande proportion des forêts matures, voire surannées, dans lesquelles le processus de paludification est déjà avancé. Les pratiques sylvicoles appliquées limitant la perturbation du sol (Careful Logging Around Advanced Growth CLAAG) ne semblent pas reproduire les effets du feu notamment au niveau du sol, ce qui augmente le taux de paludification en ouvrant le couvert sans perturber la couche organique et le sous-bois. De plus les coupes CLAAG semblent favoriser l’ensapinage car elles conservent la régénération préétablie de sapin baumier (Abies balsamea). Certaines techniques de préparation de terrain qui ont été développés pourraient limiter la paludification. Parmi elles le brûlage dirigé, peu étudié dans les pessières paludifiées en Amérique du Nord et notamment dans la ceinture d’argile, pourrait être une solution pour contrôler la paludification dans le cadre d’un aménagement durable de la forêt boréale. Au travers d’une étude descriptive rétrospective nous avons déterminé l’impact de différents traitements (i.e. coupe CLAAG, coupe totale d’été et brûlage dirigé après coupe totale d’hiver) sur l’entourbement du sol, l’état du sous-bois et sur la croissance de l’épinette noire. La comparaison de variables de paludification du sol (e.g. épaisseur de la couche organique) entre les différents traitements montre que la coupe totale et le brûlage dirigé après coupe perturbent la couche organique ce qui réduit la paludification du sol comparativement à la coupe CLAAG. En outre le brûlage dirigé a des effets positifs plus prononcés sur la chimie des sols que la coupe totale. De même la comparaison de la composition du sous-bois montre que le brûlage dirigé contrôle le recouvrement en sphaigne et semble être capable de diminuer le recouvrement en éricacées. Aussi, le recouvrement en sapin baumier est diminué par l’application d’un brûlage dirigé. L’étude des taux de croissance nous a révélé une meilleure croissance de l’épinette noire suivant le traitement brûlage dirigé comparativement aux autres traitements étudiés. Le brûlage dirigé après coupe présente donc un fort potentiel comme préparation de terrain sur les sites paludifiés de la ceinture d’argile : non seulement il semble améliorer la production ligneuse mais son homologie avec le feu naturel permet au brûlage de restaurer certains mécanismes écologiques nécessaires à la conservation des attributs écosystémiques de la forêt boréale.

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