Vulnérabilité et changement climatique

un enjeu de société

Toutes les sociétés sont-elles également exposées aux conséquences néfastes du changement climatique ? Le diagnostic est difficile et Alexandre Magnan, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), nous dévoile dans son dernier livre la complexité de cet enjeu de recherche interdisciplinaire. Sa réponse souligne que notre vulnérabilité repose sur une chaîne d’impacts impliquant climat, environnement et sociétés. Il réfute donc l’idée simple que les sociétés les plus riches sont les moins vulnérables et met en évidence, à l’inverse, une diversité des facteurs. La description des caractéristiques assez profondes de notre société sur lesquelles repose notre vulnérabilité nous incite, tout au long de ce livre, à une réflexion citoyenne nécessaire.

Toutes les sociétés sont-elles également exposées aux conséquences néfastes du changement climatique ? Le diagnostic est difficile et Alexandre Magnan, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), nous dévoile dans son dernier livre la complexité de cet enjeu de recherche interdisciplinaire. Sa réponse souligne que notre vulnérabilité repose sur une chaîne d’impacts impliquant climat, environnement et sociétés. Il réfute donc l’idée simple que les sociétés les plus riches sont les moins vulnérables et met en évidence, à l’inverse, une diversité des facteurs. La description des caractéristiques assez profondes de notre société sur lesquelles repose notre vulnérabilité nous incite, tout au long de ce livre, à une réflexion citoyenne nécessaire.

 

changement climatique South Tarawa Kiribati
South Tarawa, Kiribati © Alexandre Magnan.
 

Le changement climatique est une réalité difficile à concevoir. C’est un processus lent à notre échelle quotidienne, brouillant les notions de présent et de futur : les changements climatiques qui adviendront résultent des évolutions d’un passé proche (celui de notre histoire industrielle) et de processus à l’œuvre aujourd’hui. Sa temporalité n’est donc pas celle de transitions brutales d’une année à l’autre. Sa magnitude est, elle aussi, difficile à appréhender : une augmentation de 2°C d’ici le milieu du XXIe siècle est-elle importante ? Difficile à dire en soi.

Pour prendre la mesure de ces changements, on peut s’interroger sur leurs conséquences sur l’environnement et sur l’humanité. Avec cette perspective, le changement climatique, même dans les simulations actuelles les plus favorables, induira des perturbations considérables. Peut-on les prévenir ? Peut-on s’y préparer ? Tous les peuples sont-ils également menacés ? Le dernier ouvrage de la collection Sciences Durables donne à Alexandre Magnan, chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), l’occasion de nous éclairer sur les mécanismes du changement climatique.  Les impacts sur l’homme mais aussi les facteurs clés de notre vulnérabilité face à ces changements sont aussi analysés. Avec une grande clarté, on y comprend la complexité de la chaîne d’impacts impliquée. Elle démontre que la richesse des sociétés actuellement « favorisées » ne les rend pas nécessairement moins vulnérables que les autres.

Dans le temps et l’espace, le changement climatique est un phénomène global. Tous les peuples sont et seront concernés. Néanmoins, ces changements se développeront en fonction de spécificités climatiques locales, sources d’une inégalité géographique. Par la notion même de « changement », il existe  aussi une inégalité générationnelle. Avec une échelle de temps de l’ordre du siècle, les initiateurs du changement climatique n’ont pas été et ne seront peut pas encore dans un avenir proche, les victimes du changement climatique. On peut considérer une troisième inégalité, socio-économique celle-là. En effet, le changement ne touche pas que ceux qui en sont les plus responsables. De plus, les différences socio-économiques sont des facteurs déterminants de la capacité à se protéger des aléas climatiques. Ces inégalités résultent de la « chaîne d’impacts », dont Alexandre Magnan précise les mécanismes dans son ouvrage : le climat modifie localement l’environnement, qui à son tour modifie la société. Bien que ces mécanismes soient en partie connus, il est impossible de faire des prédictions exactes de leurs conséquences, à cause de la complexité des phénomènes impliqués et de l’imprévisibilité de la composante anthropique (production de gaz à effet de serre, utilisation des sols et de l’environnement). Le non-respect des accords politiques internationaux comme le protocole de Kyoto n’incite d’ailleurs pas à l’optimisme.

Ces inégalités face au changement climatique se traduisent par des degrés de vulnérabilité différents, c’est-à-dire différents niveaux de risque de subir ces effets négatifs. Quels paramètres déterminent la vulnérabilité d’une société ? En suivant la chaîne d’impacts décrite par A. Magnan, cette vulnérabilité dépend en premier lieu de l’aléa climatique, dont les conséquences sont particulières à la géographie locale et modifient l’environnement. Ces perturbations affectent à leur tour les sociétés humaines dont la capacité à s’adapter repose sur plusieurs facteurs qui leur sont propres : la cohésion sociale, les ressources économiques et leur diversité, leur organisation politique et les conditions de vie. On comprend donc bien que ce n’est pas une simple question d’argent, mais que de multiples aspects de notre culture sont déterminants : notre rapport à l’environnement, aux autres individus et aux autres communautés mais aussi notre capacité à faire évoluer ces rapports. Cette dernière sera, sans doute, fondamentale pour définir de nouvelles relations géostratégiques et établir un nouveau partage, une complémentarité et une solidarité autour des ressources. L’ambition politique, notamment, sera  décisive dans cette évolution, ce qui souligne, une nouvelle fois, que la capacité d’adaptation n’est pas seulement une question de moyens, mais également de volonté et de capacité à mettre en œuvre ces moyens.

Tokyo Japon Alexandre Magnan
Tokyo, Japon © Alexandre Magnan
 

Tout pronostic sur le futur se révèle ainsi très incertain car, comme nous l’explique Alexandre Magnan, de nombreux mécanismes, fortement interdépendants, conditionnent notre vulnérabilité, au niveau climatique et environnemental, mais aussi au niveau humain. Chacun de ces niveaux est porteur de sa propre incertitude : les conséquences climatiques ne sont pas prévisibles avec exactitude, le facteur humain non plus. Pour ne prendre qu’un exemple économique, quelles seront les formes du tourisme dans cinquante ans ? Elles dépendront des changements climatiques, mais aussi de préférences culturelles assez imprévisibles : il y a encore peu, la Méditerranée n’était pas une destination prisée en été !

Peut-on se préparer aux conséquences du changement climatique ? Au vue des incertitudes inhérentes à celui-ci, il est impossible d’anticiper totalement ces changements et d’en prévoir les conséquences. Notre capacité d’adaptation repose sur notre faculté à anticiper les changements, mais également sur notre capacité à réagir une fois confronté à ces changements, ce que l’on appelle la résilience. Notre capacité d’adaptation s’avère donc plutôt être un processus à la fois ante et post perturbation. Les stratégies de réponse et d’anticipation des perturbations futures sont donc complémentaires. Cette double réponse invite également à revoir l’évaluation de la vulnérabilité comme un exercice portant uniquement sur des échéances à long terme, car la résilience s’inscrit dans des temps courts et nécessite de répondre rapidement à des perturbations non anticipées.

Le nouvel ouvrage d’Alexandre Magnan « Changement climatique : tous vulnérables ? » au sein de la collection Sciences Durables montre donc que la science du climat fait des projections et quantifie une certaine marge d’incertitude, amplifiée lorsqu’on considère les impacts sur l’environnement et la société. Il révèle toute la complexité d’une recherche interdisciplinaire, aux enjeux très divers et dépendant les uns des autres : le climat, l’environnement, la société. Le diagnostic de la vulnérabilité de nos sociétés s’avère difficile,  l’alternative proposée  écarte toute solution simple et met en avant l’influence de l’organisation et des valeurs de nos sociétés. C’est l’occasion de mettre en évidence la responsabilité politique dans la question climatique, car elle conditionne notre capacité à anticiper et à réagir. Cette responsabilité politique ne doit pas se restreindre à une classe politique, ni à un pronostic scientifique, car elle met en jeu la responsabilité des sociétés elles-mêmes et celle de nos démocraties. C’est à ce besoin d’information et de débats que la collection Sciences Durables espère contribuer.

 


A propos de l'auteur :

L’auteur du billet, Florent Meyniel, est co-directeur de la collection Sciences Durables (http://www.presses.ens.fr/rubrique.php?id_rubrique=26). La collection est consacrée aux approches scientifiques du développement durable, elle vise à apporter à un public averti mais élargi des réflexions novatrices, et ainsi à participer aux débats de sociétés.

L’auteur de l’ouvrage commenté, Alexandre Magnan, est docteur en géographie et chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI, Sciences-Po) (http://www.iddri.org/Iddri/Equipe/Alexandre-Magnan). Il est spécialiste des questions de vulnérabilité et d’adaptation aux changements environnementaux, notamment dans le contexte du changement climatique.

 

Pour en savoir plus :

Alexandre Magnan (2013) Changement climatique : tous vulnérables ? Editions Rue d’Ulm, Paris

Lien pour se procurer l’ouvrage chez l’éditeur : http://www.presses.ens.fr/produit.php?ref=978-2-7288-0486-3&id_rubrique=26

Intergovernemental Panel On Climate Change (IPCC) (2007), Climate Change 2007. Synthesis report IPCC :  www.ipcc.ch, Genève

Outre mer et élévation du niveau de la mer http://www.iddri.org/Iddri/Dans-les-medias/Outre-mer-et-elevation-du-niveau-de-la-mer

 

Photos : source et description 

Photo 1 : South Tarawa, Kiribati © Alexandre Magnan.

Les archipels coralliens sont considérés comme les territoires "les plus vulnérables" au changement climatique, avec les marges de l'arctique et les déserts. En réalité, ils sont surtout "en première ligne", ce qui signifie qu'ils seront affectés plus tôt que d'autres territoires. Il ne faut pourtant pas en conclure que sur le long terme, ces autres territoires ne subiront pas davantage les impacts du changement climatique... 

Photo 2 : Tokyo, Japon © Alexandre Magnan.

Les grandes capitales comme Tokyo sont elles aussi vulnérables aux impacts futurs du changement climatique, qui auront par exemple un effet sur les systèmes de transport, mais aussi, ailleurs, sur les systèmes de production agricole.