Un ancien anticoagulant pourrait être la clef d’un nouveau traitement contre le cancer du poumon

Image: Des molécules synthétisées à partir d’extraits naturels, comme la bicoumarine, pourraient dévoiler de futurs traitements contre le cancer du poumon. (Photo : Hey Paul Studios [cc by 2.0], via Flickr)

Des variations génétiques chez certains patients peuvent rendre inefficaces les médicaments anticancéreux. Le Professeur Marc Diederich et ses collègues ont testé un dérivé de la bicoumarine pour les patients résistants aux autres traitements.

Le cancer le plus répandu au monde est celui du poumon, organe dont le rôle indispensable rend importante la découverte d’un traitement efficace. La recherche de nouveaux traitements passe actuellement par celle de molécules capables d’attaquer certaines cellules cancéreuses. Cependant, à cause des variations génétiques, patients et cancers ne sont pas tous identiques, et la découverte d’un médicament universel est peu probable. Une simple différence dans le code génétique peut rendre les cellules cancéreuses résistantes aux traitements.

Dicoumarol : une longue histoire

L’équipe du Professeur Diederich concentre beaucoup de ses recherches sur de nouveaux remèdes capables de cibler des types précis de cellules cancéreuses, habituellement résistants aux autres traitements. Ils se concentrent sur la création de dérivés de molécules naturelles ; leur dernier essai utilisait une variante re-synthetisée de la bicoumarine, un dérivé du dicoumarol.

Le dicoumarol, un anticoagulant similaire à la warfarine et découvert en 1939 par le Dr Karl Paul Link, a une histoire assez particulière. Une décennie auparavant, dans les années 1920, le Dr Link s’était procuré des échantillons sanguins, prélevés sur des vaches lors d’une épidémie aux États-Unis et Canada. A l’époque, elle décimait les bovins, qui mourraient en masse de la perte de sang causée par des hémorragies. On découvrit plus tard que les trèfles et le foin que mangeaient les vaches avaient pourri.

Le champignon qui pourrissait le foin causait également un important changement chimique dans la nourriture des vaches. En effet, en poussant sur les trèfles, le champignon transformait la coumarine naturellement produite par les plantes en dicoumarol. Lorsque les vaches mangeaient le foin, le dicoumarol entrait dans leur système sanguin et agissait comme un puissant anticoagulant, causant des saignements incontrôlables et meurtriers. Cette découverte, bien que fâcheuse, mena néanmoins au développement de médicaments anticoagulants, comme la warfarine.

Les dérivés du dicoumarol : des anticoagulants comme traitement innovant contre le cancer du poumon ?

Près de cent ans plus tard, en 2018, le professeur Diederich et son équipe publient des résultats qui utilisent des molécules dérivées de la même origine. Leur article dans Cancer Letters montre comment une version modifiée et resynthetisée de la bicoumarine synthétisée au laboratoire du Prof. Artur Silva (Université d’Aveiro, Portugal) peut détruire des cellules cancéreuses du poumon, et agir en synergie avec des médicaments anticancéreux ciblés de dernière génération, dits ‘BH3 mimétiques’. L’essai a même fonctionné sur des cellules résistantes a d’autres traitements, et pourrait donc fournir un nouveau médicament contre le cancer du poumon — particulièrement pour les patients chez qui d’autres molécules sont inefficaces.

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