Twittos scientificus

A la découverte des réseaux sociaux

Twitter, Facebook, Viadeo… sont des réseaux sociaux en pleine évolution. Leurs récentes arrivées dans la sphère privée, les médias, les stratégies de communication, les rendent omniprésents dans nos vies. Sur les réseaux chacun gère à sa manière la séparation entre la vie privée et la vie professionnelle. Et vous, les chercheurs, quel  usage faites-vous des réseaux sociaux ? Découvrez les interviews de @infusoir, @tomroud et @elifsulavraie, twittos scientifiques…

Twitter, Facebook, Viadeo… sont des réseaux sociaux en pleine évolution. Leurs récentes arrivées dans la sphère privée, les médias, les stratégies de communication, les rendent omniprésents dans nos vies. Sur les réseaux chacun gère à sa manière la séparation entre la vie privée et la vie professionnelle. Et vous, les chercheurs, quel  usage faites-vous des réseaux sociaux ? Découvrez les interviews de @infusoir, @tomroud et @elifsulavraie, twittos scientifiques…

 

Logo de Twitter (c) twitter
logo Twitter

 

Twitter est un site de microblogging social créé en 2007 à San Francisco, aux Etats-Unis. Il permet aux abonnés d’envoyer de courts messages (140 caractères maximum) visualisables par tous. Ce réseau social très simpliste fonctionne sur un système d’abonnements. Un « follower » s’abonne à un compte Twitter lorsqu’il souhaite suivre en temps réel ses mises à jour. L’usage de quelques syntaxes se sont imposées comme l’identification d’un compte en le faisant précéder d’arobase « @ » et du hashtag « # » genre de « mots-clic »* (ou mots-clés).  Différentes approches de ce réseau existent : le partage de liens d’intérêt, le bavardage, le réseautage ou encore le live-tweet (LT) qui consiste à partager l’ambiance d’un évènement en direct sur Twitter grâce à des citations percutantes.

 

Recherche du hashtag #nucléaire sur Twitter
Twitter hashtag #nucleaire

 

Selon une étude de 2010, bien que le nombre d’utilisateurs soit plus faible sur Twitter que sur Facebook, les 10% des « twittos » les plus actifs sont les utilisateurs du web les plus influents. Twitter est un réseau social comprenant une forte proportion de professionnels. La rapidité de diffusion de l’information a immédiatement attiré les journalistes. Pour preuve, ce secteur professionnel est majoritairement représenté sur ce média social.

La science s’oppose souvent aux médias d’information par la lenteur de son processus : durée des projets de recherche, temps de diffusion des résultats dans les revues classiques. Néanmoins, de plus en plus de scientifiques trouvent un intérêt certain à l’utilisation de Twitter pour communiquer, s’informer et partager. Entre procrastination, veille partagée et intelligence collective, MyScienceWork s’est intéressé aux usages des chercheurs et doctorants sur le web social. Nous sommes allés à la rencontre de trois d’entre eux : @infusoir, @tomroud et @elifsulavraie. Ces twittos scientificis nous parlent de leur usage des réseaux sociaux.

 

Les "carnets de recherche" sur hypotheses.org

 

 avatar @infusoir

Mélodie Faury (@infusoir)

 

Relations sciences et société ; Culture et médiation scientifique ; Recherche en sciences de l'information et de la communication ; Enseignements en biologie

#réflexivité #bienscommuns #circulationdessavoirs

 

Après des études de biologie, Mélodie Faury est maintenant en fin de thèse au laboratoire de Communication, Culture et Société (C2So) de l'École Normale Supérieure de Lyon. A l’instar des acteurs de la culture scientifique et technique industrielle, Mélodie utilise couramment la plateforme de publication de "carnets de recherche" hypothese.org. Elle est aussi très active sur Twitter et elle est inscrite sur Knowtex, Facebook et Academia.

 

@mysciencework : Quel usage fais-tu de ces réseaux sociaux ?

@infusoir : « Mon usage des réseaux sociaux est très corrélé à mes activités quotidiennes.

Par exemple, je partage ma veille scientifique sur Twitter. Je suis des séminaires qui m’intéressent mais auxquels je n’ai pu me rendre.

Les "carnets de recherche" permettent de structurer régulièrement ma recherche et mes pensées. Par leur biais, je suis les recherches de mes collègues. Ils permettent aussi de prolonger une discussion initiée IRL (in real life).

Je participe aussi à des blogs collaboratifs qui permettent une écriture collective. »

@mysciencework : Quels sont les bénéfices à tirer des réseaux sociaux ?

@infusoir : « Tout d’abord, les réseaux sociaux peuvent être un palliatif à la solitude professionnelle. A long terme, j’y ai lié des contacts intéressants. J’y ai d’ailleurs élargi mon réseau de collègues.

Twitter permet de partager son opinion sur divers sujets. Je peux aussi y tester de toutes nouvelles hypothèses de recherche ou avoir des retours sur des recherches en cours.

Les convergences d’opinion apparaissent très facilement. Des projets in IRL ont été initiés par ces rencontres virtuelles.

Les réseaux sociaux sont des lieux idéaux pour mettre en pratique le concept d’intelligence collective ! »

 

Une séparation stricte vie privé/vie publique pour bloggeur scientifique

 

avatar @tomroud

 

@tomroud - Nanobloggeur scientifique Physique, biologie, évolution et tout le reste. #scienceblogging #twittos #pseudonyme  

@TomRoud est professeur de biophysique en Amérique du Nord. Depuis le début de son post-doctorat, il blogue sur le site http://tomroud.owni.fr/. Il profite de sa formation interdisciplinaire, à l’interface entre biologie et physique, pour poster des textes de vulgarisation scientifique, d’opinion sur des sujets souvent scientifiques mais pas seulement.

En 2006, il co-fonde  avec d’autres bloggeurs scientifiques le [email protected]é des sciences et l’association des cafétiers de sciences. Il a contribué à promouvoir la vulgarisation des sciences par les scientifiques mais a pourtant choisi d’écrire sous un pseudonyme. Il explique que :

@TomRoud : « En France, ce n’est pas forcément une bonne chose de s’exposer ainsi sur l’Internet lorsque l’on débute une carrière scientifique. En ce sens, la culture américaine est très différente bien qu’il y a eu en France des améliorations depuis environ 5 ans. En Amérique, personne ne serait choqué si on écrit dans son CV que l’on tient un blog. Mais je commence à envisager d’abandonner le ‘pseudonymat’. »

 

@mysciencework : Quel usage fais-tu de ces réseaux sociaux ?

@TomRoud : « Je suis inscrit sur Twitter, Facebook et Google + mais je n’utile quasiment que Twitter. Je trouve les deux autres trop complexes. Ils offrent trop de paramètres et la protection de la vie privée ne me paraît pas transparente.

Au contraire, j’apprécie beaucoup Twitter pour sa simplicité. Il permet l’accès aux informations brutes et de façon immédiate. Il donne une vue d’ensemble de tous les sujets.

Dans le jargon scientifique, je dirais que le « rapport signal sur bruit » est relativement élevé en comparaison des autres médias sociaux. »

@mysciencework : Quels sont les bénéfices à tirer des réseaux sociaux ?

@TomRoud : « Je me tiens au courant des actualités et des informations scientifiques comme je le ferais par la lecture de journaux mais je sonde aussi l’opinion des gens ; la façon dont ils perçoivent l’information scientifique. »

@mysciencework : Pourquoi blogguer lorsque l’on est enseignant-chercheur ?

@TomRoud : « Mon goût pour l’écriture et les échanges m’ont amené à écrire sur la science. Cela me prend évidement du temps mais j’y acquière de nouvelles compétences. Par exemple, le sens de la rédaction de vulgarisation peut aider à la rédaction de demandes de financement. Le contact avec différentes disciplines scientifiques demande une ouverture d’esprit. De plus, la maîtrise d’outils numériques me permet de personnaliser mes enseignements, ce qui est apprécié des étudiants.

Par-dessus tout, un blog est un lieu d’expression. La science souffre d’un manque de communication et les chercheurs devraient plus s’engager. »

   

Bavarder pour prendre contact et étendre son réseau

 

avatar @elifsu

 

Elifsu Sabuncu (@elifsulavraie) Scientifique au parcours touche à tout et au statut improbable, bavarde, insoumise, têtue et tête en l'air. Rigolote ou triste, toujours sincère. #science #politique #culture

Elifsu Sabuncu est chercheuse contractuelle en sociologie des sciences. Twitteuse active et activement suivie, elle est aussi inscrite sur Facebook, linkedin, google +, friendfeed, viadeo et xing mais sans trop les utiliser.

@mysciencework : Quel usage fais-tu de ces réseaux sociaux ?

@elifsulavraie : « Je bavarde beaucoup sur Twitter. Je m’y suis fait de nouveaux amis. Je partage aussi mes avis sur la politique et sur la science.

Linkedin me sert pour les contacts purement professionnels. J’y consulte les CV et les compétences de chacun.

Mes collègues de travail sont souvent sur les mêmes réseaux sociaux que moi. Néanmoins, ils discutent peu avec les autres. Ils en ont un usage plus professionnel, partagent des liens et suivent des contacts pour faire de la veille d’usages, de logiciels et de sites intéressants. »

 

@mysciencework : Quels sont les bénéfices à tirer des réseaux sociaux ?

@elifsulavraie : « Ces mises en relation m’ont servie pour les recherches d’emploi puis pour les recrutements. Ces rencontres ont réellement déjà débouché sur des collaborations professionnelles. Par exemple, j’ai fait partie d’un jury de concours d'entrée d'une école de design. C’était très intéressant et cela a été possible grâce à mes contacts sur Twitter.

J’ai pu aider des amis pour leur recherche d’emploi en initiant des prises de contacts et j’ai embauché une salariée via Twitter. Dernièrement j'ai écrit un article scientifique en co-auteur avec un sociologue (@coulmont) suite à une question posée sur Twitter. »

   

En résumé, d’après les opinions des scientifiques, l’usage de Twitter à des fins purement de recherche reste assez marginal. Le peu de personnes partageant une veille professionnelle sur Twitter peut expliquer le manque d’attrait de cette pratique. Par contre, les avis convergent pour dire que l’aspect social de ce média favorise de nombreuses rencontres. La transposition de ces rencontres IRL est assez courante et peut être l’initiative de projets entre acteurs de domaines ne se rencontrant que rarement. De plus, les blogs scientifiques et "carnets de recherche", bien qu’ils nécessitent que l’on leur consacre du temps, permettent de développer de nouvelles compétences de rédaction et de vulgarisation et de structurer la recherche scientifique. Au-travers de ces médias, les chercheurs ont la possibilité de l’isolement de leur sujet d’étude et d’exposer leurs opinions sur des sujets divers et variés.

Twitter est un média qui donne la parole aux chercheurs sur des sujets variés et qui favorise l’interdisciplinarité.

 

* Le terme « mot-clic » a été proposé par l'Office québécois de la langue française en janvier 2011, voir GDT

 

 

En savoir plus

 

 Les réseaux sociaux scientifiques : différences d’approches suivant les disciplines par @yolobia  #réseauxsociaux

 

L’évolution de la pratique des réseaux sociaux en science par @yolobia  #réseauxsociaux

 

De la servitude réseaux  par @FBon  #réseauxsociaux

 

 37 tautologies concernant Twitter  par @FBon article133 #intelligencecollective

 

Annexe A :

Questionnaire de base utilisé :

 

0) Pouvez-vous vous décrire en 140 caractères plus 3 #hashtags ?

1) A combien/quels réseaux sociaux êtes-vous inscrit ? Quels sont ceux sur lesquels vous êtes le plus actif ?

2) Avez-vous un/plusieurs blog(s) ?

3) Quel usage faites-vous de ces différents outils ?

4) Vos collègues de travail utilisent-ils aussi les réseaux sociaux ? Si oui, pour quel usage ? Si non, pourquoi ?

5) Du point de vue professionnel, quels sont les bénéfices que vous retirez de leur usage ?

6) Du point de vue professionnel, pouvez-vous décrire le réseau social de vos rêves ?

 

Annexe B :

Tableau des réponses au questionnaire : twittos_tableau2