Tête-à-tête privilégié avec les insaisissables méduses noires géantes

Rencontre exceptionnelle avec Chrysaora achlyos

Au cours de leurs études sur les oursins au large des côtes de San Diego, Mike Bear et ses collègues scientifiques ont fait une rencontre peu commune. En pleine plongée sous-marine, ils sont tout à coup tombés nez à nez avec un banc de méduses noires géantes dont les plus grandes dépassaient 4,5 m. Les scientifiques ont nagé parmi elles. Ils ont rapporté des images impressionnantes de ces rares créatures et de leurs compagnons symbiotiques. Mike Bear nous fait part de son expérience et nous en dit plus sur cette espèce insaisissable.

Au cours de leurs études sur les oursins au large des côtes de San Diego, Mike Bear et ses collègues scientifiques ont fait une rencontre peu commune. En pleine plongée sous-marine, ils sont tout à coup tombés nez à nez avec un banc de méduses noires géantes dont les plus grandes dépassaient 4,5 m. Les scientifiques ont nagé parmi elles. Ils ont rapporté des images impressionnantes de ces rares créatures et de leurs compagnons symbiotiques. Mike Bear nous fait part de son expérience et nous en dit plus sur cette espèce insaisissable.

This article was originally published in English as “A close encounter with giant sea nettles”. It was translated by Timothée Froelich.

Une méduse noire géante rencontrée par les plongeurs
au large de San Diego, en Californie
Source : Mike Bear

En juillet 2012, alors que nous menions une enquête sous-marine au large des côtes de Pt. Loma, près de San Diego, afin d’aider les biologistes marins locaux à repérer des populations d’oursins dans les forêts de laminaires, nous sommes tombés nez à nez avec un banc de méduses noires géantes, (une espèce de méduse pélagique énorme aussi connue sous le nom de Chrysaora achlyos) dont certaines faisaient deux fois la taille d’un plongeur. En levant les yeux vers la surface, nous pouvions en distinguer des dizaines, qui allaient d’un petit mètre à 4,5 m pour les spécimens adultes et qui laissaient leurs tentacules flotter allègrement au gré du courant. Comme certains d’entre nous transportaient des caméras et des appareils photos, nous avons décidé d’aller leur tenir compagnie, en nageant au beau milieu du banc pour regarder passer et photographier ces incroyables géants des mers si rarement aperçus.

Ces méduses noires géantes, qui atteignent parfois 4,5 m,
ridiculisent par leur taille les plongeurs qui passent à côté d’elles.
Source : Mike Bear

Gare aux tentacules !

A vouloir trop s’approcher des méduses pour les filmer, certains d’entre nous sont accidentellement entrés en contact avec les longs tentacules venimeux qui flottaient derrière elles. Néanmoins, le venin étant relativement peu puissant, les piqures n’ont entraîné que des démangeaisons légères et une sensation de brûlure, qui disparaissaient après environ quarante minutes. La plupart d’entre nous portaient des combinaisons de plongée complètes ainsi que des gants, ce qui nous a apporté une protection plutôt efficace hormis sur l’interstice entre les capuches et les masques.

Chaque tentacule est recouvert de milliers de nématocystes microscopiques et chaque nématocyste est composé d’une sorte de gâchette appelée cnidocyste et d’une capsule qui peut libérer un filament urticant enroulé sur lui-même. Au moindre contact, le cnidocyste éjecte immédiatement le filament venimeux de sa capsule pour le projeter sur la cible. Les toxines libérées sont capables de tuer des proies de petite taille et d’assommer d’éventuels prédateurs. La piqûre de ces méduses semble provoquer chez les humains une sensation irritante non mortelle mais tout de même douloureuse qui peut perdurer pendant quarante minutes.

D’après le Monterey Bay Aquarium, la méduse noire est considérée comme une espèce de méduse géante. Son ombrelle typiquement violacée peut atteindre un diamètre de 90 cm. Ses bras péribuccaux, roses et dentelés, peuvent mesurer jusqu’à environ 6 m de longueur, tandis que ses tentacules urticants peuvent dépasser 7,5 m.

D’après le site JelliesZone, aucune autre méduse évoluant dans les eaux littorales de la côte ouest des Etats-Unis ne possède une pigmentation aussi sombre. Elle dispose de 4 gonades, attachées à des extensions semblables à des doigts qui partent des ouvertures sous l’ombrelle, désignées sous le terme ostia. Les organes sensoriels marginaux sont placés autour de la bordure de l’ombrelle et tous les trois tentacules. On en compte huit au total. Ces organes sensoriels sont parfois considérés comme des capteurs de lumières primitifs qui seraient apparus avant les yeux.

Une créature de légende

Cette espèce de méduse est unique au monde et lorsqu’elle se présente à l’Homme, les spécimens à observer sont très nombreux (les essaims précédemment rencontrés comptaient des dizaines de méduses). Elles constitueraient la plus grande espèce d’invertébrés découverte au cours du 20ème siècle. Pourtant, les méduses noires géantes n’ont fait que récemment (en 1997) l’objet d’une description officielle.

Elles se montrent très rarement et il est très difficile de les localiser pendant la plus grande partie de l’année, bien qu’elles aient fait deux apparitions majeures en Californie du Sud : la première fois en 1989 et la deuxième, dix années plus tard, en 1999.

La première description officielle de la méduse noire géante date de 1997.
Source : Mike Bear

Fascinés, nous avons nagé au gré du courant parmi ces créatures formidables pendant plus d’une heure, prenant des photos sans relâche, jusqu’à ce que le manque d’oxygène dans nos réservoirs nous oblige à remonter à la surface. Nous avons également eu la chance de pouvoir identifier grâce aux images enregistrées un poisson argenté qui s’était installé dans l’ombrelle d’un des spécimens : il s’agissait d’un Pompano du Pacifique (Peprilus simillimus), un poisson qui vit fréquemment en symbiose avec de grandes méduses pour se protéger jusqu’à l’âge adulte.

En dépit du fait que ces énormes méduses aient fait deux apparitions remarquées au large des côtes californiennes, les scientifiques ne savent toujours que peu de choses sur leur cycle de vie. Nous nous estimons extrêmement chanceux d’avoir pu vivre cette rencontre.


Ci-dessus, vidéo d’une méduse et de son partenaire symbiotique, le Pompano du Pacifique
Remerciements à Barbara Lloyd, Stella Luna Productions

 

Pour en savoir plus :

Dossier sur les méduses par Futura Nature :
http://www.futura-sciences.com/magazines/nature/infos/dossiers/d/zoologie-monde-mysterieux-meduses-1061/