Surmortalité des abeilles : la conséquence de multiples facteurs

L'impact de l'homme sur la vie des abeilles

Le nombre d’abeilles subit un déclin important au niveau international. Leur activité de pollinisation est pourtant essentielle à notre économie et à notre production agricole. Les facteurs suspectés comme étant à l’origine de cette diminution sont multiples: appauvrissement de la diversité et de la qualité des ressources alimentaires, intensification des monocultures, agents pathogènes, produits phytosanitaires, prédateurs. L’action combinée des pesticides et des maladies sur la mortalité des abeilles est un aspect sur lequel peu de résultats sont disponibles. De récentes études suggèrent pourtant que les abeilles infectées par un parasite seraient moins résistantes aux insecticides, même à de très faibles doses. Les abeilles soumises à de multiples stress (maladies, molécules toxiques…) se trouveraient donc particulièrement affaiblies, ce qui pourrait expliquer certains cas de surmortalité des colonies d’abeilles.

Le nombre d’abeilles subit un déclin important au niveau international. Leur activité de pollinisation est pourtant essentielle à notre économie et à notre production agricole. Les facteurs suspectés comme étant à l’origine de cette diminution sont multiples: appauvrissement de la diversité et de la qualité des ressources alimentaires, intensification des monocultures, agents pathogènes, produits phytosanitaires, prédateurs. L’action combinée des pesticides et des maladies sur la mortalité des abeilles est un aspect sur lequel peu de résultats sont disponibles. De récentes études suggèrent pourtant que les abeilles infectées par un parasite seraient moins résistantes aux insecticides, même à de très faibles doses. Les abeilles soumises à de multiples stress (maladies, molécules toxiques…) se trouveraient donc particulièrement affaiblies, ce qui pourrait expliquer certains cas de surmortalité des colonies d’abeilles.

 

Abeilles à miel appartenant au genre Apis. Source : ©The physicist – Fotolia.com
Abeilles

 

Depuis une vingtaine d’années, de nombreuses études ont été menées sur la cause de la surmortalité des abeilles mais ces études sont souvent incomplètes ou controversées. La mortalité des abeilles est un sujet sensible sur lequel s’opposent les sociétés de production phytosanitaire, les associations écologistes, les apiculteurs… Malgré de nombreuses études sur le sujet, l’impact de facteurs multiples sur la mortalité des abeilles, comme l’action combinée des pesticides et de maladies, n’a que peu été étudié.

 

Dans une étude publiée en open access sur PloS One en juin 2011, deux équipes françaises du Laboratoire Microorganismes : Génome et Environnement (CNRS / Université Blaise Pascal) de Clermont-Ferrand et du Laboratoire de Toxicologie Environnementale d’Avignon (INRA) montrent l’impact, sur la mortalité des abeilles, de l’action combinée du parasite Nosema ceranae et de faibles doses de produits phytosanitaires agricoles [1].

Nosema ceranae est un parasite intracellulaire, apparenté aux champignons, colonisant l’intestin des abeilles et responsable d’une maladie appelée nosémose. Ce pathogène est retrouvé de manière très fréquente dans les colonies d’abeilles. Les études en laboratoire qui viennent d’être publiées montrent un taux de mortalité très élevé lorsque des abeilles infectées par Nosema ceranae sont ensuite exposées à de faibles doses d’insecticides. En effet, un taux de mortalité de 47% est observé pour des abeilles uniquement infectées par le parasite alors que ce taux atteint 71 à 82% lorsque des abeilles infectées par le parasite sont exposées de manière chronique à des doses d’insecticides considérées comme non létales. Plus impressionnant encore, cette augmentation de la mortalité a été observée dans le cas d’une exposition quotidienne à des doses de produits phytosanitaires 100 fois inférieures à DL50, la dose évaluée comme pouvant tuer 50 % des individus intoxiqués. Selon ce constat, l’impact prolongé des insecticides à faibles doses devrait être réévalué en prenant en compte les actions d’éléments combinés : parasites, alimentation…

 

Etonnamment, l’impact combiné des insecticides et des maladies infectieuses n’était pourtant pas inconnu puisque cette synergie destructrice est déjà utilisée en « lutte intégrée », un ensemble de pratiques de protection des cultures respectant l’environnement (« integrated pest management » en anglais). Dans ce cadre, les maladies infectieuses diminuent les résistances aux pesticides des insectes nuisibles dans le but de réduire la quantité de produits chimiques nécessaires à la protection des exploitations agricoles.

 

Selon Frédéric Delbac, professeur à l’université Baise Pascal à Clermont-Ferrand et un des auteurs de l'article : "Il est maintenant nécessaire de comprendre l’action des facteurs multiples afin de généraliser ces résultats à l’ensemble des stress auxquels sont soumises les colonies."

Par ailleurs, maintenant que l’impact d’une infection parasitaire des abeilles sur leur résistance aux produits toxiques a été démontré, inversement il sera enrichissant de connaître l’impact des produits phytosanitaires sur la résistance de l’abeille aux maladies parasitaires opportunistes, c’est-à-dire qui se développent chez les insectes affaiblis.

 

De manières similaires, d’autres études avaient montré d’éventuelles combinaisons insecticides/maladies infectieuses dont l’action serait similairement néfaste aux colonies d’abeilles pour des doses de pesticides actuellement considérées comme non-létales. Selon les auteurs, il est probable qu’une généralisation de ces phénomènes puisse être démontrée, ce qui remettrait en cause les études de non-toxicité des pesticides sur lesquelles se basent les normes actuelles d’utilisation de ces produits chimiques.

 

  [1] Exposure to Sublethal Doses of Fipronil and Thiacloprid Highly Increases Mortality of Honeybees Previously Infected byNosema ceranae, Cyril Vidau, Marie Diogon, Julie Aufauvre, Régis Fontbonne, Bernard Viguès, Jean-Luc Brunet,Catherine Texier, David G. Biron, Nicolas Blot,Hicham El Alaoui, Luc P. Belzunces, Frédéric Delbac, PloS One juin 2011, http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0021550

 

 

En savoir plus :

 

 

1) Pathogènes et insecticides : un cocktail mortel pour les abeilles, Communiqué de presse du CNRS/INRA 07/07/2011, http://www.inra.fr/presse/pathogenes_insecticides_cocktail_mortel_abeilles

2) Abeilles et insecticides : une clef du mystère, S. Huet, le 8 juillet 2011, blog {Science}2,http://sciences.blogs.liberation.fr/home/2011/07/abeilles-et-insecticides-une-clef-du-myst%C3%A8re.html

3) La disparition des abeilles : enquête, Science-gouv, 2008, http://www.science.gouv.fr/fr/dossiers/bdd/res/2856/la-disparition-des-abeilles-enquete/