Stockage géologique du CO2 : une solution envisageable ?

Les avis sont partagés sur une technique pourtant prometteuse

La concentration en CO2 dans l’atmosphère n’a jamais été aussi haute depuis 2.5 millions d’années. Il est temps d’agir. Une option étudiée par des laboratoires de recherche et des industriels consiste à capter et stocker le gaz carbonique dans le sol. Certaines associations et ONG alertent sur les risques potentiels et le coût de ces techniques. Que penser de cette solution pourtant séduisante ?

La concentration en CO2 dans l’atmosphère n’a pas été aussi haute depuis 2.5 millions d’années. Il est temps d’agir. Une option étudiée par des laboratoires de recherche et des industriels consiste à capter et stocker le gaz carbonique dans le sol. Certaines associations et ONG alertent sur les risques potentiels et le coût de ces techniques. Que penser de cette solution pourtant séduisante ?

 

Le club CO2 a lancé le premier prix pour récompenser les thèses sur le captage, transport, valorisation et stockage de dioxyde de carbone (CO2). Ce domaine de recherche propose de capter le CO2 directement à sa source la plus polluante puis de le séquestrer dans le sol. Cette solution paraît être un bon complément aux énergies renouvelables mais elle peine à se développer et fait l’objet de controverses. Ses détracteurs lui reprochent un coût élevé et s’inquiètent des risques liés au stockage géologique. A l’heure où il est urgent d’agir, le stockage de CO2 oscille entre bonne et mauvaise solution.

 

Lutter à la source

Les forêts ou les océans ne suffisent pas à enrailler l’augmentation de la concentration en carbone dans l’atmosphère. Pour la première fois dans l’histoire, la concentration de CO2 dans l’air pourrait atteindre des taux de l’ordre de 0.04% selon les prévisions de l’Institut d’océanographie SCRIPP. La valeur la plus élevée depuis le Pliocène. La quantité de CO2 rejeté par les transports est trop diffuse pour être capturée. Le dioxyde de carbone issu des cheminées industrielles peut, lui, être récupéré. Une fois comprimés, et transportés par gazoduc, ces déchets carboniques sont stockés dans différents sites géologiques comme les nappes d’eau souterraines non potables ou les gisements de pétrole et de gaz naturel épuisés.

 

Lutter à la racine de la production de CO2 séduit les industriels qui sont nombreux à investir dans la recherche sur le sujet. La chaire industrielle Mines ParisTech du Havre Captage, transport et stockage du CO2 fait collaborer depuis 2009 des industriels comme GDF Suez, EDF, Air liquide ou encore Total, des partenaires locaux et différents laboratoires de recherche comme celui des Mines Paris Tech. La chaire s’intéresse simultanément au captage et au stockage de gaz carbonique. Son directeur, Denis Clodic se félicite d’avoir vu une « augmentation des thèses produites avec des résultats très intéressants ».


Pour lutter contre l’augmentation croissante de CO2 dans l’atmosphère les industriels s’intéressent au captage et stockage du gaz carbonique – Crédit image : publicenergy Dave Wild

 

L’avis dispersé des ONG

Alors que le captage et stockage de CO2 est une solution soutenue par la fondation Bellona, ONG environnementale, Greenpeace s’y oppose. « C'est une option à abandonner » affirme l’ONG en détaillant ses arguments sur son site : lointaine, énergivore et couteuse. Cette technologie éloignerait les investissements de la véritable solution : les énergies renouvelables. Les techniques de captage et de stockage de CO2 n’en sont qu’à leurs débuts. Les recherches pourraient permettre d’optimiser son utilisation et d’en réduire les coûts. Les chercheurs s’intéressent aussi à d’autres alternatives comme le recyclage ou la revalorisation. En ajoutant de l’hydrogène le CO2 peut être transformé en méthane et utilisé comme matière première pour les industriels. Les déchets carboniques peuvent aussi permettre de renflouer les sols fragiles. Denis Clodic regrette que dans tous les cas « la réutilisation ne sera pas à la hauteur de la production ».

 

Autre argument avancé par les détracteurs, le captage et stockage de CO2 n’inciterait pas les industriels à baisser leur production de CO2. « La combustion est indispensable pour les industries » se défend Denis Clodic. Chercheurs, industriels et écologistes s’accordent sur un point, la nécessité de maîtriser les risques potentiels liés au stockage géologique. Pollution des nappes d'eau potable, relargage brutal dans l'atmosphère : « Il est impossible de garantir un stockage sûr et permanent du CO2 » alerte Greenpeace.

 

« Le CO2 est une facture commune liée à notre mode de vie » explique Denis Clodic. Le captage et stockage de CO2 n’est pas une solution miracle. Cependant, elle pourrait compléter les autres actions de lutte globale contre l’augmentation des gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

 

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