Sortir la science de sa tour d’ivoire

Le message de l’AAAS sur la vulgarisation scientifique

La diffusion de la connaissance scientifique au grand public est un sujet délicat : certains chercheurs sont pour, d’autres beaucoup moins ; la plupart n’a pas de temps à y consacrer. Et pourtant, au congrès annuel de l’AAAS, l’Association Américaine pour l’Avancement des Sciences, une session a fait salle comble sur le thème de la vulgarisation scientifique. L’enjeu était de souligner pourquoi celle-ci est plus importante que jamais. Les participants ont à cette occasion mis en commun leurs stratégies pour faire de ce projet une réalité. Bien qu’une révision générale du système de gratification des académiciens soit sûrement nécessaire, les scientifiques peuvent tout de même trouver un moyen faisable pour diffuser leurs recherches au grand jour.

 La diffusion de la connaissance scientifique au grand public est un sujet délicat : certains chercheurs sont pour, d’autres beaucoup moins ; la plupart n’a pas de temps à y consacrer. Et pourtant, au congrès annuel de l’AAAS, l’Association Américaine pour l’Avancement des Sciences, une session a fait salle comble sur le thème de la vulgarisation scientifique. L’enjeu était de souligner pourquoi celle-ci est plus importante que jamais. Les participants ont à cette occasion mis en commun leurs stratégies pour faire de ce projet une réalité. Bien qu’une révision générale du système de gratification des académiciens soit sûrement nécessaire, les scientifiques peuvent tout de même trouver un moyen faisable pour diffuser leurs recherches au grand jour.

 

Cet article est une traduction de « Freeing Science from the Ivory Tower ». Il a été traduit de l’anglais vers le français par Timothée Froelich.

 

(Flickr / D.H. Parks) 

En février dernier à Boston, lors du congrès annuel de l’Association Américaine pour l’Avancement des Sciences, une conférence dédiée à la vulgarisation scientifique a rassemblé une foule telle que certains participants ont dû y assister depuis le hall d’entrée. Intitulée « Strategies for Engaging Outside the Ivory Tower and How To Find the Time To Do It » (« Stratégies pour sortir la science de sa tour d’ivoire et pour trouver le temps de le faire ») (#aaasbeit), la session a notamment passé en revue les moyens pour les scientifiques de mieux se rapprocher du grand public. L’objectif était de leur expliquer que leur comportement et celui de leurs institutions devaient changer. Il s’agissait aussi de leur montrer comment ils pouvaient trouver le temps de faire de la vulgarisation une partie intégrante de leur travail.

 

Le Stanford Woods Institute for the Environment est par exemple très conscient de l’importance d’une interaction entre la science et la société. Sa mission repose essentiellement sur le fait de trouver des solutions radicales qui répondront aux besoins de l’humanité tout en préservant le bien-être des systèmes terrestres. L’institut sait bien que pour ce faire, il est nécessaire de mettre en place une collaboration à tous les niveaux, local comme mondial. Le but de son projet intitulé Leopold Leadership Program, présenté à l’AAAS par Leah Gerber, est de former des leaders efficaces et de traduire la connaissance en actions concrètes. Ce qu’enseigne ce programme, c’est qu’« un bon leader est aussi un leader qui excelle de multiples façons, non pas dans l’art de donner des ordres, mais dans l’art d’écouter », explique Liz Hadly, chercheur de Stanford. Les chercheurs qui travaillent sur le projet Leopold doivent savoir s’adapter lorsqu’ils interagissent avec des populations différentes. Comme l’a dit Jessica Hellman, membre du comité de la session et scientifique à l’Université de Notre-Dame, « avant, être expert, c’était un des métiers les plus estimés ; aujourd’hui, nous devons accorder plus d’importance au fait d’être participatif. »

 

Pour diriger tout en interagissant, ces chercheurs du programme Leopold ont recours à un outil appelé Storymaps, qui a été abordé durant la conférence. Il s’agit de cartes interactives qui permettent de replacer un projet dans un contexte géographique. Ces cartes sont l’outil idéal pour savoir ce qu’il se passe, où, quand et avec qui. Les chercheurs du projet Leopold les utilisent pour interagir au sein de leur communauté locale et entre chacun. Comme l’a expliqué dans un tweet Katja Bargum, biologiste et conseillère de presse à l’Université d’Helsinki, « la vulgarisation ne permet pas seulement une meilleure compréhension des sciences par tous, elle permet aussi aux scientifiques de mieux comprendre le grand public. »

 

Le monde universitaire a besoin de (nombreux) nouveaux critères

 

Les scientifiques sont réticents à l’idée de vulgariser principalement parce qu’ils sentent que cette diffusion n’est pas reconnue. L’écologue Karen Lips en a fourni une explication partielle sur Twitter : « la vulgarisation est par nature #interdisciplinaire et le monde universitaire peine à reconnaître complètement cela. » Il est donc peu motivant pour les chercheurs d’accorder moins de temps à leur « vrai » travail. Diffuser la connaissance scientifique d’un tel au grand public, aussi gratifiant que cela puisse paraître, ne relève alors que d’un simple bénévolat.

 

Il est apparemment clair que si les efforts de vulgarisation sont davantage récompensés, le volume et la définition même de la bourse universitaire devront évoluer. Liza Gross, rédactrice en chef pour la revue PLOS Biology et rédactrice freelance, a remarqué que cette évolution est « parallèle au mouvement #openaccess. Les systèmes de gratification doivent changer, à commencer par les niveaux de gratification et de titularisation. » De nombreux participants ont retweeté leur soutien pour une vision de la vulgarisation qui voudrait que celle-ci soit considérée comme une part fondamentale des bourses et que les formations soient offertes. A la question du rédacteur scientifique B. Rose Huber sur la manière dont les spécialistes de l’information publique peuvent aider les scientifiques à accorder du temps à la vulgarisation, Karen James a répondu qu’ils devraient exercer une pression sur les responsables de départements et d’universités pour inclure la vulgarisation dans leurs décisions d’embauches et pour l’ancienneté. L’audience a également été très intéressée d’apprendre l’existence d’une récompense donnée en Allemagne « aux scientifiques et aux universitaires ayant rencontré un grand succès en partageant les résultats de leurs recherches avec le grand public ».

 

Surmonter l’obstacle temporel

 

La reconnaissance et le soutien feront passer la culture scientifique et la société d’entités séparées à quelque chose qui va et vient entre les deux. Mais, comme l’a tweeté Andy Freeberg, « la vulgarisation scientifique améliore les compétences et l’efficacité scientifiques, mais pas le temps ou l’efficience ». L’obstacle du temps demeure très élevé. Les personnes ayant assisté à la session de l’AAAS ont appris que même pour les chercheurs du Leopold Leadership Program, engagés corps et âme dans la diffusion de la connaissance scientifique au grand public, il est difficile d’y consacrer plus d’une heure par mois.

 

Une des statistiques les plus révélatrices citées lors du débat a montré que, contrairement à ce que pense la plupart des scientifiques, accorder du temps à la vulgarisation scientifique ne diminue pas la productivité, pas plus que cela ne l’affecte. Ça peut même l’augmenter. Cependant, Jonathan Pritchard, au cours de la conversation sur Twitter, a objecté que « ces chiffres semblaient montrer que les scientifiques qui réussissent encouragent également la vulgarisation. Cela ne montre cependant pas qu’ils réussissent parce qu’ils encouragent la vulgarisation. » Cela renverrait-il alors à une qualité innée que possèderaient seulement certains scientifiques, dotés de compétences surhumaines en matière de gestion de temps ? C’est peut-être également une question de motivation, comme l’explique l’océanologue Dawn Wright, qui en a fait l’expérience pendant ses études : « C’est lorsque j’étais dans l’équipe de basket que j’ai eu les meilleures notes, parce que ça me poussait à être plus productif. »

 

C’est probablement un peu des deux. De toute façon, le débat sur les moyens d’approcher et d’écouter le grand public est loin d’être clos. Comme Lou Woodley nous l’a rappelé sur Twitter, « c’est en trouvant ce dont les gens ont besoin que quelqu’un peut vraiment devenir un leader efficace au cœur de son institution».

 

 

Pour en savoir plus :

 

Storify d’« AAAS : The Beauty and Benefits of Escaping the Ivory Tower » , par  @IceAgeEcologist, Jack Williams, en anglais.
http://storify.com/IceAgeEcologist/aaas-the-beauty-and-benefits-of-escaping-the-ivory?utm_medium=sfy.co-twitter&utm_campaign=&awesm=sfy.co_eEPc&utm_content=storify-pingback&utm_source=t.co

 

« AAAS-Inspired Science Communication Commandments », constitué par @SnarkyScientist
http://www.snarkyscientist.com/?p=290

 

« Bridging the Gap Between Scientists and Policy Makers: Whither Geospatial? »
http://blogs.esri.com/esri/esri-insider/2013/02/11/bridging-the-gap-between-scientists-and-policy-makers-whither-geospatial/

 

 

Articles connexes sur MyScienceWork :

 

« Spinning Tales of Science: Advice for science narrative, from ScienceOnline2013 » (en anglais)
http://www.mysciencework.com/en/MyScienceNews/9762/spinning-tales-of-science

 

« ScienceOnline: Impostors, All - Getting vaccinated against self-doubt » (en anglais)
http://www.mysciencework.com/en/MyScienceNews/9774/scienceonline-impostors-all