Séance de travaux pratiques avec Paul Harrison : Quand l’art rencontre la science

En mars dernier se tenait la 8e édition des cours d’épigénétique de l’Institut Curie : une semaine de séminaires destinés aux doctorants ayant des projets de recherche axés sur l’étude de mécanismes épigénétiques. Cette année, les participants ont eu l’opportunité de rencontrer un personnage qu’ils ne sont pas près d’oublier. Il s’agit de Paul Liam Harrison, artiste passionné de science, venu animer pour ces jeunes chercheurs un atelier très spécial. Récit de l’intérieur.

En mars dernier se tenait la 8e édition des cours d’épigénétique de l’Institut Curie : une semaine de séminaires destinés aux doctorants ayant des projets de recherche axés sur l’étude de mécanismes épigénétiques. Cette année, les participants ont eu l’opportunité de rencontrer un personnage qu’ils ne sont pas près d’oublier. Il s’agit de Paul Liam Harrison, artiste passionné de science, venu animer pour ces jeunes chercheurs un atelier très spécial. Récit de l’intérieur.

 

Le cheveu grisonnant, la barbe éparse et le visage avenant, notre hôte d’un soir nous met tout de suite à l’aise. Mais pas question de bailler aux corneilles. À peine installés, voilà que Paul rentre directement dans le vif du sujet. Le fameux « paysage épigénétique » de Conrad Waddington est projeté sur un écran dans le fond de la salle, annonçant la couleur : nous allons devoir imaginer, concevoir, réaliser notre propre vision de l’épigénétique. 

 
Les jeunes chercheurs emmenés par Paul Harrison ont fait preuve d’une originalité et d’une créativité surprenante. On peut distinguer, en s’attardant sur cette créature exotique, des représentations de domaines chromosomiques et des boucles d’ADN au milieu d’autres structures hélicoïdales. Le tout s’enlaçant dans un ballet de courbes et de couleurs, incarnant l’organisation complexe et néanmoins plastique de la chromatine. (Crédit photo Paul L. Harrison)
Art et Science Paul Harrison

Les regards se croisent, interloqués. Qu’attend-il exactement de nous, pauvres scientifiques en devenir ? Mais Paul nous laisse à peine le temps de nous interroger. Faisant circuler parmi nous ciseaux, crayons et tubes de colle, il sort de sa besace une multitude de dessins et autres peintures imprimés qu’il nous distribue dans la pagaille, le regard malicieux. Le matériel et les feuilles volent de table en table, un mélange de stress et d’excitation commence à monter.

Alors que nous restons perplexes devant nos feuilles blanches, Paul nous encourage. Il nous exhorte à laisser libre cours à notre imagination, tout en nous projetant différentes œuvres à la volée afin de stimuler notre esprit créatif. Ça y est, nous commençons à entendre les premiers coups de ciseaux. Les têtes se penchent sur les tables, quelques regards en coin sont glissés pour espionner ou s’inspirer du voisin, l’ambiance s’électrise et nous nous laissons prendre au jeu. Certains travaillent en équipe alors que d’autres roulent en solo. Les éclats de rire fusent, le brainstorming de certaines équipes va bon train. Une multitude de bouts de papier jonchent déjà le sol.

 

L’organisation du noyau sous forme de domaines chromosomiques est l’un des mécanismes clés pour parvenir à fabriquer un être multicellulaire complexe. (Crédit photo Paul L. Harrison)
Art et science Paul Harrison

Quelques instants plus tard commencent à fleurir les prémices de nos œuvres d’art. Cliquetis des appareils photos pour les uns, allures de sculptures pour les autres, Paul navigue entre les tables, observant d’un air ravi ses nouveaux disciples à l’ouvrage. Un dernier coup de crayon, une dernière pointe de colle, ça y est, la séance est terminée. Soixante minutes intenses qui en ont paru dix. Photos, collages, dessins, maquettes en trois dimensions, chacun a mis de sa personne pour créer un objet unique, représentation personnelle d’une vision de l’épigénétique. Des territoires chromosomiques en veux-tu en voilà, aux entrelacs de brins d’ADN méthylés, en passant par des forêts de nucléosomes se dressant fièrement, tous les thèmes majeurs de l’épigénétique sont revisités.

Une étrange sensation d’apaisement nous envahit alors, notre génie créatif se trouvant fort satisfait d’avoir été ainsi mis, une fois n’est pas coutume, à contribution. Nous savourons, constatant à quel point nos jeunes esprits cartésiens, formatés pour la rigueur scientifique, ont été prompts à s’ouvrir lors de cet exercice. Après tout, artistes et scientifiques ne sont-ils pas fascinés tous deux par une seule et même idée, comprendre le monde qui nous entoure ? L’un s’en inspire quand l’autre l’étudie, les deux faces d’une même pièce qui furent, ce soir là, réunies. Une séance d’ « arthérapie » surprenante, rafraîchissante et ô combien enrichissante. On en redemande !

 

C’est le concept même d’épigénétique qui est ici représenté : l’identité cellulaire est déterminée par l’interaction entre la cellule et son environnement. (Crédit photo Paul L. Harrison)
Art et Science Paul Harrison

 

A propos de l’auteur :

Antoine Campagne est doctorant en 1ère année de thèse à L’institut Curie dans l’unité de Génétique et Biologie du Développement. Sous la direction de Raphaël Margueron, il étudie les mécanismes de répression des protéines du groupe Polycomb et plus particulièrement le rôle de cofacteurs associés au complexe PRC2. Au travers de ce texte, il a souhaité partager avec vous l’enthousiasme suscité par cette première rencontre avec l’approche art et science.

 

Pour aller plus loin :

- Découvrez ici le site web de Paul Liam Harrison

- Quand la science encense le « vagabondage spirituel »