Sciences et Musicologie

Les 3e Rencontres « Sciences et Musicologie » furent l’occasion pour les enseignants et les étudiants du double cursus Sciences et Musicologie de présenter leur formation et ses débouchés professionnels. En milieu d’après-midi, une conférence développant une approche de musicologie des voix dans la chanson fut présentée par Catherine Rudent, maître de conférences à Paris-Sorbonne. Puis, en fin de journée, les étudiants du double cursus nous ont offert un agréable moment musical : musique classique, rock en passant par le post-rock. Ce fut une occasion pour tous de se familiariser avec cette rencontre des sciences et de la musique.

 

Les 3e Rencontres « Sciences et Musicologie » furent l’occasion pour les enseignants et les étudiants du double cursus Sciences et Musicologie de présenter leur formation et ses débouchés professionnels. En milieu d’après-midi, une conférence développant une approche de musicologie des voix dans la chanson fut présentée par Catherine Rudent, maître de conférences à Paris-Sorbonne. Puis, en fin de journée, les étudiants du double cursus nous ont offert un agréable moment musical : musique classique, rock en passant par le post-rock. Ce fut une occasion pour tous de se familiariser avec cette rencontre des sciences et de la musique.

Double cursus

 

 

Le double cursus « Sciences et Musicologie »

Cette formation commune aux universités Pierre et Marie Curie (UPMC) et Paris-Sorbonne propose, depuis 2006, un cursus en 3 ans après le Bac menant à un double diplôme : la Licence de Sciences et Technologies de l'UPMC et la Licence de Musicologie de l'Université Paris-Sorbonne. Cette formation a pour but d’offrir aux élèves pratiquant régulièrement la musique d’associer leur intérêt pour la musique avec une formation de haut-niveau en science. Les débouchés de cette formation sont triples : les étudiants licenciés peuvent choisir d’utiliser leur double compétence pour s’orienter soit vers un master de musicologie soit vers un master scientifique ou bien vers les métiers de l’ingénierie du son.

La technique au service du son
La technique au service du son ©Tsian - Fotolia

Cette formation interdisciplinaire offre à parts égales des enseignements en science et des enseignements audio : une formation auditive, un enseignement en histoire de la musique, en traitement du signal etc. Un complément en langue et en culture générale ainsi qu’un semestre à l’étranger sont des atouts appréciés du double cursus. Dans les propos de Clément Gariel, responsable de l’association des anciens élèves, un sentiment de fierté se fait l’écho de l’originalité de cette approche interdisciplinaire. Le pari semble gagné d’offrir une formation où des étudiants passionnés par la musique ont la possibilité de puiser dans des disciplines musico-scientifiques les compétences d’adaptabilité nécessaires à un corps de métiers régulièrement modifié par l’évolution des techniques du son.

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Il n’y a pas beaucoup de champs de recherche plus interdisciplinaires que celui de la musicologie. Être musicologue est un métier difficile où il faut avoir la passion des connaissances.

Jean-Jacques Nattiez

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Une approche musicologique des styles vocaux dans les chansons

La voix chantée comme objet d'étude
chanteuse

D’une voix de soprano tranchant le silence du réfectoire des Cordeliers, Catherine Rudent, maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne, tente de répondre à la question qu’elle pose elle-même :

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Comment faire une science de la voix ?

Catherine Rudent

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La musicologie est l’analyse scientifique de la musique. Elle est l’étude des phénomènes socio-culturels liés à la musique, de son évolution et de celle d’éléments stylistiques, au-travers de nombreuses disciplines : la biologie, les sciences cognitives, l’ethnologie, etc.

Dans son exposé, Catherine Rudent se propose de trouver des logiques musicales aux voix chantées. Pour cela, sa démarche sera de comparer des vocalistes en prenant des concepts bien définis. Deux approches seront alors détaillées.

Tout d’abord, il est nécessaire de distinguer des grandes familles de chants indépendamment des cultures et des sexes. Pour ce faire, le concept pris pour exemple par Catherine Rudent est « l’énergie vocale ». Des extraits de chansons nous seront passés : Aretha Franklin (Gospel, Jazz), Edith Piaf (music-hall, variétés) puis Gainsbourg (variétés), pour illustrer les différents éléments déterminant le niveau d’énergie d’une voix. Les deux femmes citées utilisent les techniques de tenue de notes longues avec générosité et facilité, introduisent des interjections sonores et des ornementations vocales (plusieurs notes apparaissent sur une même syllabe) et des rythmes souvent crescendo. Gainsbourg, au contraire, pratique le refus de tenu de note, la chute de voix et une prononciation peu marquée ayant pour effet une impression de peu d’énergie. Un autre concept étudié par Catherine Rudent est «  la tension vocale » qui induit une sensation de forçage de la voix et dramatise la chanson.

La seconde approche s’insère dans l’étude des techniques vocales que l’on retrouve dans différents styles musicaux. Ici, Catherine Rudent s’intéresse à l’utilisation des mécanismes laryngiens de voix : la voix de poitrine et la voix de tête. Des extraits de Yodle ou de Ray Charles illustrent les différentes techniques de passage de voix de poitrine à voix de tête pour une intensification du message.

Pour finir, Catherine Rudent aborde les styles individuels des vocalistes. Elle nous raconte que, chez des chanteuses comme Juliette Gréco ou Mademoiselle K, le style musical est semblable au style vocal qui, lui-même, se retrouve dans leur façon de parler. Il en est de même pour la rythmique de respiration créant une atmosphère haletante ou au contraire détendue dans les chansons comme dans le parler.

Ma musique comme objet d'étude
Sciences Musicologie

Au final, on retient que les voix chantées peuvent faire l’objet d’une approche musicologique si des concepts rigoureux définissant les technicités vocales sont préalablement déterminés. Néanmoins, bien des fois il est difficile de distinguer à l’oreille comment le chanteur utilise sa voix. De surcroît, il est connu que des effets de coloration de la voix sont rajoutés par les micros ! En ce sens, une analyse informatique d’échantillons de voix menée grâce à des analyseurs de timbre et des analyseurs de spectre serait la suite logique des études de Catherine Rudent qui, lors de la séance de questions, a évoqué le souhait de s’associer avec des ingénieurs du son pour continuer son étude musicologique des voix.

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L. B. et l'équipe MyScienceWork souhaite remercier l'Association des Anciens de Sciences et Musicologie du double cursus des universités Paris-Sorbonne et Pierre et Marie Curie qui a publié cet article dans le numéro du mois de juin 2011 de leur journal :

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©Tsian; U.P.images - Fotolia.com

En savoir plus :

1) Le site des enseignants du double cursus Sciences et musicologie http://www.sciencesetmusicologie.org/Bienvenue.html

2) The Evocative Power of Vocal Staging in Recorded Rock Music and Other Forms of Vocal Expression, thèse de Serge Lacasse, (2000), http://www.mus.ulaval.ca/lacasse/