Plein air et santé, ce que dit la science

Retour sur le confinement dû à la pandémie

De nombreuses études témoignent des bienfaits de la nature sur la santé. Entre gestion du stress et ouverture d’esprit, les avantages sont nombreux, et les applications en médecine tout autant. Pendant la pandémie, la privation des espaces naturels a été une triste occasion de vérifier ce lien entre santé et espaces verts.

 

 

Avec l’arrivée des saisons chaudes, la nature est en ébullition ! Fleurs et arbres ont revêtu leurs plus belles couleurs pour nous offrir un spectacle saisissant. Les amoureux de la nature ont de quoi se réjouir, il est temps pour eux de prendre un bain de plantes, de faire des randonnées en montagne, d’aller se prélasser à la campagne, de profiter tout simplement de ce paysage féérique.

 

Outre le plaisir ressenti à la vue de ces paysages, il existe un lien entre connexion avec la nature et bien-être. Les amoureux de la nature ont déjà intéressé la recherche, qui ont remarqué que ces personnes avaient en général une certaine ouverture d’esprit, ainsi qu’une sociabilité élevée. D’autres études montrent qu’une connexion avec la nature est corrélée à des sentiments positifs et à une capacité à faire face aux problèmes de la vie. La nature semble aussi aider à gérer le stress et la fatigue. Enfin, ce lien semble augmenter la mémoire, l’attention, l’imagination et la créativité. Ces effets bénéfiques pour la santé ont poussé les chercheuses Renate Cervinka, Kathrin Röderer et Elisabeth Hefler à en savoir plus sur les bienfaits de cette connexion. À travers leur article “are nature lovers happy” publié dans le journal of health psychology, elles cherchent à enrichir la compréhension du lien entre la nature et la santé.



Échelle d’humeur

 

Les publications regorgent de preuves qu’il existe un lien entre bien-être et connexion avec la nature. Ici, le but a été de quantifier ce lien du mieux que possible. Pour cela, une étude sur des Autrichiens de 15 à 87 ans a été menée, grâce à des échelles de mesure du bien-être. Parmi elles, des échelles de satisfaction de la vie, de la qualité de vie, bref, qui permettent à la fois d’évaluer l’humeur d’une personne et son caractère général.



Voici le test qu'ont utilisé les Dr.Mayer et Frantz pour mesurer le lien émotionnel entre les personnes et la nature.
Source : Stephan & Frantz, 2004.

 

Après analyse de ces profils, il semble que les personnes qui aiment la nature sont satisfaites d’elles-mêmes dans la vie, s’acceptent comme elles sont et ont une personnalité positive. Étant capables de s’adapter au stress, ce sont des personnes qui ont aussi une certaine résistance aux maladies (car il existe un lien entre gestion du stress et maladies, comme cela a été présenté dans cet article sur le yoga). Aucun lien entre amour de la nature et humeur actuelle n’a pu être mis en avant, ceci principalement parce que le questionnaire était proposé uniquement dans des environnements urbains.



Applications à la santé

 

Comme il a été montré dans cet article et d’autres, il existe un lien évident entre amour de la nature et bien-être. Les auteures proposent de mettre en avant ce fait pour inciter les gens à favoriser le vélo ou la marche pour se déplacer afin de pouvoir mieux savourer les paysages environnants, ce qui pourrait être à la fois un avantage environnemental et individuel. En médecine, la nature pourrait être utilisée comme médecine alternative pour soigner les troubles mentaux : avec un jardinage thérapeutique par exemple, il serait peut-être possible d’éviter des rechutes et d’aider à la guérison.



COVID-19 et impact de notre santé dû au changement de notre rapport à la nature

 

De manière plus actuelle, les études de Cervinka et ses collègues ont aidé à comprendre un phénomène qui touche le monde entier en ce moment. Une étude de Linda Powers Tomasso et ses collègues a été publiée au International Journal of Environmental Research and Public Health. Le confinement dû à la pandémie a drastiquement modifié notre rapport à la nature, en nous empêchant d’y accéder, alors que ce contact aurait pu permettre d’atténuer le stress dû à la situation sanitaire, financière et émotionnelle. 529 réponses à une enquête diffusée en ligne en Amérique ont permis de montrer que les personnes avaient un sentiment de privation de nature depuis les privations dues au coronavirus.

 

L’étude a montré une redistribution du temps passé dehors. Sur les 529 réponses, 23,3% ont passé beaucoup moins de temps à l'extérieur, 18,8% ont passé un peu moins de temps, 20,4% le même temps, 22,7% plus de temps, et 14,8% beaucoup plus de temps. Regrettablement, la pandémie a été une occasion de vérifier le lien entre amour de la nature et bien-être, et les personnes qui ont passé moins de temps à l’extérieur ont vu leur épanouissement diminuer.

 

Plus encore, n’importe quel lieu naturel ne fait pas l’affaire : certaines personnes qui avaient la possibilité de sortir à l’extérieur se sentaient tout de même privées de nature lorsqu’elles ne pouvaient pas aller dans les zones naturelles qu’elles voulaient, comme les parcs, les réserves naturelles, les plages, etc.



Ramener du vert au cœur des villes

 

Dans son étude sur les effets du confinement sur la santé mentale des personnes, la Dr. Tomasso propose des solutions pour ramener la nature au cœur des villes afin de donner l’accès aux espaces verts à toute la population lors des prochaines pandémies qui amèneront de possibles confinements. Étant donné que les transports étaient déconseillés car sources de clusters possibles, beaucoup de personnes n’ont pas pu se déplacer vers des lieux naturels. En l’absence de parcs à proximité, le rapport à la nature de ces personnes a été fortement réduit. C’est pourquoi la Dr. Tomasso propose de remettre des espaces verts dans les paysages urbains un peu partout, plus petits que des immenses parcs mais néanmoins accessibles à pieds pour toute la population. Elle propose aussi de gérer la répartition des personnes dans les espaces verts tels que les parcs, plutôt que de les fermer totalement.

 

Dans leur article “Nature and mental health: An ecosystem service perspective“, les chercheurs Bratman, Anderson et d’autres collègues se concentrent sur les idées existantes et à faire pour réintégrer la nature dans la vie. Le modèle InVEST, pour Integrated Valuation of Ecosystem Services and Tradeoffs, est une suite de modèles en open source qui permet d’aider les pays à mieux gérer leur “capital vert”. Les chercheurs proposent une voie à suivre pour exploiter les connaissances que l’on a déjà sur les effets positifs de la nature sur la santé, afin de pouvoir modéliser au mieux ces effets dans le futur. Ils commencent par proposer des études qui analyseraient les caractéristiques naturelles qui augmentent la santé mentale. Des espèces d’arbres plus bénéfiques que d’autres ? Une diversité faunistique ? En bref, quelle taille et quel type de nature sont les plus bénéfiques. Par la suite, des études sur le temps d’exposition des personnes dans les espaces verts devraient être menées, en tenant compte de l’entretien, de la sécurité perçue et des horaires d’ouvertures et fermetures des lieux. Des informations sur l’expérience de la nature viendraient égayer le modèle : quels sens ont de l’importance dans ces moments, la vue bien sûr, mais à quel point les bruits, les odeurs viennent enrichir notre expérience ? Enfin, le modèle devrait bien sûr comprendre les effets de cette nature sur les personnes.

Le schéma de la modélisation en quatre étapes proposée par Bratman et ses collègues.

Source : Bratman et al., 2019.



En conclusion

 

Bien que les études témoignent d’un lien fort entre bien-être et amour de la nature, ce lien est difficile à affirmer, du fait de la subjectivité des critères. Cependant la pandémie offre une occasion unique de l’étudier. Il est cependant difficile de séparer les effets négatifs dus à la perte de la connexion avec la nature et ceux dus à la privation de liberté. 






Références : 

Bratman, Gregory N., et al. "Nature and mental health: An ecosystem service perspective." Science advances 5.7 (2019): eaax0903.

 

Cervinka, Renate, Kathrin Röderer, and Elisabeth Hefler. "Are nature lovers happy? On various indicators of well-being and connectedness with nature." Journal of health psychology 17.3 (2012): 379-388.

 

Mayer, F. Stephan, and Cynthia McPherson Frantz. "The connectedness to nature scale: A measure of individuals’ feeling in community with nature." Journal of environmental psychology 24.4 (2004): 503-515.


Tomasso, Linda Powers, et al. "The Relationship between Nature Deprivation and Individual Wellbeing across Urban Gradients under COVID-19." International journal of environmental research and public health 18.4 (2021): 1511.