Ricardo Alegría, archéologue Portoricain

Le 7 juillet 2011, la science perdait un grand archéologue. Considéré comme le père de l’archéologie Portoricaine, Ricardo Alegria a joué un rôle prépondérant dans la préservation du patrimoine culturel.





C’est en 1921 à San Juan, une ville de Porto Rico, que naquit Ricardo Alegría. Très jeune déjà, il avait un grand intérêt pour l’archéologie et pour les cultures portoricaines et leurs origines. Cette passion le poussera à passer son doctorat d’anthropologie à l’Université de Harvard, en 1954. En l’honneur de sa mémoire, revenons sur les découvertes du passé Portoricain.

 

Ce passé était occupé par le peuple Arawak, des Amérindiens issus de la forêt amazonienne, qui regroupent plusieurs cultures, notamment les Taïno, des habitants de Porto Rico, dont le langage est un dérivé de la langue Arawak. Même s’ils ne connaissaient pas l’écriture, ces principaux habitants de Porto Rico au XVeme siècle pratiquaient l’agriculture, la pêche et la cueillette. Ils étaient particulièrement connus pour leurs céramiques. 

 

Coupe Taïno de Porto Rico (1000-1500 ap. JC)

 

Mais une culture plus ancienne encore est dévoilée dans la grotte de Loíza, une municipalité de Porto Rico, appelée Cueva Maria de la Cruz. C’est en 1948 que des fouilles archéologiques ont été entreprises, qui témoignent d’un passé où l’agriculture n’existait pas. Ont été exhumés notamment des traces de coquillages, d’os de poissons et autres animaux terrestres, ainsi que quelques os humains. Il est possible que cette grotte ait été utilisée à des fins d’inhumation, ou que ce lieu ait été le théâtre d’activités cérémonielles.

 

Se site de fouilles : Cueva Maria de la Cruz

 

A l'arrivée des Espagnols, les colonisateurs ont rapidement absorbé la culture des premiers habitants des rives de Loíza. Les colonies se sont succédé après la découverte d’or dans les rivières. Une population africaine a été amenée à la ville par les Espagnols, afin de lancer des plantations de canne à sucre. La concentration d'esclaves noirs dans les plantations sucrières était telle que Loíza était la première ville de l'île en termes de pourcentage de population noire. Pendant près de quatre siècles, la culture africaine s’est développée, de plus en plus au fil des nouvelles "cargaisons" d’esclaves africains. C’est pour cette raison qu’au XIXeme siècle, la culture portoricaine était un mélange de caractéristiques aborigènes, africaines et espagnoles.



La fête de Santiago Apostol

 

Chaque année, la vie de Loíza et de ses environs subit un changement violent pendant une semaine lorsque les gens, avec un débordement indescriptible de joie spontanée et d'enthousiasme populaire, célèbrent leur fête traditionnelle, la Fiesta de Santiago Apostol. Bien que l’origine de cette fête soit incertaine, il s’agit sans doute d’une fusion entre une fête des colonisateurs Espagnols, qui célèbre Santiago (considéré par les Espagnols comme un guerrier divin qui les aidait sur terre à combattre les infidèles), et une fête des esclaves noirs, ces derniers étant principalement des Yoruba, célébrant Shangò, le dieu de la guerre et du tonnerre. Commémorée en juillet, la fête revêt un côté religieux et est l’occasion de célébrer des baptêmes et des mariages. 



Masques typiques de la fiesta de santiago apostol



Et aujourd’hui ?

 

Considéré comme un pionnier des études anthropologiques de la culture taïno et de l'héritage africain à Porto Rico, Ricardo Alegría a aidé les historiens à comprendre comment les Taïnos ont vécu et souffert, avant et après l'arrivée des conquistadors espagnols sur l'île. Ses recherches ont grandement amélioré la compréhension de ces cultures. Il a estimé qu'environ un tiers de tous les Portoricains ont du sang taïno. Parmi les monuments restaurés sous sa direction figurent le centre cérémoniel indien d'Utuado, les ruines de Caparra et le château de San Jerónimo.

 

Ricardo Alegria, le pionnier de la culture Taïno

 

Après sa mort le 7 juillet 2011, des chercheurs continuent de travailler sur la culture des habitants de Porto Rico. Dans son article “The Taïno: Phenomena, Concept and Terms”, Antonio Curet propose de revenir sur le concept même de l’appellation. À la base, taïno désignait une seule ethnie qui partageait une culture commune. Ces dernières années, cette position a été remise en question, et il apparaît que la culture taïno soit en réalité issue d'un mélange de plusieurs groupes aux coutumes différentes, qui à force d'interaction se sont mélangés pour donner une culture aborigène commune.


 

Références :

 

Curet, L. Antonio. "The Taíno: Phenomena, concepts, and terms." Ethnohistory 61.3 (2014): 467-495.

 

Alegría, Ricardo, Henry Bigger Nicholson, and Gordon R. Willey. "The archaic tradition in Puerto Rico." American Antiquity 21.2 (1955): 113-121.


Alegría, Ricardo E. "The Fiesta of Santiago Apóstol (St. James the Apostle) in Loíza, Puerto Rico." Journal of American Folklore (1956): 123-134.