Réduire les erreurs médicales grâce aux sciences cognitives

Vers l'optimisation de la prise en charge des patients

Comment préparer les médecins, chirurgiens et infirmières afin de minimiser les erreurs médicales ? C’est la question centrale du numéro spécial de la revue américaine de psychologie expérimentale. Dans ce numéro, des chercheurs en sciences cognitives étudient l’aspect cognitif des comportements induisant des erreurs médicales. Ils étudient aussi les éléments de communication efficaces pour diminuer la transmission des maladies sexuellement transmissibles chez les jeunes adultes. Ces études traitent de sujets variés mais tendent vers un même objectif : l’amélioration de la prise en charge des patients.

Comment préparer les médecins, chirurgiens et infirmières afin de minimiser les erreurs médicales ? C’est la question centrale du numéro spécial de la revue américaine de psychologie expérimentale. Dans ce numéro, des chercheurs en sciences cognitives étudient l’aspect cognitif des comportements induisant des erreurs médicales. Ils étudient aussi les éléments de communication efficaces pour diminuer la transmission des maladies sexuellement transmissibles chez les jeunes adultes. Ces études traitent de sujets variés mais tendent vers un même objectif : l’amélioration de la prise en charge des patients.

 

Bloc opératoire © astoria – Fotolia.com
Une équipe médicale en intervention

L’association américaine de psychologie vient de publier un numéro spécial du journal de psychologie expérimentale appliquée (Journal of Experimental Psychology : Applied) dans lequel sont étudiés, du point de vue des sciences cognitives, plusieurs scénarios de problèmes de santé publique.

 

Comportement des infirmières et étude des mouvements de leur regard

 

La première étude traite des erreurs « d’identification de patients » lorsque les infirmières administrent malencontreusement une médication au mauvais patient. L’étude en question montre tout d’abord que les infirmières qui réussissent à constater l’erreur « d’identification du patient » avaient tendance à travailler plus rapidement que les infirmières qui ne constatent pas l’erreur. De plus, les scientifiques ont étudié le mouvement de leurs yeux lorsqu’elles s’occupaient des malades. Ils ont observé que les infirmières qui s’apercevaient de l’erreur d’identification avaient tendance à survoler de leur regard les informations contenues par exemple sur le dossier médical avant de fixer leur regard sur une information. En revanche,  celles qui ne remarquaient pas l’erreur passaient constamment d’un point de visualisation à un autre de façon imprédictible. Enfin, la seconde catégorie d’infirmières semble s’interrompre plus souvent, par exemple pour discuter de sujets autres que la médication du patient.

Praticien © Chlorophylle – Fotolia.com
Chirurgien

Différence d’attention entre infirmières expérimentées et novices

 

En bloc opératoire, les infirmières sont chargées de nombreuses tâches requérant un effort cognitif élevé. Une étude similaire du mouvement des yeux d’infirmières en bloc opératoire montre que les infirmières expérimentées ont des mouvements oculaires mieux optimisées que les infirmières novices notamment lors de surcharge de travail. Pour cela, les scientifiques ont observé le temps de pose et la localisation du regard des infirmières en les comparants à un schéma préétabli supposé représenter le mouvement oculaire optimal d’infirmières. Comme la première étude, les cas étudiés ont montré que l’attention des infirmières novices était plus mobile et inconstant que celle des infirmières expérimentées qui, par ailleurs, interrompent moins le cours de leurs tâches. Ces deux études permettront d’optimiser la formation de futures infirmières.

 

Optimisation des conditions opératoires

 

Un nombre croissant d’opérations sont conduites à l’aide d’incisions minimalistes, grâce à l’introduction d’instruments peu invasifs et de caméra de visualisation. Ce mode opératoire limite les séquelles des patients opérés mais diminue aussi le champ de manœuvre du chirurgien dont les actes manuels sont rendus significativement plus compliqués. Des scientifiques ont étudié le nombre optimal de caméras pour améliorer les conditions de travail du praticien. Les positions de ces caméras ont aussi été optimisées.

 

Communication visuelle de prévention des maladies sexuellement transmissibles

 

 

Contraception (c) LH -Fotolia.com
Contraception

Une des études différait des autres puisqu’elle traitait de la prévention de la transmission de maladies sexuellement transmissibles dont le sida. Cette étude montre le fort impact des éléments visuels lors de communication sur le sujet. Par ailleurs, les images positives favoriseraient plutôt les comportements de prévention (par exemple l’usage de préservatifs) tandis que les images négatives favoriseraient la détection des maladies (prise de rendez-vous dans des centres de détection…) L’influence des images n’a néanmoins été jugée que par le changement de comportements des participants vis-à-vis des moyens de prévention et de détection ainsi que les changements d’intentions. Il faut donc garder en mémoire qu’entre intention et action, il reste un pas à franchir.

 

En conclusion, l’interdisciplinarité entre les sciences cognitives et le milieu hospitalier permet d’optimiser la prise en charge des patients et la formation des personnels de santé ainsi que leurs conditions de travail. En effet, la minimisation des erreurs de jugements et des fausses manipulations est un sujet de première importance et l’approche multidisciplinaire ne peut qu’y être bénéfique. Néanmoins, il est évident que les charges de travail des personnels hospitaliers, leurs horaires de nuit ainsi que les conditions de stress rencontrées dans les services sont tout autant à prendre en compte lors d’erreurs médicales ; aucune étude scientifique n’est nécessaire pour faire ce constat.

 

    Sources :

 

Journal of Experimental Psychology: Applied Vol. 17, No. 3, 270 –287, (2011) : Nurses’ Behaviors and Visual Scanning Patterns May Reduce Patient Identification Errors http://www.apa.org/pubs/journals/releases/zep003112162p.pdf Differences in Attentional Strategies by Novice and Experienced Operating Theatre Scrub Nurses, R. Y. I. Koh and T. Park, C. D. Wickens, L. T. Ong and S. N. Chia http://www.apa.org/pubs/journals/releases/zep003112159p.pdf Effects of Camera Arrangement on Perceptual-Motor Performance in Minimally Invasive Surgery, P. R. DeLucia, J. A. Griswold http://www.apa.org/pubs/journals/releases/zep003112147p.pdf Effective Communication of Risks to Young Adults: Using Message Framing and Visual Aids to Increase Condom Use and STD Screening, R. Garcia-Retamero and E. T. Cokely http://www.apa.org/pubs/journals/releases/zep003112144p.pdf   En savoir plus : Cognition Research Aims to Reduce Medical Errors http://www.apa.org/news/press/releases/2011/09/cognition-research.aspx