Les prairies sont de grandes actrices dans le changement climatique

Le réchauffement climatique est un sujet abordé très souvent, malheureusement parce qu’il devient plus qu’urgent de s’en préoccuper. Une étude récente qui figure parmi les 100 articles les plus lus de la semaine chez My Science Work estime l’impact des prairies sur le climat.

Quelles sont les particularités des prairies ?

 

Les prairies du monde entier forment un biotope complexe. Elles jouent un rôle majeur dans le changement climatique en absorbant et libérant du CO2 par de nombreux procédés. Aujourd’hui les prairies naturelles et faiblement pâturées représentent 80 % du puits de carbone total cumulé des prairies de la planète.

 Elles sont aujourd’hui très utilisées dans l’industrie, notamment pour le pâturage : les fourrages herbacés nourrissent près de la moitié du bétail dans le monde. Mais le surpâturage cause de fortes dégradations aux sols. De plus, les animaux, le fumier ou les fertilisants déposés produisent du gaz à effet de serre.

 

Au siècle dernier, le nombre de ruminants domestiques est passé de 1,4 à 3,4 milliards, entraînant une tendance à l’intensification du nombre de prairies. Dans le même temps, la chasse, la maladie ou la division de leur habitat a provoqué une disparition massive d’herbivores sauvages. 

 

Le Dr. Jinfeng Chang, désormais à l’université de Zhejiang, en Chine, tente de comprendre le rôle des prairies dans le changement climatique, et les conséquences de l’action humaine à travers son article Climate warming from managed grasslands cancels the cooling effect of carbon sinks in sparsely grazed and natural grasslands, paru dans Nature Communication. Alors que l’intensification de la gestion des prairies augmente les émissions de CH4 du bétail, la disparition des animaux sauvages entraîne une diminution de leurs émissions.

 

 

Voici les processus complexes d’échanges de gaz à effet de serre qui sont pris en compte dans cette étude.Voici les processus complexes d’échanges de gaz à effet de serre qui sont pris en compte dans cette étude.

 

 

 

 

Quelles sont les conséquences des actions humaines sur les prairies ?

 

En observant le bilan des gaz à effet de serre des prairies mondiales de 1750 à 2012, le chercheur et ses collègues remarquent une baisse de l’indice de surface foliaire dans l’Ouest des États-Unis, au sud du Brésil, en Argentine et en Australie, ceci dû à la baisse de précipitations et au surpâturage : les plantes se développent moins bien car elles sont mangées, et n'ont pas assez de feuilles ou de réserves pour repousser.

 

Depuis les années 1860, les zones surpaturées n’ont cessé d’augmenter, et avec elles, les émissions de méthane et de dioxyde d’azote, qui ont plus que doublé depuis 1750. L’augmentation des têtes de bétail, le renouvellement du fumier et l’ajout d’engrais et minéraux azotés en sont les auteurs. 

 

L’étude, aussi relayée par l’IIASA, précise que ces émissions de gaz à effet de serre n’ont pas la même origine selon les différents pays : l’Amérique du Sud et l’Asie de l’Est et du Sud-Est doivent leurs émissions de carbones à transformation de forêts en pâturages ; les émissions de carbone dûes à la transformation de prairies en terres cultivées sont causées principalement par l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Asie du Sud.

 

De plus, l’impact environnemental est différent selon les pays : en Amérique du Nord, en Russie et en Océanie, il est faible car les prairies stockent bien le carbone dans le sol. Les prairies d'Afrique subsaharienne ont aussi un impact faible à cause du nombre restreint de brouteurs sauvages. En revanche, l’impact fort des prairies d’Asie du Sud est dû à l’augmentation du bétail et à la transformation des prairies en terres cultivées. Enfin, l’Amérique Latine produit de grandes émissions de méthane dûs au bétail et au NO2 des engrais et fumiers, mais la déforestation qui libère de grandes quantités de CO2 dans l’air reste le plus grand problème.



Comprendre l’origine du gaz à effet de serre, c’est un premier pas pour le limiter

 

La recherche a mis en évidence le lien entre bétail et émissions de gaz à effet de serre : lorsque le nombre d’animaux d’élevage diminue, non seulement on assiste à une baisse des émissions de méthane et de dioxyde de carbone, mais le carbone dans le sol se fixe aussi de manière plus efficace.

 

Avant cet article, les effets des prairies sur le changement climatique n’avaient jamais été mis en valeur. Pourtant les effets de ce biotope sont essentiels à appréhender pour mieux respecter l’accord de Paris, dont l’objectif est de limiter le réchauffement climatique.

 

Avec l’augmentation de la demande de produits issus d’animaux d’élevage, comme le lait par exemple, s’ensuit l’augmentation du méthane et du dioxyde d’azote rejetés dans l’air. A ce stade, les prairies surpaturées sont passées de puits de carbone à celui de source de gaz à effet de serre, d’où l’importance de bien comprendre les phénomènes qui entraînent un changement climatique, afin de mieux lutter. Ici, l’intensification, la mauvaise gestion et le surpâturage sont mis en avant, les solutions pourraient être de restaurer les pâturages dégradés, de stopper la déforestation et de consommer moins de produits animaux.