Philanthropie et Industrie Pharmaceutique : qui mérite le AAA?

Bourses humanitaires, fondations, accès aux médicaments, partenariats avec les ONG… Tout aura été tenté pour redorer le blason d’une industrie très souvent décriée pour sa quête effrénée du profit et les bénéfices colossaux qu’elle engendre. Comment évaluer les actions philanthropes à but humanitaire et éthique de notre secteur industriel le moins touché par la crise ? C’est la mission que s’est donné ‘The Access to Medecine Foundation’. La fondation publie, tous les deux ans, un classement des 27 plus grands groupes pharmaceutiques selon leur impact sur l’accès aux traitements médicaux. Cette notation s’appuie sur 106 critères allant du prix des médicaments aux actions philanthropiques.

Bourses humanitaires, fondations, accès aux médicaments, partenariats avec les ONG… Tout aura été tenté pour redorer le blason d’une industrie très souvent décriée pour sa quête effrénée du profit et les bénéfices colossaux qu’elle engendre. Comment évaluer les actions philanthropes à but humanitaire et éthique de notre secteur industriel le moins touché par la crise ? C’est la mission que s’est donnée ‘The Access to Medecine Foundation’. La fondation publie, tous les deux ans, un classement des 27 plus grands groupes pharmaceutiques selon leur impact sur l’accès aux traitements médicaux. Cette notation s’appuie sur 106 critères allant du prix des médicaments aux actions philanthropiques.

Cet article a initialement été publié sur le blog http://www.supergelule.fr/ "Regards sur la Pharmacie"

 

Plus d’un milliards d’humains souffrent d’au moins une malade tropicale négligée principalement parmi les populations pauvres des régions tropicales ou subtropicales. Source : Nota / sxc.hu
fillette défavorisée

 

L’accès aux soins est un droit fondamental. Pourtant chaque année plusieurs millions de personnes meurent de maladies que l’on sait prévenir ou guérir: sida, malaria, tuberculose. L’industrie pharmaceutique a, face à ces fléaux, un devoir d’engagement en qualité d’acteur de santé publique. Elle communique abondamment sur les actions a visée “humanitaire”. Mais si l’on gratte la belle surface marketing de ces actions “désintéressées” surgissent alors les notions “d’image de marque”, de “stratégie de communication” et de “charity business”. Existe-t-il des organismes indépendants capables de nous renseigner sur l’investissement “éthique” réel des grands groupes pharmaceutiques? Qui sont les “Standards and Poors” de la charité, chargés d’évaluer les efforts humanitaires d’une industrie pharmaceutique n’ayant peut être jamais été aussi dépréciée du grand public qu’en ces temps au parfum de scandale ?

L’Access to medicine index a été créé par la fondation néerlandaise pour l’accès à la médecine (‘The Access to Medecine Foundation’). En 2008 et 2010, elle a attribué une note aux principaux grands groupes pharmaceutiques selon sept critères dont la philanthropie mais aussi les prix, les investissements en recherche et développement et tout ce qui peut favoriser l’accès aux médicaments dans les pays industrialisés et dans les pays moins favorisés. Un comité d’experts de compétences variées (économistes, professions médicales, enseignants-chercheurs, agents d’organisations internationales dont l’OMS) est chargé de passer au crible les politiques des sociétés en matière d’initiatives stratégiques, de marketing et de comportement vis-à-vis de la concurrence. Ils évaluent également la proportion du portefeuille thérapeutique présentant un intérêt pour les pays en voie de développement, ainsi qu’une évaluation des investissements dans le développement de médicaments luttant contre les principaux fléaux des pays pauvres. Enfin, les politiques tarifaires et d’accès au marché dans les pays à faible index de développement humain constituent un autre des critères de notation.

En 2010, 27 entreprises du médicament ont été évaluées selon cet index, dont 7 génériqueurs (sociétés fabriquant des médicaments génériques). Concernant les principaux grands groupes, le géant britannique GlaxoSmithKline (GSK) arrive en tête. Plus généreuse que la majorité de ses compétiteurs, cette entreprise obtient la meilleure note dans la plupart des critères, bien que talonnée par l’américain Merck et le suisse Novartis. L’américain Gilead Sciences et le français Sanofi-Aventis suivent ensuite de près.

 

Classement des sociétés selon l’index. Source : Access to Medecine Index 2010
Industrie pharmaceutique

 

Chez les génériqueurs, le leader indien Rambaxy affiche une large supériorité, en assurant un accès aux traitements à population indienne à un coût maîtrisé tout en priorisant la lutte contre les deux maladies de grande ampleur touchant le tiers monde : le sida et la malaria. Voici ci-dessous un graphe présentant le classement des 20 premiers tous critères confondus. Une version cliquable est disponible sur le site de la fondation.

 

Classement des génériqueurs selon l’index. Source: Access to Medecine Index 2010
Generiqueurs

 

En 2010, les compagnies pharmaceutiques européennes devançaient leurs homologues américaines lorsqu’il s’agissait de rendre accessibles les médicaments aux pays en voie de développement. Des progrès ont été réalisés sur tous les fronts entre 2008 et 2010. La publication du prochain classement est prévue pour l’automne 2012. Ce sera alors l’occasion pour la fondation d’évaluer l’impact de l’index mis en place sur les politiques des grandes sociétés pharmaceutiques envers les pays à faibles revenus. Plus qu’une note de sanction, il faut voir cet index comme un indicateur extérieur et indépendant permettant à ces compagnies d’évaluer leurs efforts et d’améliorer l’accès aux médicaments pour tous.

 

Le blog Supergélule offre un nouveau regard sur l'industrie pharmaceutique sous la loupe de jeunes pharmaciens. Contact : [email protected] Twitter : @supergelule