Mothership HackerMoms : quand les mères et leurs enfants s’emparent du hackerspace

La prise de contrôle sur l’environnement industriel par les mères

Mothership HackerMoms : quand les mères et leurs enfants s’emparent du hackerspace

Mothership HackerMoms est le tout premier hackerspace dédié aux mères et à leurs enfants. Lisha Sterling, développeuse de profession, spécialisée en éducation et en technologie et militante d’une éducation alternative et expérimentale, nous explique que cette communauté, qui va au-delà du monde des ordinateurs et de la programmation, nous replonge au cœur de la philosophie du hacking. « Hacking » en anglais signifie prendre le contrôle, ensemble, de notre environnement, de notre culture et de nos vies. Chez Mothership HackerMoms, cela signifie également ne jamais avoir à abandonner ses enfants.

Mothership HackerMoms est le tout premier hackerspace dédié aux mères et à leurs enfants. Lisha Sterling, développeuse de profession, spécialisée en éducation et en technologie et militante d’une éducation alternative et expérimentale, nous explique que cette communauté, qui va au-delà du monde des ordinateurs et de la programmation, nous replonge au cœur de la philosophie du hacking. « Hacking » en anglais signifie prendre le contrôle, ensemble, de notre environnement, de notre culture et de nos vies. Chez Mothership HackerMoms, cela signifie également ne jamais avoir à abandonner ses enfants.

 

Cet article est une traduction de « At Mothership HackerMoms, the Freedom to Be Empowered  » disponible sur : http://blog.mysciencework.com/en/2012/09/12/at-mothership-hackermoms-the-freedom-to-be-empowered.html. Cette traduction de l’anglais vers le français a été réalisée par Mayte Perea López.

 

On le sait, les mères se retrouvent souvent isolées pendant les premières années de vie de leurs enfants. Si une femme travaille hors du domicile familial, elle peut avoir la sensation d’avoir passé suffisamment de temps loin de ses enfants dans la journée et ressentir le besoin de leur consacrer le reste de son temps. Si elle reste à la maison avec les enfants, elle ne bénéficiera probablement pas des structures sociales qui lui étaient accessibles une ou deux générations plus tôt. À l’époque, il était possible pour les mères au foyer d’avoir une vie sociale et créative dans un environnement d’adultes. En 2011, se sentant de plus en plus isolée alors qu’elle s’occupait de ces deux enfants en bas âge et de son mari atteint d’un cancer, Sho Sho Smith a décidé de faire quelque chose. Elle a rassemblé un groupe unique de jeunes mamans aux idées créatives et aux compétences variées et a fondé Mothership HackerMoms.

Si de nombreux hackerspaces se veulent ouverts et accueillants, il n’en existe aucun autre dans le monde qui prévoit une pièce pour les enfants, des services de garde d’enfants à prix abordable pour chaque évènement ou réception et des horaires répondant aux besoins aussi bien des mères qui travaillent que des femmes au foyer. Chez HackerMoms, la communauté s’est développée spécialement pour aider les mères à entrer en contact avec la culture hacker et maker, à saisir les opportunités d’entreprendre et à se former tout au long de la vie sans abandonner leurs enfants. S’il ne fallait citer qu’un avantage parmi tous ceux que comporte Mothership HackerMoms, ce serait le fait qu’il s’agisse d’un espace accueillant aussi bien pour les enfants que pour les mères.

 

« Nos enfants apprennent en nous observant ».

 

Le fait est que la plupart des hackerspaces, quel que soit leur niveau d’ouverture, n’ont tout simplement jamais été créés pour les enfants. Ils ne prévoient pas de lieux sûrs pour les enfants. Ils n’ont pas d’assurance adaptée. Ils ne proposent pas de jouets pour occuper les tout-petits. Ils ne disposent d’aucun lieu pour permettre à ces têtes blondes bruyantes d’être vraiment elles-mêmes sans craindre de se faire gronder par la communauté. Si certains parents peuvent choisir d’emmener leurs enfants dans des espaces comme Metrix Create : Space à Seattle ou Noisebridge à San Francisco – deux espaces qui sont connus pour être assez ouverts aux parents et aux jeunes enfants – aucun de ces espaces n’a été conçu pour répondre aux besoins des enfants. Dans les deux cas, vous prenez le risque en y emmenant votre enfant d’être perçus par certains comme une nuisance, une entrave aux activités organisées dans l’espace pour les grands.

Au cœur même de la communauté de Mothership HackerMoms, il y a l’idée que nos enfants apprennent en nous observant, et que nous devrions donc leur permettre à tout âge de participer à autant d’activités que possible tant que celles-ci sont sûres. Ainsi, pendant que l’on s’occupe des tout-petits dans la pièce réservée aux enfants, il n’est pas surprenant de trouver les plus grands dans la pièce principale travaillant sur des projets aux côtés de leurs mères. Au fil des ans, nous espérons devenir une source d’inspiration pour nos enfants et leur insuffler l’envie de s’ouvrir à de nouvelles compétences et de viser toujours plus haut sans baisser les bras.

 

lolgo mothership hackermoms

 

 

Le hacking : une culture de la diversité et de l’émancipation

 

Certains se demandent en quoi Mothership HackerMoms est différent des autres groupes de création. La plupart de ses membres ne s’intéressent pas aux ordinateurs, alors pourquoi devrait-on le considérer comme un hackerspace ? N’est-ce pas tout simplement un club de tricot ? Ou un club de théâtre ? La réponse se trouve dans la culture de la diversité et de l’émancipation qui est ancrée dans le mouvement hacker.

Commençons par quelques définitions pour expliquer cela. Selon Jude Milhon, le hacking consiste à “contourner habilement les limites imposées, qu’elles le soient par votre gouvernement, vos propres compétences ou les lois de la physique ». L’une des définitions du mot « hacking » que l’on peut lire dans le dictionnaire américain de mots argotiques http://urbandictionary.com est « utilisation et transformation de quelque chose pour faire faire à ce quelque chose ce que tu veux ». Une autre définition du même site pour le mot « hacker » explique que les « hackers sont des gens motivés qui apprennent par l’expérience et la persévérance, plutôt que par les moyens classiques ».

Le mouvement des hackers est étroitement lié à celui du logiciel libre, mais il ne s’intéresse pas exclusivement aux ordinateurs. Tout comme le mouvement du logiciel libre, le hacking relève de la politique et du pouvoir autant que des logiciels ou de n’importe quelle chose qui puisse être hackée. L’idée que, si vous possédez quelque chose, vous devriez pouvoir l’adapter à vos besoins, va à l’encontre du contrat de licence utilisateur final de votre Kindle, de votre iPod ou même de la garantie de votre réfrigérateur. Par conséquent, rien que le fait de dévisser la carcasse des appareils que vous possédez peut constituer un acte de désobéissance civile. Pourtant, l’habileté à démonter et à remonter un meuble avec une configuration nouvelle est un acte de pouvoir sur votre propre environnement qui devrait être un droit pour tout le monde.

En définissant Mothership HackerMoms non pas comme un studio d’art ou n’importe quel autre type de collectif de mères, mais comme un hackerspace, nous décidons de nous émanciper à travers l’idée que nous pouvons prendre le contrôle sur l’environnement industriel dans lequel nous évoluons et l’adapter à nos besoins plutôt que de toujours nous adapter aux besoins de la production industrielle. Nous choisissons aussi de reconnaître que nous avons un rôle actif à jouer dans nos vies de mères, de conjointes et de citoyennes d’une communauté et que nous pouvons hacker notre culture afin de la rendre plus agréable pour nous et pour les autres femmes. Pour finir, nous avons choisi de croire en notre capacité à apprendre des choses ensemble, à apprendre les unes des autres et à grandir en toute liberté, sans jamais entrer dans une case que l’on n’aurait pas choisie (et probablement hackée) nous-mêmes.

 

A propos de l'auteur :

 

Lisha Sterling est une développeuse de logiciels autodidacte spécialisée en éducation et en technologie. Elle milite pour une éducation alternative et expérimentale, ce qui l’a amenée à travailler avec les hackerspaces et les makerspaces, notamment School Factory et Mothership HackerMoms, et à adopter la philosophie de ne pas scolariser ses trois enfants. Lisha travaille aujourd’hui en tant que conseillère technique sur deux projets lancés à Random Hacks of Kindness en juin 2012 (Zeromines.org et BioMedLink), et développe des programmes d’open source en science, en technologie, en ingénierie, en art et en maths (STEAM) pour Maker Scouts, une nouvelle organisation pour la jeunesse hacker et maker. Vous pouvez trouver d’autres articles de Lisha sur son blog à www.alwayssababa.com.

 

Articles connexes :

 

MMORPG players and Social Sciences http://blog.mysciencework.com/en/2012/09/10/mmorpg-players-and-social-sciences.html

Meet Marblar, Where Crowd Creativity Saves Technology’s Lost Souls http://blog.mysciencework.com/en/2012/09/03/meet-marblar-where-crowd-creativity-saves-technology%E2%80%99s-lost-souls.html

Learning through Research, a video marking the launch of an institute for innovative education http://www.youtube.com/watch?v=ND-dC2xMBlI

New MIT President, Ongoing Commitment to Open Learning http://blog.mysciencework.com/en/2012/07/02/new-mit-president-ongoing-commitment-to-open-learning.html

 

En savoir plus :

 

“What Does it Mean to be a Woman Hackerspace Member?” http://blog.makezine.com/2011/07/05/what-does-it-mean-to-be-a-woman-hackerspace-member/

“Babies, boobs and rooms full of geek men”, on Geek Feminism.org http://geekfeminism.org/2010/03/03/babies-boobs-and-rooms-full-of-geek-men/

Mothers come together, create Berkeley “hacker” space http://www.berkeleyside.com/2012/04/12/mothers-come-together-to-create-berkeley-hacker-space/