Marie Curie : un héritage toujours d'actualité

Les innovations technologiques résultantes de l'investissement d'une physicienne.

Première femme docteur en physique puis professeur à la Sorbonne, elle est la première femme à avoir reçu un prix Nobel mais aussi la seule femme à l’avoir reçu deux fois. Mère de famille dont les mérites scientifiques familiaux seront cinq fois récompensés par le prix Nobel. Elle est aussi la seule femme à reposer au Panthéon pour ses propres mérites et la seule femme scientifique à être l’héroïne d’un spectacle à Broadway. C’est Marie Curie. Aujourd’hui à l’Institut Curie, les chercheurs, les médecins et tout le personnel soignant font vivre son héritage autour de trois grandes causes : la recherche médicale contre les cancers du sein, de l’œil ainsi que ceux affectant les enfants.

Première femme docteur en physique puis professeur à la Sorbonne, elle est la première femme à avoir reçu un prix Nobel mais aussi la seule femme à l’avoir reçu deux fois. Mère de famille méritante dont la fille sera également récompensée par un prix Nobel. Elle est aussi la seule femme à reposer au Panthéon pour ses propres mérites et la seule femme scientifique à être l’héroïne d’un spectacle à Broadway. C’est Marie Curie. Aujourd’hui à l’Institut Curie, les chercheurs, les médecins et tout le personnel soignant font vivre son héritage autour de trois grandes missions : la recherche, les soins et l’enseignement.

 

Marie Curie (c) Institut Curie
Marie Curie

 

La place des femmes à l’Institut Curie

 

L’Institut Curie : « Ensemble, prendre le cancer de vitesse. »

En 1903, Pierre et Marie Curie partagèrent, avec Henri Becquerel, le prix Nobel de physique pour la découverte de la radioactivité. En 1909, l’Université de Paris et l’Institut Pasteur décidèrent de construire ensemble l’Institut du Radium, achevé en 1914. Marie Curie y dirigea le laboratoire Curie, consacré à la recherche en physique et chimie des éléments radioactifs, alors que le Dr Claudius Regaud y dirigea le laboratoire Pasteur, dédié à l’étude des applications médicales de la radioactivité. Les deux directeurs avaient en commun l’objectif d’élaborer une « thérapeutique scientifique du cancer » combinant recherche fondamentale, théorique et clinique dans le but d’améliorer continuellement les soins. Aujourd’hui, « l’esprit Curie » est encore très présent à l’Institut légataire de la Fondation Curie et de l’Institut du Radium.

« Derrière l’icône Marie Curie, il y a une femme, une épouse et une mère. »

Par cette phrase Paul Caroly, secrétaire général de l’Institut du nom de sa fondatrice, met en avant les qualités humaines de Marie Curie. Car en plus d’être une scientifique exceptionnelle, Marie Curie était une battante. Elle a soutenu de nombreuses causes humanistes et a été appuyée par les mouvements féministes. Ainsi, en 1921 puis 1929, deux collectes de fonds auprès des femmes américaines recueillirent environ 200 000 dollars afin d’offrir à Marie Curie ses deux premiers grammes de radium. De fait, Marie Curie est devenue une figure emblématique du féminisme.

 

Visionnez en ligne la conférence du 27 septembre 2011: 

 

Aujourd’hui l’Institut Curie emploie une forte proportion de femmes dans tous les métiers et il y a une réelle parité dans la gouvernance à tous les niveaux. Cette forte présence féminine est en partie liée au fait que la lutte contre le cancer à l’Institut se concentre essentiellement sur deux fronts touchant les femmes au plus près dans leurs rôles de femme et de mère : le cancer du sein et les cancers pédiatriques. De plus, « l’esprit Curie » y est toujours présent et a suscité l’implication de l’établissement pour la place des femmes en science et dans les comités décisionnels. Ainsi, sur 3000 collaborateurs deux tiers des salariés sont des femmes et certains services de fonction support (non médical) sont 100% féminins. Au laboratoire plus d’un chercheur sur deux est une chercheuse et à l’hôpital travaillent 74% de femmes. Cela a favorisé des changements sociétaux ; certains métiers se sont féminisés alors qu’ils ne l’étaient pas historiquement. De manière générale, on constate que cette tendance se généralise, par exemple le taux de femmes médecins ne cesse d’augmenter.

 

Une philosophie d’innovation et d’ouverture

 

« Marie Curie était une innovatrice exceptionnelle. »
 
Paul Caroly - Crédit : Pedro Lombardi / Institut Curie.
Paul Caroly
 

Le modèle de l’Institut Curie est celui qu’avait créé Marie Curie. Il a été repris par de nombreux établissements dans le monde et coordonne d’une part la recherche et d’autre part l’hôpital grâce à la recherche dite translationnelle pour « rapprocher le lit d’hôpital de la paillasse de chimie et vice versa » avec la mise en œuvre d’une communauté d’intérêts entre le chercheur et le médecin.

De plus, « l’esprit Curie » favorise une finalité humaniste du savoir dans laquelle la science ne se suffit pas à elle-même mais a pour objectif la transmission des savoirs, l’éducation et l’amélioration de la condition humaine. Ainsi, l’Institut fonctionne toujours selon un continuum parfait entre les soins, les enseignements et la recherche, sans hiérarchie établie entre les trois, afin de capitaliser sur l’interdisciplinarité et la créativité des échanges entre les disciplines.

Par ailleurs, malgré son investissement désintéressé dans la science, Marie Curie a su mettre en place un système de levées de fonds (prémices du fondraising) et mobiliser des mécènes pour soutenir financièrement la recherche. Elle reçut le soutien de philanthropes dont la famille Rothschild. Aujourd’hui encore 10% du budget annuel de l’Institut provient de donations.

 

Héritage scientifique à l’Institut Curie : la radiothérapie

 

Peu après la découverte des rayons X en 1895 et de leur application en imagerie, leurs effets biologiques furent observés. Ainsi, après un an seulement on commençait déjà à traiter des maladies grâce aux rayonnements tout en remarquant les effets secondaires néfastes de ces expositions, notamment les premières réactions cutanées et dermites. Ensuite, en 1898, la découverte d’un nouvel élément radioactif, le radium, dont le rayonnement est bien plus intense, fit apparaître la nécessité d’une science pour mieux comprendre ces phénomènes et donna naissance à la radiologie.

 

Dr Youlia Kirova Crédit : Pedro Lombardi / Institut Curie
Dr Youlia Kirova

 

Dans les années qui suivirent et après avoir constaté les effets de stérilisation des rayons X, le Dr Claudius Regaud, histologiste et professeur à l’Université de Lyon, développa un parallèle intéressant entre la prolifération non-contrôlée des cellules cancéreuses et celles des testicules de rats. Il fut à l’origine du développement de la médecine scientifique contre le cancer.

La radioactivité est l’émission de particules (des noyaux d’hélium, des électrons ou des photons) lors de la transformation d’un noyau atomique en un autre plus petit. L’émission de ces particules constitue un rayonnement de haute énergie. En traversant la matière biologique, les particules chargées arrachent certains électrons de la matière, perturbent les atomes, échauffent le milieu et brisent les brins d’ADN. Les particules neutres, quant à elles, interagissent essentiellement avec les molécules d’eau, et créent des radicaux libres très toxiques qui, eux aussi, peuvent détruire l’ADN.

La radiothérapie fut le premier traitement « conservateur » contre le cancer, qui remplaça la mastectomie (ablation du sein). En effet, les cellules cancéreuses étant plus jeunes et moins différentiées que les cellules normales, elles sont plus sensibles à l’irradiation et meurent plus rapidement. Il est donc possible d’atteindre les cellules tumorales en limitant la destruction des tissus voisins bien que la balance bénéfices-risques de ce genre de traitement soit différente pour chaque cancer et chaque patient.

« Actuellement avec la chirurgie, la radiothérapie est le traitement le plus répandu des cancers, contribuant avec elle à la plupart des guérisons. »

A l’Institut Curie, toutes les techniques d’irradiation existantes sont disponibles ce qui permet des soins adaptés à la morphologie et à la pathologie de chaque patient(e). Les deux techniques héritées de l’Institut du Radium sont la radiothérapie, qui permet l’irradiation des tumeurs à l’aide de sources externes (photons et électrons grâce aux accélérateurs linéaires et protons grâce aux accélérateurs de protons) et la curiethérapie, laquelle implique l’application directe de sources radioactives dans les cavités naturelles du corps ou dans les tumeurs. Lorsque le patient assimile, par ingestion ou par injection, des éléments radioactifs de sources non-scellées, cela s’appelle la radiothérapie métabolique.

 

Les locaux historique de l’Institut du Radium © Virginie Simon / MyScienceWork.

 

L’Institut dispose de la meilleure technologie existante mais aussi de la plus récente. La technique de radiothérapie par modulation d’intensité (IMRT) permet de moduler le faisceau par un jeu de lames ajustées, afin de cibler la tumeur et protéger les organes adjacents (moelle épinière, poumon …) La thomothérapie permet une rotation des appareils autour du corps du patient pour obtenir soit une homogénéité parfaite de l’irradiation soit au contraire une irradiation très ciblée. Enfin, le cyberknife et la protonthérapie sont des techniques pour lesquelles l’irradiation est guidée par un bras robotisé pour la première et par une table amovible et robotisée pour la seconde.

 

Première conférence des Mardis Curie (c) Laurence Bianchini / MyScienceWork.
Première conférence des Mardis Curie

 

En conclusion, l’héritage de Marie Curie est toujours perceptible à l’Institut Curie et dans tous les centres d’oncologie du monde. Ses découvertes scientifiques furent à l‘origine d’une source d’énergie fabuleuse et de thérapies majeures. Néanmoins, son investissement humain fut tout autant à l’origine de ces innovations technologiques que des modes de financement et de fonctionnement de nombreux centres de recherche s’en inspirant encore aujourd’hui. L’investissement des femmes à l’Institut Curie pour des causes les touchant de près ainsi que l’ambiance fleurie du site sont autant de touches féminines que Marie Curie, épouse et mère, a su essaimer tout autour d’elle pour les générations à venir.

 

Article Similaire sur MyScienceWork :

 

Et si les familles Curie et Joliot-Curie nous parlaient du nucléaire ?

 

En savoir plus :

 

Présentation de l’Institut Curie : http://www.curie.fr/fr/la-fondation/presentation

Portrait : Marie Curie et son temps : http://mariecurie.science.gouv.fr/portrait/portrait5_1.php