Les vétérinaires du Jardins des Plantes entre recherche, communication et soins des animaux sauvages

En l’honneur de l’Année Mondiale Vétérinaire, et des 250 ans de la création de cette profession, MyScienceWork a rencontré les vétérinaires de la ménagerie du Jardin des Plantes de Paris. Entre soins des animaux sauvages, conservation de la biodiversité, recherche fondamentale et clinique, communication et transmission des savoirs, les missions de ces vétérinaires de la faune sauvage en captivité sont multiples et variées. Rencontre avec les médecins des orangs-outans, des chevaux de Przewalski et des panthères.

En l’honneur de l’Année Mondiale Vétérinaire, et des 250 ans de la création de cette profession, MyScienceWork a rencontré les vétérinaires de la ménagerie du Jardin des Plantes de Paris. Entre soins des animaux sauvages, conservation de la biodiversité, recherche fondamentale et clinique, communication et transmission des savoirs, les missions de ces vétérinaires de la faune sauvage en captivité sont multiples et variées. Rencontre avec les médecins des orangs-outans, des chevaux de Przewalski et des panthères.

 

Panthère de Chine de la ménagerie du jardin des plantes © Laurence Bianchini / MyScienceWork
Panthère jardin des plantes

 

Créé en 1794 au cœur de Paris, la ménagerie du Jardin des Plantes abrite 1000 animaux dont un tiers représente des espèces en voie d’extinction. C’est l’un des plus anciens jardins zoologiques du monde. Dans un site empreint d’histoire, l’équipe de la ménagerie a une double mission : la sauvegarde de la biodiversité sauvage et la présentation de ces espèces à ces visiteurs de tous âges et de toutes nationalités. Pendant que la panthère de Chine qu’ils venaient d’opérer se réveillait, nous avons rencontré Muriel Kohl, jeune vétérinaire ayant récemment rejoint l’équipe. Puis, nous avons rejoint Norin Chai, 15 ans de carrière à la ménagerie, qui nous a lui aussi présenté les différentes facettes de leur métier.

 

Les soins des animaux sauvages, un travail d’équipe

 

Norin Chai et Muriel Kohl sont conscients de la chance qu’ils ont d’exercer leur passion dans le cadre privilégié de la ménagerie du Muséum. Il faut dire qu’en plus d’être en charge de nombreux animaux sauvages rares, ils disposent d'un important réseau de collaboration (notamment avec l'école nationale de vétérinaire de Maisons-Alfort) qui leur donne accès en extérieur à des technologies de pointes pour aller loin dans leurs diagnostics. Au muséum, ils sont aussi en contact avec des chimistes, des botanistes, des nutritionnistes, des entomologistes… un réseau favorisant l‘amélioration des soins ainsi que la compréhension des spécificités des espèces.

 

Norin Chai et Muriel Kohl (respectivement 2e et 3e en partant de la gauche) opère une tortue de la ménagerie. ® F-G Grandin MNHN
Intervention médecin vétérinaire

 

Le vétérinaire travaille au jour le jour avec les équipes de soigneurs. Ces derniers soignent et nourrissent au quotidien tous les animaux. Le vétérinaire établit, quant à lui, les régimes alimentaires des animaux, intervient lorsqu’un animal est malade, lors de naissance ou d’interventions chirurgicales. Mais ce sont les soigneurs qui alertent le vétérinaire lors qu’un animal nécessite des soins car ce sont eux qui connaissent le mieux les individus de la ménagerie et qui savent détecter un comportement anormal. En effet, les animaux, surtout lorsqu’ils sont sauvages, ont tendance à dissimuler leurs blessures et maladies pour ne pas montrer leurs faiblesses à d’éventuels prédateurs.

Le vétérinaire est chargé du sexage des individus car si cela semble évident chez les mammifères, il est beaucoup plus complexe de déterminer le sexe d’un oiseau ou d’une tortue. Un acte chirurgical ou une analyse d’ADN est parfois nécessaire et sera pratiqué si la gestion de la reproduction nécessite de connaitre le sexe des individus.

On remarque que le vétérinaire doit s’adapter à toutes les situations et à toutes les espèces car c’est vers lui que se tournent les regards lorsqu’un animal est en détresse. Ainsi, on peut imaginer qu’une journée particulièrement chargée pourrait l’amener à opérer une panthère de Chine cardiaque dès le matin, à traiter un orang-outan souffrant d’une sinusite puis à déparasiter pendant l’après-midi une mygale issue du milieu sauvage avant de finir par le déplacement d’un grand bovin.

 

Conservation ex-situ de la biodiversité mondiale

 

Orang-Outan de la ménagerie du jardin des plantes © Laurence Bianchini / MyScienceWork
Orang-outan

 

Les vétérinaires du muséum participent fréquemment à des programmes d’élevages européens. En effet, des espèces peuvent être en voie d’extinction dans leur milieu naturel mais être nombreux à peupler les parcs et zoos. La gestion en captivité de leur nombre et de leur patrimoine génétique est alors essentielle à leur préservation. Ces programmes sont sous la gestion du coordinateur européen d’un studbook (programme européen d’élevage)*. Il sera chargé de la gestion des échanges d’animaux entre parcs zoologiques, du lieu où iront certains individus et de la manière dont ils seront pris en charge.

Par exemple, à la ménagerie, le Docteur Aude Bourgeois a pour mission de gérer les collections d’animaux. Elle est particulièrement impliquée dans le programme de gestion et de réinsertion du gaur du Cambodge qu'elle coordonne au niveau européen. Le gaur est le plus grand bovidé d’Asie. C’est un animal sauvage dont le nombre à récemment fortement décru au Cambodge. En 2005, après avoir constaté une forte similitude génétique entre les gaurs de la ménagerie et ceux du Cambodge, le Docteur Chai a participé à l’introduction d’un bovidé de la ménagerie dans une réserve cambodgienne, puis en milieu naturel, initiant ainsi un programme international d’élevage du gaur ainsi qu’une étude rigoureuse de leur génome.

 

Baby-boom au zoo du Jardin des Plantes à Paris

Peut-être avez-vous entendu parler de l’histoire touchante de Coumba, une petite femelle Mangabey couronnée dont la mère avait cassé le bras par manque d’expérience. Lorsque, comme Coumba, un individu est particulièrement intéressant pour un zoo, le coordinateur européen décide que l’animal devra être préservé. Après avoir été blessé par sa mère, Coumba a donc été prise en charge par les soigneurs. Dans un premier temps, ils ont patiemment soigné, calmé et réchauffé le petit animal puis, dans un second temps, ils ont créé autour d’elle des relations sociales. Elle a récemment été réinsérée avec succès parmi les adultes.

A la ménagerie, la gestion des espèces respecte le plus souvent la vie animale telle qu’elle se déroule dans la nature. Coumba a bénéficié de circonstances particulières ce qui n’est pas le cas de tous les individus.

 

« Si un prédateur emporte un jeune animal, c’est la loi de la Nature. A la ménagerie, pour les jeunes de population particulièrement prolifiques, nous respectons cela bien que nous ne laissions pas d’animaux souffrir inutilement. »

 

Le comportement des animaux en captivité est très similaire à celui des animaux sauvages néanmoins, les jeunes animaux élevés par l’Homme peuvent avoir des comportements différents. Il est donc très important pour les vétérinaires de comprendre les espèces dont ils ont la charge, ce qui n’est pas toujours une mince affaire.

 

La recherche vétérinaire

 

A la fin de ses études, un vétérinaire dispose de connaissances générales sur l’ensemble des espèces courantes. Lors de stages puis lors de sa carrière professionnelle et particulièrement dans les parcs zoologiques, il rencontrera de très nombreux animaux et doit être capable de tous les soigner et de diagnostiquer toutes les affections. Pour cela, les vétérinaires s’informent constamment grâce à la lecture bibliographique d’articles scientifiques. Ils peuvent ainsi faire les liens entre différentes espèces, par exemple extrapoler leurs connaissances du chat à l’anatomie de la panthère. La bibliographie permet aussi de comparer la situation à laquelle le vétérinaire est confronté aux cas cliniques reportés dans les publications, ou à l’usage d’une molécule pharmaceutique pour une espèce proche.

 

Panthère de Chine © Laurence Bianchini / MyScienceWork
Panthère

 

Les études théoriques sont aussi très importantes. Elles améliorent les connaissances vétérinaires mais elles sont aussi essentielles à des cas appliqués comme la conservation de la biodiversité mondiale. Par exemple, les études génétiques du Gaur ont permis au Docteur Chai de réinsérer ce bovin au Cambodge où son espèce est menacée d’extinction.

En parallèle, le muséum, en collaboration avec l’école vétérinaire de Maisons-Alfort, est impliqué dans des recherches cliniques sur les pathologies cardiaques des félins. Celles-ci étant fréquentes chez les félins en captivité du fait du fort taux de consanguinité.

 

Communiquer, partager, échanger

 

Le muséum a confié à la ménagerie une importante mission de communication et de sensibilisation du public. Muriel Kohl, comme beaucoup de vétérinaires de parcs, apprécie énormément le contact avec les enfants car

 

« Ils s’émerveillent de beaucoup de choses, sont curieux et ouverts. »

 

Lors de programmes internationaux, les vétérinaires ont aussi pour mission la transmission des savoirs. S’ils font un passage dans une réserve africaine, ils tenteront de former les personnels à de nouvelles techniques et partageront leur expertise sur place. Une mission de plus pour ces vétérinaires aux multiples facettes !

 

* sous le contrôle de la WAZA, l'organisation pour la communauté mondiale des zoos et des aquariums.

 

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En savoir plus :

 

Médecine naturelle chez les grands singes en Afrique http://www.universcience.fr/fr/conferences-du-college/seance/c/1248123454765/-/p/1239022827697/

Emission TF1 : une journée avec les soigneurs de la ménagerie du jardin des plantes http://videos.tf1.fr/jt-13h/une-journee-avec-les-soigneurs-de-la-menagerie-du-jardin-des-plantes-6609208.html WAZA, the unifying organisation for the world zoo & aquarium community http://www.waza.org/fr/site/home