Les orques passent et les marsouins cliquent

La pression de la prédation, facteur évolutif des ultrasons des marsouins

Comme beaucoup de mammifères marins, les marsouins émettent des ultrasons pour communiquer et détecter des proies. Ils le font néanmoins d’une manière bien particulière. Les ultrasons des marsouins se distinguent par exemple de ceux des dauphins en termes de fréquence, de bande passante et de durée. Une étude a récemment montré, en comparant des enregistrements d’ultrasons sur différentes populations, que la pression de la prédation exercée par les orques expliquait principalement le type de cliquetis des marsouins. Apparemment, le rôle des prédateurs déterminerait davantage le comportement et l’évolution des mammifères marins qu’on ne le pensait. 

Comme beaucoup de mammifères marins, les marsouins émettent des ultrasons pour communiquer et détecter des proies. Ils le font néanmoins d’une manière bien particulière. Les ultrasons des marsouins se distinguent par exemple de ceux des dauphins en termes de fréquence, de bande passante et de durée. Une étude a récemment montré, en comparant des enregistrements d’ultrasons sur différentes populations, que la pression de la prédation exercée par les orques expliquait principalement le type de cliquetis des marsouins. Apparemment, le rôle des prédateurs déterminerait davantage le comportement et l’évolution des mammifères marins qu’on ne le pensait. 

 

Cet article est une traduction de « Killer Whales and Porpoise Clicks ». Il a été traduit de l’anglais vers le français par Timothée Froelich.

 

Les marsouins et les dauphins communiquent de manière très différente. Les deux espèces ont certes recours à l’écholocalisation pour repérer des proies en émettant des ultrasons qui rebondissent sur leurs repas potentiels, mais contrairement aux dauphins, les marsouins n’ont pas la faculté d’émettre des sifflements. Leur répertoire linguistique est limité à leurs cliquetis, qui sont très éloignés acoustiquement de ceux des dauphins. Comment expliquer cette différence ? L’hypothèse la plus probante propose que les orques, ou épaulards, y jouent un grand rôle. Les ultrasons des marsouins auraient évolué à la suite d’une forte pression évolutive exercée par ces prédateurs. Une étude récemment publiée par PLOS ONE et disponible en anglais sur MyScienceWork a montré que cet effet serait bien plus spectaculaire qu’on ne l’aurait pensé. 

 

Sources: Flickr / __o[ES]__

 

La diversité des ultrasons d’écholocalisation parmi des espèces vivant dans le même environnement peut être comprise comme une stratégie pour ne pas concourir pour la même proie. Plusieurs études, citées par les auteurs, ont déjà observé ce cas de figure chez certaines espèces de chauves-souris. Une équipe dirigée par Line Kyhn et Peter Teglberg Madsen de l’Université d’Aarhus a voulu vérifier cette hypothèse en enregistrant les ultrasons de deux espèces de marsouins sur trois populations observées au Danemark et en Colombie-Britannique au Canada. Toutefois, leur analyse a montré que contrairement aux chauves-souris, les cliquetis des marsouins étaient remarquablement similaires entre espèces vivant côte à côte. Ces résultats vont dans le sens de la théorie la plus répandue, selon laquelle l’évolution distinctive des ultrasons chez les marsouins et d’autres espèces serait due à la pression sélective exercée par un prédateur spécifique.

 

« Tous les cétacés disposent d’un moyen d’éviter les baleines tueuses. Celui des marsouins, c’est de ne pas se faire remarquer », explique le Pr Madsen. Ils émettent des ultrasons à haute fréquence, chose peu surprenante de la part d’un animal de petite taille, mais contrairement aux dauphins, ils sont limités à cette « insolite bande de fréquence étroite ». « La fréquence ultrasonique des marsouins ne descend jamais en dessous de 100kHz, ce qui est plutôt étrange étant donné que les dauphins, qui ne sont parfois pas plus grands que les marsouins, émettent sans cesse des trains d’ultrasons inférieurs à ce niveau-là. » Ce n’est peut-être pas par hasard : la capacité auditive d’autres mammifères marins, les orques, ne va pas au-delà de 100kHz.

 

Pour trouver de la nourriture le plus efficacement possible en utilisant un signal à hautes fréquences, les dauphins ont recours à un type d’ultrason très court, mais dans une bande très large, afin de couvrir une grande gamme de fréquences, explique Peter Teglberg Madsen. Les marsouins, vu leur petite taille, doivent également recourir à de hautes fréquences. « Nous sommes partis de l’idée que le point de départ évolutif [des ultrasons des marsouins] était le même que celui des dauphins. Cependant, la pression sélective a poussé les marsouins à ne pas émettre de fréquences que les orques pourraient entendre et à développer des ultrasons dont l’énergie ne descendrait pas en dessous de 100kHz, et cela n’était possible qu’en émettant un cliquetis plus long. »

 

Les dauphins n’ont pas recours à cette stratégie, à l’exception de deux groupes d’espèces qui ont en réalité indépendamment développé des ultrasons de haute fréquence dans une bande étroite similaire à ceux des marsouins. Les dauphins ne courraient-ils donc pas aussi un risque de prédation de la part des orques, qui en groupe attaquent même les baleines bleues si l’occasion leur est donnée ? Selon Peter Teglberg Madsen, « tout dépend du type de dauphin rencontré. » Les dauphins sont des créatures très sociales, vivant en grands groupes. La prédation devient alors une simple histoire d’effectifs. « La structure sociale des marsouins est très différente. Ils sont solitaires, ou vivent en groupes de deux ou trois. Ils ne disposent pas de moyens de défense sociale et n’ont pas l’avantage du nombre. Il ne leur reste plus qu’une solution, complètement différente, à savoir le camouflage acoustique. »

 

Pour en savoir plus:

 

Ecoutez les cliquetis de marsouins modifiés pour être audible à l'oreille humaine, sur Discovery of Sound in the Sea

http://www.dosits.org/audio/marinemammals/toothedwhales/harborporpoise/

http://www.dosits.org/files/dosits/HarborPClicks.mp3

Mise en place dd'un suivi par acoustique passive des marsouins communs le long des côtes françaises, étude de l'Université de La Rochelle, de la Fédération de Recherche en Environnement et Développement Durable et le Centre de Recherche sur les Mammifères Marins

ftp://ftpaamp.aires-marines.fr/PACOMM/Volet4_MARSAC/Rapport/14_SyntheseBiblio_MARSAC_CRMM.pdf