Les articles de ‘Science’ s’invitent dans les salles de classe

Apprendre à déchiffrer un article de recherche est un rite d’initiation par lequel passent tous les étudiants en science. La revue Science met maintenant des publications entièrement annotées à disposition des non-initiés, faisant ainsi de cette tâche une expérience bien plus agréable et productive. À la tête du projet « Science in the Classroom », Melissa McCartney explique qu’il est essentiel de comprendre le processus de la recherche, non seulement pour les futurs scientifiques, mais aussi pour tout citoyen se trouvant un jour face aux importants dilemmes que nous pose la science.

Apprendre à déchiffrer un article de recherche est un rite d’initiation par lequel passent tous les étudiants en science. La revue Science met maintenant des publications entièrement annotées à disposition des non-initiés, faisant ainsi de cette tâche une expérience bien plus agréable et productive. À la tête du projet « Science in the Classroom », Melissa McCartney explique qu’il est essentiel de comprendre le processus de la recherche, non seulement pour les futurs scientifiques, mais aussi pour tout citoyen se trouvant un jour face aux importants dilemmes que nous pose la science.

 

Cet article est une traduction de « “Science” Articles Enter the Classroom » disponible sur : http://blog.mysciencework.com/en/?s=scienceintheclassroom&lang=en Cette traduction de l’anglais vers le français a été réalisée par Mayte Perea López.

 

« Je faisais les choses machinalement », avoue Melissa McCartney en parlant de ses premières expériences à la fac, notamment la première fois qu’elle a été confrontée à des articles de recherche scientifique. « C’est à peine si je comprenais à quoi ils servaient », ajoute-t-elle. Une révélation, qui, venant de l’actuelle éditrice de la revue Science, est pour le moins surprenante… ou pas : « Il y a tellement de gens qui entrent en deuxième cycle d’études universitaires sans avoir lu un seul article », explique-t-elle. « Mais à partir des deuxième et troisième cycles, on s’attend à ce que vous soyez capables de le faire et il vous faudra développer cette aptitude ». Neuroscientifique de formation, le Dr Melissa McCartney consacre désormais son temps à s’assurer que les étudiants d’aujourd’hui sont bien préparés au moment de commencer leur programme de doctorat. Elle participe également au développement d’une population scientifiquement informée, capable de faire preuve d’esprit critique face à ce que leur présente le monde de la recherche.

La méthode phare d’enseignement de Melissa McCartney est présentée dans un projet appelé « Science in the Classroom », qui utilise le web pour rendre de vrais articles de recherche compréhensibles dans leur intégralité par les classes universitaires. L’étudiant lambda de premier cycle suivant un cours de niveau introductif est ainsi en mesure de comprendre les articles grâce au matériel pédagogique et aux informations complémentaires qui les accompagnent : définitions, liens, explications apparaissant à l’écran. Le Dr McCartney ajoute que les premières classes à travailler avec le prototype étaient enthousiastes. Les étudiants se sont émerveillés. L’un s’est exclamé : « c’est la première fois que je parviens à lire au-delà du résumé ! ».

Les publications scientifiques sont des documents lourds et indigestes pour les débutants. Melissa McCartney avait pour ambition d’ouvrir l’accès à leur riche contenu scientifique lorsqu’elle est arrivée à Science en 2009. « Nous avions tous ces articles géniaux sur les découvertes scientifiques. Leur contenu est totalement nouveau, à la pointe de l’information. Comment le présenter aux étudiants ? Comment les aborder, leur montrer qu’ils sont capables de lire et de comprendre la science ? » Melissa McCartney ne se contente pas d’aider à former les futurs docteurs, elle s’intéresse également aux étudiants qui ne suivront peut-être qu’un seul cours d’introduction aux sciences dans leur vie. « Même s’ils ne deviennent pas scientifiques, ils comprendront comment ça marche ». « Et ça », dit-elle, « c’est essentiel pour la société ».

 

logo science in the classroom

 

Une bourse de la National Science Foundation (Fondation nationale des États-Unis pour la science) a permis la création d’une première version du site web « Science in the Classroom » (SitC) qui peut être consultée et utilisée en ligne : elle donne accès à trois publications annotées relevant de la recherche biomédicale, des sciences physiques et des sciences environnementales. Le niveau n’a été nullement abaissé ici, et les titres des articles sont tout sauf rassurants pour les étudiants. L’article « Polarized notum Activation at Wounds Inhibits Wnt function to Promote Planarian Head Regeneration », par exemple, est probablement aussi compliqué que son titre le laisse présager. Cependant, immédiatement après avoir cliqué sur le titre, l’étudiant voit apparaître à l’écran une « Introduction de l’éditeur » : un paragraphe écrit dans un style abordable qui vise à captiver le lecteur en expliquant l’intérêt et l’importance du sujet dont il est question.

Melissa McCartney se charge elle-même de rédiger les documents complémentaires, qu’elle fait systématiquement relire par les auteurs des articles. « Nous avons eu beaucoup de chance », dit-elle, « tous les auteurs se sont montré très enthousiastes à propos du projet ». L’élément clé de « Science in the Classroom » est le Learning Lens (Loupe d’apprentissage). Cette boîte à outils, qui flotte le long de l’article au fur et à mesure que l’étudiant progresse dans sa lecture, offre six catégories d’information complémentaire : Glossary (Glossaire), Previous Work (Précédents travaux), Author’s Experiments (Expériences de l’auteur), Conclusions (Conclusions), News and Policy Links (Actualités et politiques), et Connect to Learning Standards (Atteindre les objectifs d’apprentissage). Un code couleur est associé à chaque catégorie qui, une fois sélectionnée, permet le surlignage du texte correspondant dans l’article. Cliquer sur le texte fait apparaître une fenêtre contextuelle contenant par exemple la définition d’un mot lorsque la catégorie Glossary est activée. Si l’on désactive le glossaire et l’on choisit à la place la catégorie News and Policy Links, le texte surligné vous mènera à une fenêtre contextuelle avec un lien vers les actualités ou les politiques et une brève description de la raison pour laquelle ceux-ci sont liés à l’article de recherche. Les graphes de données, souvent insondables pour les non-initiés, sont également accompagnés d’explications plus détaillées, et la plupart des références citées dans l’article font l’objet d’annotations pour expliquer leur pertinence par rapport à l’article en question.

La catégorie Connect to Learning Standards (Atteindre les objectifs d’apprentissage) du Learning Lens s’intéresse aux objectifs d’apprentissage des États-Unis définis, par exemple, par le Common Core State Standards Initiative. Le Conseil consultatif du projet est rempli de membres issus du monde de l’éducation – enseignants, chercheurs en sciences de l’éducation et scientifiques, qui passent beaucoup de temps dans les salles de cours. Ils évaluent nos outils et partagent leur précieuse expérience d’enseignant. Ce sont ces vétérans qui ont persuadé l’équipe de Science d’aborder la question des objectifs d’apprentissage. Le temps dont disposent les enseignants pendant les cours pour couvrir tous les points relatifs aux objectifs d’apprentissage est très limité. Le fait d’établir un lien direct entre les contenus de Science in the Classroom et les exigences spécifiques du programme fait de ce projet un outil encore plus efficace pour les enseignants.

La rubrique Activities (Activités) met à disposition, pour chaque publication, des exercices concrets qui permettent aux enseignants d’intégrer les articles de recherche dans leur programme. La cerise sur le gâteau, selon Melissa McCartney, c’est que les auteurs ont fourni des données effectives de leurs études qui n’ont pas été utilisées dans l’article. Par exemple, parmi les activités qui accompagnent l’article sur le déclin de la population de chauves-souris, on trouve des données vidéo permettant d’étudier plus d’espèces que celles mentionnées dans l’article. C’est l’occasion pour les étudiants de compter les animaux, exactement comme l’ont fait avant eux les chercheurs, et d’analyser leurs propres données. « Nous avons créé un moyen de guider les étudiants pas à pas afin qu’ils créent un graphe et voient comment la science transforme les données en conclusions », explique le Dr McCartney.

logo science éducation

« Nous ne sommes pas en train d’essayer de changer la manière dont la science est représentée dans les articles », précise-t-elle. « Notre préoccupation première n’est pas de faire de nos étudiants des experts en chauves-souris – il s’agit pour eux de comprendre comment la science est faite. Nous voulons qu’ils comprennent que l’évaluation par les pairs est une manière de contrôler le processus, car, au final, ces étudiants vont voter et il est nécessaire de les habituer à prendre des décisions par rapport à ce que la science leur présente. Nous voulons leur apprendre à évaluer la science et à revérifier les sources de manière à ce que, en lisant un article de journal, ils sachent comment celui-ci a été élaboré et soient capables de le comprendre, et ce à n’importe quel moment de leur vie ».

La première version du site web de « Science in the Classroom » sera ouvert jusqu’en décembre 2012 et ses créateurs espèrent de nombreux retours sur leur outil de la part des utilisateurs. À partir de janvier, ils intègreront les suggestions et, au cours des trois prochaines années, ils espèrent voir leur collection s’agrandir et atteindre 14 articles intégralement annotés. Alors que « Science in the Classroom » continue de se développer, Melissa McCartney voit en son projet un outil précieux, une formation particulièrement vitale pour l’avenir, aussi bien pour les chercheurs que pour les citoyens.

 

 

Pour en savoir plus :

Learning to Read, Reading to Learn, Introduction to Special Issue http://www.sciencemag.org/content/328/5977/447.full

Educators Explore Innovative Ways to Harness Mobile Technology in the Classroomhttp://www.aaas.org/news/releases/2012/0716edu_technology.shtml

 

Articles connexes :

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