La démarche d'investigation : la laissée-pour-compte de la formation des enseignants

Les enseignants et la culture scientifique se mobilisent pour une meilleure formation à la démarche d’investigation

Depuis l’arrivée de la démarche d’investigation dans les programmes de l’éducation nationale, sa définition reste floue et son efficacité est sans cesse controversée. Les enseignants s’en accommodent même s’ils ont des difficultés à la mettre en place. Les chercheurs en sciences de l’éducation et les acteurs de la culture scientifique s’organisent pour palier à ce manque de formation.

Depuis l’arrivée de la démarche d’investigation dans les programmes de l’éducation nationale, sa définition reste floue et son efficacité est sans cesse controversée. Les enseignants s’en accommodent même s’ils ont des difficultés à la mettre en place. Les chercheurs en sciences de l’éducation et les acteurs de la culture scientifique s’organisent pour palier à ce manque de formation.

Le colloque enseignement du congrès de la Société Française de Physique concluait sur le manque de formation des enseignants pour la mise en place de la démarche d’investigation. Son efficacité n’est pas prouvée et sa définition sujette à de nombreuses interprétations. De leur côté les enseignants mettent petit à petit en place cette démarche dans les classes. Avec les chercheurs et les associations d’éducation et de culture des sciences, ils s’organisent pour pallier à leur manque de formation dans le domaine.

La démarche d’investigation déroute les enseignants

La démarche d’investigation consiste à rendre l’enfant acteur de son apprentissage. Il s’agit de le mettre face à des situations qui susciteront chez lui un questionnement puis une démarche proche de la démarche scientifique. Il formule des hypothèses, raisonne, induit, déduit pour intégrer des enseignements de science de façon plus durable. L’enseignant doit alors endosser le rôle de guide et s’éloigner des méthodes transmissives habituelles. Cela induit des changements profonds dans son activité et sa façon d’envisager son enseignement.

Avec la démarche d'investigation les enfants sont acteurs de leur savoir

Crédits Image : La Rotonde/Carbone 42

La formation initiale et les concours types CAPES ne prennent pas forcément en compte ces approches. De son côté, la formation continue des enseignants se base sur les nouvelles décisions ministérielles et la démarche d’investigation n’est plus à leur programme. « Les jeunes maîtres se retrouvent à enseigner avec une démarche qu’ils n’ont eux-mêmes jamais vécu », constate Michel Grangeat, chercheur en sciences de l’éducation à l’Université Joseph Fourier (Grenoble) et responsable de l'action Évaluation par compétences dans les démarches d’investigation au collège et à l’école (LéA EvaCoDICE). Quand elle est là, la formation ne répond pas toujours à la demande des enseignants. « Ils aimeraient une formation clés en main. Or pour acquérir la pédagogie par la démarche d’investigation, il faut accumuler de l’expérience en travaillant sur de multiples cas pratiques » explique Pascale Hannoun-Kummer, chercheure en sciences de l’éducation à l’ENS Cachan. L’une des difficultés majeures est de transférer cette démarche d’une discipline à une autre.

Se rencontrer pour profiter de l’expérience de chacun

Pour pallier à ces manques, la communauté enseignante s’organise. C’est le cas d’associations d’enseignants ou de collectifs, à l’image de celui décrit dans l’étude Le travail collectif des professeurs en chimie comme levier pour la mise en œuvre de démarches d'investigation et le développement des connaissances professionnelles de Rim Hammoud [disponible sur MyScienceWork]. Ils  échangent et analysent leurs expériences pour évoluer dans leur développement professionnel. De plus, la mise en commun des ressources semble essentielle pour évoluer vers une expérience constructive de la démarche d’investigation.

« Les enseignants ont du mal à utiliser la démarche d’investigation car ils envisagent la démarche scientifique selon leur propres représentations, souvent erronées, de la recherche » explique Michel Grangeat. Pour connaître d’avantage cet univers une solution semble de se faire rencontrer les deux mondes. Des congrès scientifiques comme celui de la Société Française de physique ouvrent alors leurs portes aux enseignants. D’autres initiatives, notamment une de l’université Joseph Fourier à Grenoble, font participer des enseignants ou groupes d’enseignants à un sujet de recherche pour les sensibiliser à la démarche scientifique.

Partir du terrain pour améliorer les choses

Des associations de culture et éducation aux sciences agissent directement sur terrain pour pallier au manque de formation des enseignants. La Fondation la main à la pâte multiplie notamment les projets pour la démarche d’investigation. Certains de ces centres pilotes, comme celui de la Rotonde, mettent à disposition des kits pédagogiques et des fiches modules clés en main pour les enseignants. « S’ils sont indispensables, ces initiatives sont souvent vues comme des moments ponctuels qui n’ont que peu d’influence sur l’activité à long terme l’enseignant », regrette Michel Grangeat.


Une classe explique les bienfaits du projet Pollen et la mise en place de malettes pédagogiques par le centre de culture scientifique La Rotonde.

Crédits image : La Rotonde/Carbone42

 

Ces acteurs proposent également des approches plus globales. Les centres pilotes du projet européen Fibonacci proposent chacun une offre différente : échange de ressources, formation à l’utilisation de la démarche d’investigation, groupes de réflexion sur la pédagogie d’investigation. Le projet maisons pour la science est encore plus ambitieux et s'attaque directement aux manques de la formation des enseignants. Déjà implantées dans 4 régions en plus du centre national, ces maisons offrent durablement une formation continue sur la démarche d'investigation et plus généralement à la pédagogie des sciences. Fort de son succès, le projet pourrait bien s'étendre dans les prochaines années aux autres grandes universités françaises.

 

Toutes ces actions de formation et d’aide aux enseignants sont accompagnées de groupes de réflexion sur le bien fondé de la démarche d’investigation. La main à la pâte réétudie constamment sa définition et les chercheurs en sciences de l’éducation s’organisent en collectifs et consortium à l’image du projet européen Assistme.

Pour aller plus loin :

Michel Grangeat (dir.), Les enseignants de sciences face aux démarches d'investigation. Des formations et des pratiques de classe, Grenoble, PUG, coll. « Regards sur l'éducation », 2013, 288 p., ISBN : 978-2706117947.

Ressources pour la mise en œuvre de la démarche d’investigation en sciences et en mathématiques à l'école, Projet Fibonacci, La main à la pâte.

La Fondation la main à la pâte.

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