Journée internationale de la femme : portrait de cinq chercheuses qui ont changé la donne

La journée internationale des femmes du 8 mars est une occasion de se rappeler que, bien qu’invisibilisées pendant des décennies, les femmes aussi ont participé à l’avancée scientifique. Maths, physique, paléontologie, elles ont su briser le plafond de verre pour conquérir tous les domaines. Voici quelques portraits de ces savantes.

Mary Anning est née le 21 mai 1799 en Angleterre. Issue d’une famille pauvre, elle passe son enfance à chercher des fossiles pour les revendre aux touristes. 

Un jour qu’elle fouille sur la côte de Lyme Regis au Sud de l’Angleterre, Mary Anning découvre le tout premier squelette complet d’ichthyosaure, un reptile marin daté de 200 millions d’années qui a complètement disparu aujourd’hui. Elle n’a que 12 ans lors de cette découverte. 

Plus tard, elle exhume d’autres fossiles majeurs : le premier squelette de plésiosaure, un reptile marin lui aussi, qui possédait un long cou, et le premier squelette de ptérosaure anglais, un reptile volant. Enfin, elle découvre le premier fossile de squaloraja, un genre éteint de poissons cartilagineux, proche des requins actuels.

 

A cette époque, le concept d’évolution n’existait pas encore, et l’on pensait que les espèces ne changeaient pas au cours du temps, qu’elles étaient et demeuraient telles que Dieu les avaient créées. Mais la découverte de ces fossiles permet de mettre en avant l’hypothèse de l’extinction des espèces, une théorie proposée par Georges Cuvier à la fin du XVIII ème siècle qui émet l’hypothèse que les espèces finissent par disparaître. Ainsi, en plus de mettre au jour de nouvelles espèces qui ont peuplé notre terre, Mary Anning a permis l’apparition de grands concepts de paléontologie. Si de son vivant elle a rarement été créditée pour ses découvertes, elle est aujourd’hui considérée comme une incontournable dans l’histoire de la paléontologie des vertébrés.

Mais Mary Anning est loin d’être la seule femme a avoir été dépréciée dans son domaine. En tant que femme afro-américaine vivant en pleine période de ségrégation, Mary Jackson a connu elle aussi des difficultés dans sa carrière. Née en 1921 en Virginie, elle obtient sa licence de maths et physique en 1942. Ce n’est qu’en 1951 qu’elle rejoint la Nasa, dans un groupe de calculatrices. A cette époque, les machines et ordinateurs électroniques n’existent pas, et les calculs, généralement longs et fastidieux, se font à la main ; de la réussite de ces calculs dépendent celles des vols spatiaux.

Désirant devenir ingénieure, Mary Jackson réussit non sans mal à intégrer un lycée réservé aux blancs pour réaliser son rêve, alors que les noirs ne peuvent normalement pas accéder à ce métier.

En 1958, Mary Jackson devient la première femme noire ingénieure de la Nasa.

Ses recherches portent sur le vol à vitesse supersonique, elle analyse les effets de poussée (résultat de l’éjection d’un gaz éjecté vers l’arrière) et de traînée (une force qui va dans le sens contraire au mouvement et qui agit comme un frottement). Elle n’écrit pas moins d’une douzaine d’études sur le sujet.

 

En plus d’avoir aidé aux avancées scientifiques dans le domaine de la physique, Mary Jackson était aussi une militante en faveur des femmes noires. Elle était responsable du programme pour les femmes au bureau d’égalité des chances de la NASA. Afin de lui rendre hommage, son nom sera donné au siège de la Nasa à Washington.

Paléontologie, physique, les femmes se sont démarquées dans beaucoup de domaines très différents, que ce soit en recherche fondamentale ou appliquée. Tu Youyou est née en 1930 en Chine. Après une licence à l’université de médecine à Pékin, elle suit des cours sur la théorie de médecine chinoise traditionnelle. Ses recherches s’orientent en pharmacochimie, un domaine qui consiste à préparer des composés qui serviront à faire des médicaments, et en pharmacognosie, une science qui étudie les substances biologiques ou minérales qui permettront de faire des médicaments.

 

Au cours de la guerre du Vietnam, une épidémie de paludisme éclate, faisant plus de morts que la guerre elle-même. Les Nord-vietnamiens se tournent alors vers la Chine pour trouver un remède à cette maladie. C’est en 1972 que Tu Youyou trouve un médicament fait à partir de la plante Artemisia, utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise. Aujourd’hui encore, c’est l’un des médicaments les plus efficaces contre le paludisme. En alliant médecine ancestrale et moderne, Tu Youyou sauve des millions de vies.

 

 

A l’origine, l’informatique était un secteur féminin. En creusant un peu, il est facile de trouver de nombreuses femmes qui ont eu un rôle essentiel dans l’avancée de ce domaine. Grace Hopper et Lynn Conway sont toutes les deux américaines, nées respectivement en 1906 et en 1938.

 

En 1934, Grace Hopper obtient son doctorat en mathématiques. Engagée dans la marine américaine, elle produit un manuel parlant des principes de fonctionnement d’une machine informatique. En 1951, elle conçoit aussi le tout premier compilateur, un programme qui transforme un code source (écrit en langage simple de programmation) en code objet (un langage informatique destiné à l’ordinateur).

Elle participe largement à la conception du langage COBOL, qui permet d’écrire des programmes informatiques dans une langue proche de l’anglais plutôt que dans une langue proche de celle des machines, peu après son arrivée à la société IBM (International Business Machine corporation) en 1957. 

Quelques années plus tard, en 1960, c’est au tour de Lynn Conway d’intégrer la société. Lynn Conway a permis des avancées qui permettent de réorganiser l’ordre dans lequel les instructions s’exécutent dans un processeur, ce qui améliore ses performances. Elle sera cependant renvoyée de l’IBM en 1968 après avoir fait son coming-out, et doit recommencer sa carrière en tant que simple programmeuse. Elle a aussi révolutionné le VLSI, l’intégration à très grande échelle, qui est une technologie permettant de mettre beaucoup de composants sur une puce. Ce travail a ouvert la voie aux puces modernes. Lynn Conway est aussi une militante pour le droit des transgenres et lutte contre la discrimination à l’emploi.

 

Il ne s’agit ici que de quelques femmes remarquables parmi toutes les autres. L’inventrice Hedy Lamarr, l’astrophysicienne Chanda Prescott-Weinstein, l’ingénieure Mae C. Jemison, la mathématicienne Maryam Mirzakhani, beaucoup de femmes ont fait avancer la science. Mais alors pourquoi continuer de les citer si elles sont si nombreuses ? Parce qu’aujourd’hui encore, malgré leurs brillants résultats, les femmes restent exclues des domaines scientifiques, et les préjugés sexistes sont toujours de mise. C’est pourquoi dresser des portraits de femmes scientifiques reste primordial, afin d’inspirer des générations de futures chercheuses de tous domaines.