Jean Chaline, une Vie Pluridisciplinaire

Nous avons rendez-vous avec Jean Chaline, 74 ans, sur les marches du Musée de l’Homme à Paris, un symbole pour cet homme qui a débuté sa formation et consacré sa vie aux études de paléontologie. Au long de sa carrière, des rencontres décisives lui ont ouvert de nouveaux horizons. Dernièrement, il a publié en collaboration avec un astrophysicien et un économiste, les applications de la nouvelle théorie de la relativité d'échelle de Nottale, à l'Univers, au vivant et à l'économie. « Il est encore mal vu en France d’être trop pluridisciplinaire » nous confie ce chercheur qui a toujours prôné la multidisciplinarité. Il nous raconte avec regret que plusieurs de ses collègues ont vu leurs carrières ralenties, voir paralysées à cause de travaux de recherches pluridisciplinaires ne s’identifiant à aucune discipline en particulier au niveau de leurs évaluations par les instances compétentes.

Nous avons rendez-vous avec Jean Chaline, 74 ans, sur les marches du Musée de l’Homme à Paris, un symbole pour cet homme qui a débuté sa formation et consacré sa vie aux études de paléontologie. Au long de sa carrière, des rencontres décisives lui ont ouvert de nouveaux horizons. Dernièrement, il a publié en collaboration avec un astrophysicien et un économiste, les applications de la nouvelle théorie de la relativité d'échelle de Nottale, à l'Univers, au vivant et à l'économie. « Il est encore mal vu en France d’être trop pluridisciplinaire » nous confie ce chercheur qui a toujours prôné la multidisciplinarité. Il nous raconte avec regret que plusieurs de ses collègues ont vu leurs carrières ralenties, voir paralysées à cause de travaux de recherches pluridisciplinaires ne s’identifiant à aucune discipline en particulier au niveau de leurs évaluations par les instances compétentes.

Jean Chaline
Rencontre avec Jean Chaline le 07 novembre 2011 place du Trocadéro, Paris (c) Laurence Bianchini/MyScienceWork

Évolution des rongeurs et des hominidés

Paléontologue, biologiste, géologue, climatologue, Jean Chaline est tout d’abord diplômé d’un doctorat d’État en évolution des espèces animales. Il s’est intéressé plus particulièrement à l’évolution des rongeurs en France, en Eurasie, puis en Amérique du nord. Ses travaux ont engendré une nouvelle méthode de datation de sites archéologiques grâce à son expertise de l'évolution morphologique des rongeurs fossiles du Quaternaire de France (sur les 3 derniers millions d’années), par des méthodes mathématiques. En effet, pendant sa thèse, Jean Chaline a décrit les séquences paléontologiques de fossiles de rongeurs dans plus de 200 sites et a découvert de nouvelles espèces. Au sein de ces gisements, il est fréquent de tamiser plusieurs tonnes de terre pour isoler seulement une dent de rongeur. L’analyse des dents de campagnols permet en outre de quantifier des paléoclimats, ainsi que des paléoenvironnements mais aussi, pour certains, de les dater. Il s’est aussi de plus en plus impliqué dans l’étude de l’évolution des hominidés pour analyser le problème de l'apparition de l'homme à partir des primates. Il s'est appuyé sur des études d'embryologie, et plus particulièrement les hétérochronies, c'est-à-dire des altérations et des décalages du développement.

De fait, nous le questionnons sur la théorie de l’évolution de Darwin. Comment a-t-elle évolué ? Il nous explique qu’après le Darwinisme, il y eu l’époque du néo-darwinisme, puis du mutationnisme (découverte des mutations) et actuellement nous sommes dans un 'stade Evo Devo' qui relie le changement évolutif à la génétique et à l'embryologie. Il nous expose les formidables découvertes en génétique qui ont permis de comprendre comment se forme notre propre plan d'organisation. Toutes les espèces vivantes évoluées sont en effet pourvues de gènes Hox, des gènes de régulation contrôlant la mise en place des divers éléments des plans d’organisation du vivant. Le point de vue de ce chercheur est tranché :

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Le climat n’a joué aucun rôle dans l'origine du genre humain où seule la génétique (mutations Hox) et l’embryologie ont été déterminants, mais il a joué un rôle, ultérieurement, dans sa diversification dans les divers environnements.

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A la question comment évoluera l’Homme aux vues de nos connaissances actuelles en génétique ? Jean Chaline nous précise qu'il est impossible de prévoir l'évolution, mais qu'il est possible 'd’imaginer' des Hommes avec une posture droite et un cerveau encore plus volumineux, mais qu'il serait plus utile de savoir déjà utiliser à bon escient notre lot actuel de cellules nerveuses. Car le plus préoccupant est, selon lui, non pas notre évolution génétique, mais notre évolution socio-économique avec les dérives actuelles du système financier qui évolue vers un temps critique proche. En 2050, l’OMS prévoit 9 milliards d’hommes et de femmes sur Terre ce qui pose bien évidemment beaucoup de questions quant à notre capacité à gérer cette surpopulation, c'est-à-dire à l'alimenter, l'éduquer, lui trouver travail et logement, et lui donner une vie convenable, digne de notre humanité d'Homo sapiens.

 

Jean Chaline
Jean Chaline

 

Une théorie pluridisciplinaire : la théorie de la relativité d’échelle

Jean Chaline a travaillé avec Jacques Dubois de l'Institut de Physique du Globe de Paris sur les cycles d’apparitions et d’extinctions des espèces chez les campagnols. Pour ces deux scientifiques, l'étude mathématique a montré que ces cycles ne sont pas le fruit exclusif du hasard, mais suivent des lois de puissance impliquant l'existence de structures fractales. Jean Chaline travaille depuis 1995 en étroite collaboration avec Laurent Nottale, astrophysicien et théoricien à l'Observatoire de Meudon, et Pierre Grou, économiste à Saint-Quentin-en-Yvelines. Ensemble ils ont appliqué à l’évolution du vivant la théorie de la relativité d’échelle de  Nottale. Passionnés et déterminés, ces trois chercheurs ont montré que l'évolution globale de la vie, les dinosaures, les primates, les oursins, les rongeurs suivaient des lois fractales particulières, dites log-périodiques. Une loi « log-périodique » montre une périodicité dans les changements d’échelle, en fonction d’un logarithme de la variable, comme par exemple lorsque l’on fait un  zoom en continu x2, x4, x8, x16, x32.Or, le plus étonnant est que les phénomènes sismiques superficiels, la démographie ou l’économie suivent ces mêmes lois ! Le rôle indiscutable et démontré de la contingence et du hasard de l'évolution semble donc être contraint par une loi d'évolution 'probabiliste' assez universelle des systèmes, autrement dit que « le hasard suit des lois probabilistes. » Leurs résultats suggèrent que les phénomènes évolutifs fonctionneraient comme des 'phénomènes critiques' avec des événements (précurseurs) se produisant selon une loi d'accélération aboutissant à un temps critique, suivi par des événements (répliques) se produisant selon une décélération.  Jean Chaline nous explique que cette loi pourrait aussi expliquer l'apparition des trois morphologies de base de la matière vivante (procaryotes, eucaryotes et pluricellulaires) par des sauts discrets, selon une chronologie d'accélération log-périodique. Ces résultats ont fait l’objet de plusieurs publications que nous vous conseillons de consulter.

 

La transmission des connaissances

Jean Chaline aime vulgariser ses travaux, se rendre à des conférences et communiquer autour de sa passion. Les scientifiques n’ont, selon lui, pas suffisamment de connaissances multidisciplinaires pour pouvoir engendrer de nouvelles théories. L’étude de la physique et des mathématiques, sont pour lui, indispensables à l’ensemble des scientifiques. « Les étudiants manquent d’esprit critique », nous dit-il, « trop spécialisés, ils manquent aussi souvent d'ouverture d'esprit et ne remettent pas assez en question ce que les enseignants leur apprennent. » Il nous raconte son goût prononcé pour l’enseignement et explique :

"Il s’agit d’un véritable devoir de la part des chercheurs de présenter au grand public leurs résultats de recherche afin que les gens sachent où part une partie de leurs impôts et les résultats qu'ils ont permis d'atteindre."

En 1972 paraît le premier livre de Jean Chaline sur Le Quaternaire, 40 ans plus tard, il rédige son 37ème livre sur Les plans d'organisation du vivant, la macroévolution, une belle évolution, sans doute fractale, comme l'a analysé avec humour l'un des ses collègues dijonnais. Certes, il a consacré une majorité de son temps à ses travaux, nous confie-il, mais cela ne l’a pas empêché de construire une vie de famille épanouie.

 

En savoir plus :

Le blog de Jean Chaline http://chaline.jean.recherches.over-blog.com/

Does Species Evolution Follow Scale Laws? First Applications of the Scale Relativity Theory to Fossil and Living-beings http://www.springerlink.com/content/bp38l37881562652/

Increased cranial capacity in hominid evolutionand preeclampsia