Hubert Reeves : « Investir dans la Recherche Relance l’Economie »

Vendredi 6 avril 2012, Hubert Reeves était dans nos locaux pour parler de développement durable. L’astrophysicien de bientôt 80 ans a enseigné la cosmologie à Paris et Montréal. Toute sa vie, il s'est émerveillé des beautés de la nature. Il est très impliqué dans la défense de l'environnement et porte parfois un regard critique sur la Science et ce que nous en faisons. MyScienceWork a eu l’occasion d’interroger ce grand homme de science. Financement de la recherche, matière noire, voyage sur Mars, découvrez notre interview de Hubert Reeves.

Vendredi 6 avril 2012, Hubert Reeves était dans nos locaux pour parler de développement durable. L’astrophysicien de bientôt 80 ans a enseigné la cosmologie à Paris et Montréal. Toute sa vie, il s'est émerveillé des beautés de la nature. Il est très impliqué dans la défense de l'environnement et porte parfois un regard critique sur la Science et ce que nous en faisons. MyScienceWork a eu l’occasion d’interroger ce grand homme de science. Financement de la recherche, matière noire, voyage sur Mars, découvrez notre interview de Hubert Reeves.

 

Hubert Reeves le 6 avril 2012 à Paris. © MyScienceWork
Hubert Reeves

 

 

Est-il légitime d’investir autant d’argent pour la recherche de la matière noire ?

Cette question ne s’adresse pas seulement à la recherche de la matière noire mais à toutes les recherches scientifiques. En astronomie, en physique, on investit effectivement des sommes énormes. Mais où va cet argent ? Il va dans la poche des ingénieurs et scientifiques et leur permet de gagner leur vie tout en développant de nouvelles technologies. Ce qui est envoyé dans l’espace, c’est seulement un peu de métal. Financièrement, cette part est négligeable. En plus, l’investissement dans la recherche relance l’économie. Par exemple, quand le président Kennedy a décidé que les hommes iraient sur la Lune, ils ont placé toutes les grandes infrastructures dans un des états les plus pauvres des Etats-Unis : l’Alabama. Ceci y a relancé l’économie.

Du point de vue global, le financement de la recherche est très positif. Cet argent va dans la poche des travailleurs qui payent leurs impôts. On peut ensuite réinjecter autrement ce retour sur investissement et par exemple construire des hôpitaux.

 

Hubert Reeves et Laurence Bianchini © MyScienceWork
Hubert Reeves

 

Les scientifiques sont-ils près de découvrir la matière noire ?

 

Nous savons que la matière noire existe. Elle est la source d’effets que nous observons mais que nous ne comprenons pas. Par contre, nous ne savons pas quelle est sa nature. Nous ne savons pas si nous résoudrons cette énigme. On ne peut savoir avant d’avoir essayé. La recherche a toujours été ainsi.

Le moteur de la recherche repose sur la curiosité humaine. Tous les chercheurs en astrophysique ont en commun cette envie de connaître ce qui nous entoure, de savoir si d’autres êtres vivants existent. Au fond, l’avantage de la science est que l’on peut gagner sa vie en faisant des choses intéressantes. A mon avis, c’est plus intéressant que de vendre des assurances.

 

(de gauche à droite) Virginie Simon, Abby Tabor, Hubert Reeves, Laurence Bianchini © MyScienceWork
Hubert Reeves et l'équipe MyScienceWork

 

En astrophysique, quelles sont les recherches actuelles les plus prometteuses ?

 

D’ici quelques années, nous aurons peut-être une réponse à la question de l’existence d’autres planètes habitées. Ce sera passionnant.

Pour ce qui est d’aller sur Mars, la question financière est alors assez importante. Ce sont des projets qui coûtent des milliards de dollars. Si la crise financière persiste, cela pourrait mettre en péril ces projets d’exploration lointaine. Ces expéditions ressemblent à un voyage sur la Lune mais leur coût est proportionnel à la distance à parcourir. Nous mettrions un an (terrestre) pour aller sur Mars. Nous pourrons nous y rendre seulement si le système économique se stabilise. Ce sera peut-être dans 100 ans, peut-être plus. Nous avons le temps.

La planétologie comparée quant à elle est très importante. Elle permet de faire des comparaisons entre les planètes et d’estimer l’impact des différents paramètres sur les environnements. Vénus, qui est de même taille et masse que la Terre, a par exemple une atmosphère plus dense que cette dernière (principalement du dioxyde de carbone et de l’azote). L’effet de serre sur cette planète y maintient une température au sol d’environ 470°C. Les scientifiques pensent que cette atmosphère était, il y a 4 milliards d’années, semblable à la nôtre. Un paramètre important à comprendre pour prendre conscience des enjeux écologiques actuels.

 

Nous l'avons compris Hubert Reeves est un scientifique qui aborde des questions variées concernant notre Terre et notre Univers. Depuis 2001, il est le Président de l'association Humanité et Biodiversité (anciennement appelée la Ligue ROC). Il tire un constat sévère sur le manque d'engagement de la part des chefs d'Etat. Il est déçu par les propositions faites lors de la présidentielle 2012. "Les candidats éprouvent des difficultés à se projeter dans l'avenir et leurs quelques propositions manquent de réalisme et restent très vagues." En observant les astres, Hubert Reeves a construit une vision très détachée de l'avenir de nos sociétés. Il place les enjeux écologiques et la biodiversité au coeur d'une démarche visant à conserver le bien-être sur Terre.

 

En savoir plus :

Résultats des présidentielles 2012 par candidat, effectuée par l'association 'Humanité et biodiversité'