Développement de la compassion

La compassion existe déjà chez les jeunes enfants

La compassion est un sentiment de sympathie envers un autre individu en détresse. Le développement de ce comportement jugé essentiel pour que les hommes cohabitent est encore mal connu. C’est pourquoi deux équipes de chercheurs japonais s’y sont intéressées. Ils ont observé qu'à l'âge de 10 mois, les enfants montraient déjà des signes de compassion rudimentaires face à des situations d’agression.

 

La compassion est un sentiment de sympathie envers un autre individu en détresse. Le développement de ce comportement jugé essentiel pour que les hommes cohabitent est encore mal connu. C’est pourquoi deux équipes de chercheurs japonais s’y sont intéressées. Ils ont observé qu'à l'âge de 10 mois, les enfants montraient déjà des signes de compassion rudimentaires face à des situations d’agression.

Cet article existe aussi en anglais « The development of compassion: It's child's play ». Il a été traduit du français vers l’anglais par Timothée Froelich.

 

 

Source : Flickr / licence creative commons / t0msk

 

La compassion est un sentiment de sympathie envers les maux d’autrui. Elle joue un rôle important dans les relations sociales et est d'ailleurs considérée comme essentielle à la coexistence des hommes. Même si ce sentiment fait l’objet de débats, notamment philosophiques, depuis des centaines d’années, son origine et son développement chez l’enfant sont très peu connus. Des chercheurs japonais se sont penchés sur ces questions grâce à un simple test de mise en situation de jeunes enfants et d’étude de leur comportement. Leurs résultats ont été publiés dans la revue PLOS One [article disponible sur MyScienceWork] et montrent qu’à 10 mois déjà, les enfants sont capables de compassion.

La compassion chez les enfants

De précédentes recherches suggéraient que les nouveau-nés étaient capables de répondre à la détresse d’autres nourrissons en se mettant à pleurer avec eux. Cependant, la véritable conscience d’autrui n’intervient qu’à partir de deux ans, lorsque l'enfant apprend à faire la différence entre lui et les autres. Des études du développement ont notamment montré que le fait de se préoccuper des autres apparaissait à partir de 18 mois et évoluait jusqu’à intervenir pour protéger quelqu’un victime d’une agression à l’âge de trois ans.

Il avait été précédemment montré que les jeunes enfants possédaient des capacités socio-cognitives bien avant deux ans. Ils sont notamment capables de préférer une personne bien attentionnée et d’éviter celles ayant un comportement menaçant. De plus, des études de l’empathie chez les singes et les mammifères par FBM de Wall, primatologue à l'Université d'Emory (Atlanta, USA), ont montré qu’il existait une réponse automatique, innée, pour qu'un individu aille vers un congénère en détresse. Sur la base de toutes ces observations, Kanakogi et al. ont cherché à mieux comprendre le comportement des jeunes enfants.

Des figures géométriques comme modèle d’agression

Il est reconnu que des animations avec des figures géométriques simples sont perçues comme des interactions sociales. Les enfants leur prêtent alors des intentions et l’étude de leurs réactions face à différentes situations permet de voir s’ils sont déjà capables de compassion.

 

Extraits des animations montrées aux enfants : a) la balle bleue heurte le carré jaune b) aucun contact entre les deux objets

Source : Rudimentary Sympathy in Preverbal Infants: Preference for Others in Distress - PLoS ONE 8(6): e65292. doi:10.1371/journal.pone.0065292

 

Les films utilisés mettent en scène une balle bleue, l’agresseur, un rectangle jaune, la victime et éventuellement un triangle rouge qui sera considéré comme un élément neutre dans certaines expériences. Etant trop jeunes pour parler, la réaction des enfants est évaluée sur la base de leur préférence visuelle pour ces figures. De plus, des représentations réelles leur sont ensuite présentées et les chercheurs ont pu observer que le rectangle était le plus souvent attrapé par les bébés seulement quand il avait été montré comme victime à l’écran.

L’utilisation d’un troisième élément neutre leur a permis de mettre en évidence que les enfants cherchaient à éviter tout contact avec un comportement agressif.

 

Dès 10 mois, les enfants sont  donc capables d‘exprimer une forme de compassion rudimentaire envers un individu. Ils montrent une préférence marquée pour les victimes plutôt que pour les agresseurs sans pour autant chercher à les réconforter. Les chercheurs définissent cette attitude comme correspondant aux bases d’un comportement compassionnel plus mature où les enfants sont alors en mesure de se faire du souci pour quelqu’un en détresse.

Cette découverte essentielle ne permet pas encore de déterminer par quels processus de développement apparaît ce sentiment et les mécanismes permettant cette évolution nécessiteront de nouvelles études.

 

Pour en savoir plus :

 

Etude de l'empathie des mammifères par FBM de Waal : de Waal FBM (2012) Empathy in primates and other mammals. In: Decety J, editor. Empathy: From bench to bedside. Cambridge: MIT press. 87–106.