Conséquences du racisme en médecine : interview du Dr. Miller

Alors qu’il y a une semaine avait lieu la journée pour l’élimination de la discrimination raciale, David B. Miller nous rappelle que le sujet est toujours d’actualité dans son article “Prostate cancer screening and young black men: Can Early Communication Avoid Later Health Disparities?L’interview (en anglais) est aussi disponible sur la chaîne youtube de MyScienceWork.

Q.1 : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots? 

Je m'appelle David B. Miller, je suis professeur associé à Jack, Joseph and Morton Mandel School of Applied Social Sciences, au Case Western Reserve University de Cliveland, Ohio. J’y travaille depuis environ 28 ans, et mes domaines de recherche portent sur les disparités chez les hommes noirs, pour des questions relatives à la retraite, au stress et autres, chez les jeunes adultes.

 

Q.2 : De quoi parle votre article ?

En demandant aux jeunes hommes noirs si et comment le médecin leur parle du dépistage du cancer de la prostate, je tente de voir s’il existe des différences de traitement entre les hommes noirs et blancs. 

 

Beaucoup d'hommes (blancs, noirs, latinos, etc.) ne parlent pas de dépistage avec leur médecin. Pourtant, il est essentiel qu'ils commencent à être éduqués tôt sur le dépistage du cancer de la prostate.

 

De manière générale, les hommes devraient commencer à subir un dépistage du cancer de la prostate vers l'âge de 50 ans. Mais pour les hommes à haut risque (les hommes d'origine africaine, les hommes ayant des antécédents familiaux de cancer de la prostate), le mieux serait de les faire dépister plus tôt, peut-être à 40 ans, voire avant. Mais ça reste à discuter avec eux.

 

Q.3 : Quels sont les avantages et les inconvénients du test de dépistage ?

Il existe deux méthodes générales de dépistage du cancer de la prostate. Le PSA est un test sanguin qui peut être demandé dans le cadre d'un examen standard. Ce n’est donc pas un test invasif. En fonction du résultat, on détermine si un homme doit subir une biopsie de la prostate pour voir s'il y a effectivement un cancer.

 

Le DRE est un examen rectal. Forcément, c’est plus gênant. Je dis souvent que l'examen le plus invasif que la plupart des hommes passent, s'ils en ont, est un examen dentaire ; à côté, le DRE est assez difficile. En plus, le DRE ne peut vérifier qu'un seul côté de la prostate, ce n’est pas un dépistage 100% fiable. 



Q.4 : Quelles sont les différences de dépistage entre les hommes noirs et les hommes blancs ?

La principale différence vient du fait que les hommes blancs se font dépister à un âge plus précoce, autour de 50 ans. Les hommes noirs ont tendance à ne se faire dépister que plus tard dans leur vie, pour une raison ou une autre. Pourtant, ils peuvent contracter un cancer de la prostate plus tôt, or c’est un cancer plus agressif et mortel s’il survient tôt dans la vie. Ces facteurs jouent dans la disparité entre les hommes blancs et noirs en ce qui concerne la mortalité et la morbidité du cancer de la prostate.

 

Même si le nombre de cancers de la prostate a diminué aux Etats-Unis, il y a 2,5 à 3 fois plus d’hommes noirs qui meurent du cancer de la prostate que d’hommes blancs. La discrimination est vraiment une barrière pour la santé des hommes noirs aux États-Unis.

 

Q.5 : Sait-on pourquoi les hommes noirs ont plus de cancer de la prostate ?

Certains travaux proposent un lien avec la génétique, mais ça reste à étudier. Il y a aussi des études qui montrent que ça aurait quelque chose à voir avec le régime alimentaire. Le stress d’être un homme noir aux Etats-Unis peut contribuer aussi, ils doivent faire face à la police, faire face au racisme.

Donc l'accès aux soins de santé, la peur, un régime alimentaire inadéquat, voilà quelques facteurs que nous devons vraiment examiner et qui peuvent contribuer aux différences entre noirs et blancs.

 

Q : Autre chose à ajouter ?

Je voudrais juste dire que parce que le cancer de la prostate est un problème qui concerne tous les hommes, les prestataires de soins de santé aux États-Unis et dans le monde entier devraient vraiment insister : il est primordial d’informer nos patients masculins. D’abord sur la maladie, leur expliquer ce que c’est, leur dire de regarder leurs antécédents familiaux, rester à l’écoute de leurs questions. Puis dans un second temps leur parler du dépistage, avec les avantages et inconvénients, pour qu'ils puissent prendre des décisions éclairées. Bref il faut lancer la conversation avec les patients, pour qu’ils sachent que le cancer de la prostate  peut être traité. Le fait d’en parler, ça peut les préparer.

 

Il est essentiel de porter une attention particulière aux hommes noirs, qui sont plus sujets à ce cancer et qui pourtant sont dépistés plus tard. Si le dépistage n’est pas fait à temps, alors on découvre le cancer à un stade plus avancé. Les options de traitement sont beaucoup plus limitées, ce qui entraîne plus de morbidité, et parfois des résultats négatifs, allant jusqu’à la mort.