Community spotlight : Dr. Fannie Le Floch

L’utilisation des nanomatériaux en médecine

Fanny Lefloch est doctorante à l’institut de chimie et des matériaux à Paris Est. En plus de ses recherches pour faire avancer la médecine, elle nous parle aussi de la place des femmes en chimie. L’interview est aussi disponible sur la chaîne Youtube de MyScienceWork.

 

 

Je m’appelle Fanny Lefloch, en ce moment je travaille à l’institut de chimie et des  matériaux à Paris Est, en région parisienne, et je fais une thèse en chimie, où l’objectif c’est de développer des nanotransporteurs. Ce sont des médicaments qui vont être capables d’être amenés spécifiquement au niveau des cellules qui sont malades. Nous ce qu’on cherche à traiter c’est une maladie du rein qui amène à la dégradation de la membrane du rein. À l’heure actuelle il n’existe pas de traitement pour cette maladie, donc nous on propose un traitement curatif.

 

Quel a été ton parcours ?

J’ai un parcours un peu transversal puisque j’ai commencé avec une formation en biologie, une formation technique sur deux ans, et après je suis rentrée en troisième année de faculté directement, sur un parcours plutôt à l’interface entre la chimie et la biologie, puis en école d’ingénieur à Strasbourg, où c’est là que j’ai découvert la chimie, et en particulier les polymères, qui sont ma spécialité maintenant.

 

Qu’est-ce qu’un polymère ?

Les polymères c’est ce qu’on connaît un peu comme étant la base des matières plastiques, c’est une unité, qui va se répéter plein de fois. Il faut se représenter ça comme un collier de perle, c'est une longue chaîne. Il y a des polymères qui peuvent être issus du pétrole, mais il y en a aussi qui peuvent être issus de la nature. Par exemple la cellulose, qu’on retrouve dans le bois, ça c’est un polymère qui est issu de la nature. Moi j’en utilise un qui est présent dans la carapace des crustacés. Il s’appelle le chitosan. Pour traiter la maladie du rein, on va récupérer ce polymère qui est issu des déchets marins, et on va pouvoir l’utiliser pour former des nanotransporteurs.

 

Ces nanotransporteurs vont contenir le médicament à l’intérieur, et autour il va y avoir une enveloppe. Nous on travaille avec une équipe de médecins, eux ils nous donnent le médicament qu’on va mettre à l’intérieur, et moi ce que je fais c’est l’enveloppe autour. Je vais donner des caractéristiques particulières à cette enveloppe pour qu’elle soit capable de se déplacer dans le corps, et qu’elle soit capable de reconnaître spécifiquement les cellules du rein, pour pouvoir venir spécifiquement libérer le médicament à cet endroit, à l’intérieur de la cellule.

Et le trick en plus c’est que quand l'enveloppe est à l’intérieur de la cellule, elle reconnaît l’environnement qui est un peu particulier, et elle va être capable de s’ouvrir et de libérer le médicament à l’endroit où on veut pour qu’elle ait un effet thérapeutique.

 

 

 

Y a-t-il beaucoup de femmes en chimie ?

Le domaine de la chimie est quand même assez paritaire puisqu’il y a quasiment autant d’hommes que de femmes, ce qui n'est pas forcément le cas dans tous les domaines en recherche. En licence, en master, elles sont majoritaires, mais à partir du doctorat elles vont devenir minoritaires, avec moins de 50% de femmes, et en tant que chercheuses, elles ne sont plus que 34%. On assiste à un syndrome du tuyau percé où elles vont être moins poussées à passer à “l’étape supérieure”.

Ce phénomène on le voit aussi par exemple quand on organise des évènements, où si on essaie de respecter la parité durant ces événements, ce qui est souvent le cas, ça va être des fois plus compliqué de trouver autant d’hommes que de femmes pour intervenir parce que les pontes, à l’heure actuelle, c’est plutôt des hommes. Là il y a une histoire de génération, je pense qu’il y a de plus en plus de femmes qui sont reconnues vraiment, qui vont être présentes. Ça s’est vu l’année dernière parce que les deux prix nobels de chimie, c’était deux femmes. Donc il y a une place grandissante pour les femmes, et ça va plutôt dans le bon sens pour le coup, on est plutôt confiants de ce côté-là.

 

As-tu ressenti des difficultés du fait d’être une femme ?

Honnêtement non, ce n'est pas quelque chose que j’ai ressenti durant mes études. Mais en tant que femme, au niveau de l’éducation disons, le contexte socio-culturel fait qu’on est un peu moins poussé que les hommes à oser, à avoir ce côté entrepreneurial, challenge. Ça se voit aussi au niveau des offres d’emploi auxquels on postule. Il y a des études qui montrent que pour une même offre d’emploi, une femme va postuler si elle remplit 75% des critères, alors qu’un homme postule même s’il n'en remplit que 50%. C’est vraiment ça, c’est le côté “oser”. Mais avec le temps on commence à prendre plus confiance en nous, et je me mets moins de barrières de ce côté-là. 

La prochaine barrière à mon avis, à laquelle je pourrais être confrontée, c’est à l’approche de la trentaine, avec la possibilité d’être enceinte. C’est surtout à ce niveau là que les disparités se font ; que les femmes aient envie d’enfants ou non, il y a pas les mêmes possibilités qui vont être proposés, notamment tous ces boosters de carrière que tu peux avoir, par exemple partir trois mois à l’étranger, pas mal de déplacements, et c’est à partir de ce moment là que tu as un écart qui commence à se créer. Mais beaucoup de programmes existent. Chez Merck, j’avais été intégrée dans un programme jeunes talents, et l’idée c’est de suivre certaines femmes et de booster leur carrière pour qu’elles arrivent à passer ce plafond de verre.