Ces satellites qui défendent nos pays

Un #CNEStweetup sur le spatial de défense : une aide nécessaire à la décision

Rencontre entre les autorités militaires françaises et leurs concitoyens : les lecteurs de Tom Clancy en ont rêvé, Paul de Brem et ses prestigieux invités – le général de Roquefeuil, conseiller militaire auprès du président du Centre national d’études spatiales (CNES), et le général Arnaud, commandant du Commandement interarmées de l’espace (CIE) – l’ont réalisé le temps d’une soirée, sans trahir aucun secret confidentiel. Jamais sans doute pareille occasion n’a été donnée au public des Mardis de l’espace de se glisser dans la peau des autorités françaises. Leur expérience nous a montré qu’il ne pouvait y avoir de prise de décision objective sans une capacité spatiale autonome minimale.

Rencontre entre les autorités militaires françaises et leurs concitoyens : les lecteurs de Tom Clancy en ont rêvé, Paul de Brem et ses prestigieux invités – le général de Roquefeuil, conseiller militaire auprès du président du Centre national d’études spatiales (CNES), et le général Arnaud, commandant du Commandement interarmées de l’espace (CIE) – l’ont réalisé le temps d’une soirée, sans trahir aucun secret confidentiel. Jamais sans doute pareille occasion n’a été donnée au public des Mardis de l’espace de se glisser dans la peau des autorités françaises. Leur expérience nous a montré qu’il ne pouvait y avoir de prise de décision objective sans une capacité spatiale autonome minimale.

Notre pays est présent dans presque la totalité des domaines de la défense qui sont assurés par les satellites : observation, communication ou encore écoute. En dépit du contexte budgétaire actuel contraint, cet effort a été jugé suffisamment important pour faire l’objet de mesures de préservation économique. Aucun vide capacitaire n’est ainsi à craindre dans les années à venir, que ce soit pour l’observation ou la communication par satellites. Une première capacité opérationnelle d’écoute électromagnétique est même en cours de développement avec CERES.

CERES (© CNES)

Il y a peu, la France ne disposait pas de systèmes spatiaux suffisamment performants pour apprécier la situation, décider et agir en toute indépendance. Dans les rares occasions où un pays tiers fournissait les informations d’origine satellitaire, la France n’était jamais sûre de l’intégrité des images. La France se trouvait alors dans cette situation inconfortable de dépendance aux moyens d’autrui.

Or c’est précisément autour du renseignement d’origine image (ROIM) que cette soirée dédiée en questions et en chansons à « l’espace au service de la Défense » s’est organisée. Alors que les capacités ROIM servaient originellement à la dissuasion et à l’appui aux négociations internationales dans un cadre politico-stratégique, nous assistons depuis quelques années à l’émergence d’un emploi tactique et opérationnel au service des forces sur le terrain.

 

L’espace est à tout le monde, aux bruns, aux roux, aux blondes1

Les satellites en orbite autour de la Terre offrent un accès régulier à l’information. Les instruments embarqués, tels que les ROIM, constituent à ce titre un atout majeur pour la défense. 

 

Ainsi, il est remarquable que les deux satellites duaux Pléiades soient à même de prendre une vingtaine de photographies pour chaque passage au-dessus d’une zone d’intérêt contre une seule pour la génération précédente. Cela représente environ 900 images par jour à stocker et à conserver à moindre coût pour une future exploitation. Cette performance hors du commun est rendue possible grâce à la grande agilité de ces systèmes qui sont capables de fixer avec une grande précision un point au sol et de se stabiliser aussitôt pour effectuer une prise de vue depuis l’orbite basse. La sensibilité accrue des récepteurs par rapport à ceux des satellites militaires Hélios 2 permet par ailleurs de rester moins longtemps fixé sur la scène, même si Hélios offre une meilleure résolution.

 

Il est d’autre part révélateur que ce soit ce concept « agile » qui ait été adopté par la Défense pour la composante spatiale optique (CSO) du programme MUSIS annoncée en remplacement du programme Hélios pour 2017-2018. Les deux satellites CSO seront cependant spécifiquement consacrés aux besoins militaires. Ils disposeront d’une durée de vie de10 ans et d’une très haute résolution (inférieure à 50 cm). Plus performants que les satellites Pléiades également dédiés à l’usage civil, ils pourront effectuer des missions de reconnaissance (distinguer un avion d’un camion ou d’une voiture) en orbite basse et d’identification (distinguer le modèle de camion, d’avion ou de voiture) lorsqu’ils seront placés en orbite très basse.

La France dispose également de la possibilité de travailler à la fois dans le visible et l’infrarouge (IR), utile pour distinguer certaines formes de camouflage (matière synthétique ou végétale) ou encore les objets cachés dans le paysage nocturne et pour détecter leurs possibles activités. Spécialisation optique oblige, elle n’est absolument pas capable de voir à travers les nuages, mais ses partenaires suppléent à cette lacune en mettant à sa disposition des images radarsCosmo-Skymed (Italie) et SAR-Lupe (Allemagne). Enfin, l’agilité inhérente à Pléiades et bientôt à CSO autorise l’acquisition d’images stéréoscopiques (3D) très recherchées par les militaires, notamment pour constituer des modèles numériques de terrain.

 

Mais l’effort mérite amplement l’investissement consenti. On admettra que sur ce point, les exemples très concrets et spécifiques proposés par le CIE et le décodage des images interprétées par le général Arnaud ont été très convaincants.

Les systèmes spatiaux sont les garants de l’autonomie d’appréciation de la situation et de décision. Ils permettent par exemple, notamment grâce à leur capacité de revisite, d’assurer un suivi de la prolifération ou encore de participer à la prévention ou à la gestion des crises. Ils favorisent aussi l’autonomie d’action en garantissant le suivi en temps quasi-réel de l’ordre de bataille et des éléments militaires adverses. L’apport de la couleur avec Pléiades (Hélios fonctionne en N&B) peut par exemple aider à l’engagement des forces en désignant non plus seulement la nature de la menace et sa destination éventuelle (tel modèle de char) mais également sa mission et sa place dans le dispositif adverse (tel camouflage pour telle unité d’appartenance).

Ce fut en somme une excellente soirée que les intervenants et leur modérateur se sont chargés d’animer au profit à la fois des « intéressés » du spatial de défense et des « passionnés » du monde spatial, assurément beaucoup plus nombreux !

 

1 : chanson improvisée de Raphaël Callandreau

 

À propos de l’auteur :

G.P. (@TerrealaLune) est l’auteur du blog De la Terre à la Lune consacré à l’étude des politiques spatiales. Il est aussi membre de l’Alliance géostratégique, un collectif de blogueurs traitant des questions internationales et stratégiques