Au Nigeria, déjà 3 mois de grève des cours universitaires

La grève des universitaires nigérians menace le futur des étudiants

Cette grève, dernière en date d’une longue série, porte la durée totale des cours annulés ces dernières 15 années à 3 ans et demie. Des centaines de milliers d’étudiants ont vu leurs examens et l’obtention de leur diplôme reportés jusqu’à nouvel ordre après l’appel à la grève lancé par le principal syndicat d’enseignants du Nigéria, le 1er juin dernier. Le syndicat du personnel académique des universités (ASUU), en combat quasi-constant contre le gouvernement fédéral depuis 2001 pour l’amélioration du système universitaire nigérian, a appelé à la grève en réaction aux promesses non tenues du gouvernement.

Cette grève, dernière en date d’une longue série, porte la durée totale des cours annulés ces dernières 15 années, à 3 ans et demie. Des centaines de milliers d’étudiants ont vu leurs examens et l’obtention de leur diplôme reportés jusqu’à nouvel ordre après l’appel à la grève lancé par le principal syndicat d’enseignants du Nigéria, le 1er juin dernier. Le syndicat du personnel académique des universités (ASUU), en combat quasi-constant contre le gouvernement fédéral depuis 2001 pour l’amélioration du système universitaire nigérian, a appelé à la grève en réaction aux promesses non tenues du gouvernement.


La grève ASUU a été rejointe, le 4 octobre dernier, par un autre mouvement, la grève du syndicat du personnel académique des écoles polytechniques (ASUP). Le 17 juillet dernier, leur mouvement s’était soldé par un accord avec le gouvernement. Là encore, l’Etat est accusé de ne pas avoir respecté ses promesses.  Source: Wikipedia Commons

Le syndicat universitaire ASUU accuse le gouvernement fédéral de manquement à l’accord signé entre les deux partis en 2009. Celui-ci promettait une augmentation du budget de l’Etat dédié à l’enseignement supérieur. Les enseignants grévistes dénoncent les conditions de travail déplorables et les infrastructures insuffisantes qui gangrènent les universités publiques nigérianes. Le président du syndicat ASUU, Nasir Fagge, a d'ores et déjà annoncé que la grève se poursuivrait aussi longtemps que le budget ne serait pas débloqué : « Je suis convaincu que la grève est la seule alternative possible pour sauver le secteur de l’éducation et s’assurer que nous obtiendrons tout ce qu’on nous a promis en 2009 » a t-il déclaré début septembre.

L’accord en question a été initié et signé pour la première fois en 2001, puis renégocié en 2009. Les tensions et les grèves ont refait surface depuis 2011 face à l’absence de changements significatifs dans les universités. Il y a quelques jours, le président du Nigéria, Goodluck Jonathan, a officiellement accusé le syndicat ASUU de se servir de la situation pour des raisons purement politiques, mais a promis d’agir rapidement pour redresser cette fâcheuse situation en lançant une campagne de rénovation des infrastructures universitaires. Des promesses que le ASUU qualifie de « tromperies, propagandes, mensonges et actes malveillants » sur son site internet officiel [en anglais].

Selon le syndicat, le pourcentage du budget national dédié à l’enseignement par le gouvernement fédéral est largement inférieur aux 25% préconisés par l’ONU pour tous les pays. La part réelle du budget éducation de l’Etat n’est pas claire. Selon les sources, il varie entre 9 et 24%. L’ASUU réclame le déblocage immédiat d’un budget de 400 millions d’euros, mais jusqu’ici le gouvernement n’en a promis 450 000 euros, en échange du retour des enseignants dans les classes. « L’ASUU est intraitable sur l’application dans son intégralité, de l’accord. Les responsables du gouvernement, eux, répètent inlassablement que ce n’est financièrement pas possible pour le moment. Ils ne souhaitent en appliquer qu’une partie » commente Fatai Abiodun, un étudiant en communication à l’Université de Lagos et le présentateur de la plus importante radio universitaire nigériane, Unilag FM.

Les étudiants réclament un déblocage rapide de la situation

Au troisième mois de la grève, les étudiants nigérians se lamentent sur les réseaux sociaux et réclament la fin de cette situation d’incertitude. « Nous attendons tous que la grève se termine pour enfin retourner en cours et finir ce que nous avons commencé » explique un étudiant de l’Université de Lagos au site d’information nigérian Premium Times [en anglais].  Pour la plupart d’entre eux, les étudiants nigérians ont déjà vu leurs études prolongées de plusieurs mois voir d’une année à cause des grèves à répétition. Depuis le début de l’année 2012, les hashtags Twitter pour réclamer la fin de la grève ASSU, #endASUUstrike et #ASUUchat, ont réunis des milliers d’internautes.

Traduction :

Un combat pour le futur

#stopgrèveASUU

Nous allons organiser une manifestation #stopgrèveASUU pour faire entendre la voix des étudiants #ASUUchat

 

L’impression récurrente chez les jeunes nigérians est qu’ils ne sont que les dommages collatéraux de la dispute entre les syndicats et l’Etat. Gbenupo Cadmus, jeune diplômé en gestion et blogueur politique [en anglais], admet l’état déplorable des universités nigérianes mais déplore la façon dont la situation a été manipulée par le ASUU. Il veut croire que le gouvernement fera rapidement quelque chose pour améliorer le système éducationnel. « Il me semble que la réelle raison du désaccord entre les deux partis est l’argent. Ce que le ASUU ne supporte pas, c’est que le gouvernement ne leur ait pas encore payé les indemnités promises dans l’accord » s’indigne Gbanupo. Fatai Abiodun croit, pour sa part, que la grève est un mal nécessaire. « Elle fera la différence sur le long terme quand l’accord sera finalement mis en place. Les étudiants futurs profiteront de notre petit sacrifice ».

Traduction : La grève m’a rendu heureux pour être honnête. Enfin une chance pour de réels progrès si tout se finit bien.

 

Traduction: Il y a un proverbe africain qui dit: Quand deux éléphants se battent, l’herbe en pâtit.

 


La bibliothèque est déserte à l’Université de Ibadan, la plus ancienne du Nigeria. 

Source : Michael Sean Gallagher via Flickr

 

Le secteur de l’éducation, tout comme d’autres secteurs publiques au Nigeria, est rongé par la corruption selon l’organisme de surveillance, Transparency International, qui le classe en 40e position mondiale. Cette corruption de l’administration universitaire est boostée par le manque de places disponibles dans le public : seulement 300 000 sièges pour 1 million d’acceptés aux tests d’entrée dans le supérieur. « Dans la plupart des cas, il faut verser un pot-de-vin pour avoir une place. A part dans une poignée d’universités, l’entrée n’est pas vraiment basée sur le mérite» déplore Gbenupo Cadmus, qui lui-même a dû se tourner vers une université privée, faute de place dans le public.