Alors c’est qui le plus fort : le rhinocéros ou l’éléphant ?

Une étude sud-africaine a révélé que les éléphants et les rhinocéros sont en compétition pour la nourriture

En analysant les excréments de l’éléphant d’Afrique et du rhinocéros noir, des chercheurs d’Afrique du Sud ont montré que les deux espèces se disputent la même nourriture. C’est la première fois qu’une étude met en évidence la confrontation directe entre ces méga-herbivores. Alors, c’est qui le plus fort ? Répondre à cette question triviale est pourtant indispensable pour assurer la bonne réintroduction des espèces menacées dans la nature.

En analysant les excréments de l’éléphant d’Afrique et du rhinocéros noir, des chercheurs d’Afrique du Sud ont montré que les deux espèces se disputent la même nourriture. C’est la première fois qu’une étude met en évidence la confrontation directe entre ces méga-herbivores. Alors, c’est qui le plus fort ? Répondre à cette question triviale est pourtant indispensable pour assurer la bonne réintroduction des espèces menacées dans la nature.

Cet article est une traduction de « Elephant vs Rhino: who is king of the savannah ? » effectuée par Timothée Froelich.

 

Les rhinocéros noirs font partie des espèces menacées les plus chassées par les braconniers. La préservation de cet animal dépend également de bien d’autres facteurs. Un article scientifique récemment publiée dans PLOS One et disponible sur MyScienceWork a révélé que la présence des éléphants devait également être prise en compte avant de relâcher les rhinocéros dans certaines zones. Les chercheurs ont montré pour la première fois que les deux espèces se disputaient la même nourriture.

 

515 rhinocéros ont été tués par des braconniers en Afrique du Sud depuis janvier.

Source : Flickr/Alias0590

 

Eléphants : 1, Rhinocéros : 0

 

Les méga-herbivores dominent la biomasse en raison de leur impressionnante faculté de digestion, même lorsqu’il s’agit de nourriture de médiocre qualité, et mangent donc une grande partie des ressources disponibles. Personne n’avait encore démontré que deux d'entre eux, le rhinocéros noir et l’éléphant d’Afrique, se disputaient ces ressources. Les premiers résultats qu’avait obtenus pendant son doctorat Marietjie Landman, du centre d'écologie de conservation africaine à la Nelson Mandela Metropolitan University, lui avaient mis la puce à l’oreille : « j’avais l’impression qu’il y existait bel et bien une confrontation entre les deux espèces mais je ne savais pas comment la mettre en évidence. » Sa seule piste, déjà connue, était que les deux animaux étaient agressifs l’un envers l’autre et qu’il arrivait que des éléphants tuent des rhinocéros. Eléphants : 1. Rhinocéros : 0… Après avoir observé les régimes alimentaires des deux espèces pendant trois ans, les chercheurs ont trouvé un nouvel élément qui leur donnait raison. Les rhinocéros changent leur alimentation selon la présence ou l’absence d’éléphants dans les environs.

Les auteurs de l’étude reconnaissent que les éléphants et les rhinocéros auraient pu adapter leur comportement alimentaire il y a très longtemps dû aux pressions exercées sur leur processus évolutif. Cependant, l’étude récemment publiée a été menée sur deux zones géographiques différentes : une première, où les deux espèces cohabitaient, et une seconde où seuls les rhinocéros étaient présents. L’instabilité du régime alimentaire du rhinocéros noir, qui varie selon les deux zones, est bien la preuve que la confrontation avec les éléphants affecte leur comportement actuel.

 

Lire dans les excréments comme dans le marc de café

 

En prélevant des échantillons de fèces frais, les chercheurs ont pu déterminer le type d’alimentation des rhinocéros et des éléphants. Ils ont tout d’abord fait sécher les excréments dans un four avant de les écraser en une bouillie graveleuse (désolé pour les détails !) et d’en analyser les 2500 morceaux d’épiderme (couche végétale superficielle). Ces fragments comme des empreintes végétales ont été comparés avec des échantillons de référence prélevés sur les plantes locales. Les résultats ont clairement montré que les rhinocéros changeaient bien de régime alimentaire lorsque des éléphants étaient dans les parages. Essentiellement phyllophages, les rhinocéros n’ont pas pour habitude de brouter et préfèrent se nourrir de branchages et de bourgeons. Du moins, c’est le cas lorsque les éléphants se tiennent loin de ces périssodactyles. Dans le cas contraire, les rhinocéros ont tendance à manger beaucoup plus d’herbe.

 

Une précieuse découverte pour la sauvegarde de la biodiversité

 

Les éléphants épuisent la plupart des ressources disponibles autour d’eux et ont un grand impact sur l’écosystème. Ils peuvent ingérer environ 300 kg de biomasse par jour et atteindre des branchages jusqu’à 8 mètre au-dessus du sol. « Ils sont si gros qu’ils bouleversent la distribution spatiale de la végétation et par conséquent, la biodiversité dans son ensemble », explique Marietjie Landman. « Cette information sur la rivalité entre les rhinocéros et les éléphants nous apprend à considérer ces espèces avec prudence. » Dans des réserves de petite taille, l’impact des éléphants devient de plus en plus considérable, et il devient impossible de réintroduire les rhinocéros si près de leurs grands cousins. 

 

"L’impact des éléphants sur une zone boisée est dramatique. On observe une diminution sérieuse du nombre d’animaux, de leur densité et de la biomasse des espèces." Shift in Black Rhinoceros Diet in the presence of Elephant : evidence for competition : PLOS One, juillet 2013.

Sources : Flickr/Abir Anwar

 

D'un autre côté, les éléphants n’ont pas à être tenus responsables des difficultés auxquelles se heurte la conservation des rhinocéros noirs. Les comportements des éléphants, qui font partie intégrante de l’écosystème, n’ont pas tous des répercussions négatives. Ils sont par exemple capables de transformer un environnement boisé en habitat herbeux. Selon Marietjie Landman, « certains de leurs comportements contribuent finalement à augmenter la quantité de nourriture disponible pour les rhinocéros, ce qui rend les éléphants probablement indispensables pour les populations de rhinocéros noirs. Ils ont un double impact. La clé, c’est de pouvoir trouver le juste milieu. »