Nègres littéraires dans les revues biomédicales : une fraude scandaleuse ?

Un monde de transparence pour un sujet délicat

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Après les scandales concernant des médicaments, comme le Vioxx, une pratique des compagnies pharmaceutiques appelée ghostwriting a encore été mise à jour. Une étude américano-espagnole propose les actions légales à effectuer pour diminuer cette pratique. Cependant les ghost writers évitent aux scientifiques de perdre un temps considérable. Dans ce sens, aucune issue n’est envisageable. Comme le suggère Hervé Maisonneuve seule une transparence absolue des faits apporterait une solution.

 

Jusqu’alors les ghost writers, en français « auteurs fantômes », rédigeaient secrètement des articles pour des chercheurs prestigieux. Cette fraude, comme la surnomme trois scientifiques dans une étude [disponible sur MyScienceWork], « se doit d’être connue et référencée ». D’autant plus qu’elle n’implique pas seulement des problèmes de droits d’auteurs. Elle met également en jeu différents scandales pharmaceutiques. Ceux-ci sont basés sur l’omission ou la falsification de données (par exemple l'omission de certains effets secondaires). Le scandale récent le plus médiatisé fut  celui du Vioxx  que l'on soupçonne lié à 88 000 crises cardiaques. Depuis, les grandes industries américaines ont fait des efforts de transparence. 

 

Les scientifiques manquent de temps pour rédiger

 

La plupart des articles publiés dans des revues biomédicales sont écrits par les auteurs eux-mêmes, d’autres reçoivent une assistance grammaticale ou de syntaxe. Cependant, dans certaines revues le nom de l’auteur ne coïncide pas toujours avec le véritable rédacteur. Ces auteurs dits fantômes sont couramment appelés des ghost writers. Au sein du milieu industriel, les scientifiques manquent de temps pour écrire. “Les sponsors font généralement appel à un professionnel de la rédaction. Un scientifique renommé signera la publication pour mieux la faire valoir” explique Hervé Maisonneuve, médecin et rédacteur du blog  Redaction Medicale & Scientifique. Quant au domaine académique, ce sont souvent les jeunes diplômés qui souffrent du ghostwriting. Un certain nombre de doctorants se voient oubliés parmi les auteurs par leur maître de thèse ou directeur de laboratoire qui publient ces travaux.   

 

 

Des remèdes légaux contre les effets du ghostwriting 

 

“Ce n’est pas acceptable qu’il y ait des auteurs fantômes. Cependant on ne peut empêcher le ghost writing. La solution c’est d’être transparent, que le public soit informé de la vérité” Hervé Maisonneuve

 

Il existe également des auteurs fantômes qui écrivent des articles contenant des données falsifiées ou produites artificiellement. Trois chercheurs - X. Bosch, B. Esfandiari et L. McHenry - proposent dans leur étude Challenging Medical Ghostwriting in US courts des remèdes légaux pour atténuer ces pratiques non-éthiques. Une solution serait d'indiquer que l'article a été rédigé par un tiers. Les auteurs listent également les diverses lois et administrations mises en place aux États-Unis, comme l’Agence des produits alimentaires et médicamenteux, sensées réduire les fraudes engendrées par l’industrie pharmaceutique. 

 

Un sujet qui reste tabou en France 

 

“Les ghost writers reflètent un dysfonctionnement de la science. Certains disent que mettre des personnes derrière la barre des accusés pourrait faire peur et peut-être améliorer la transparence” Hervé Maisonneuve 

 

Alors qu’en Amérique du Nord le voile est levé sur le ghostwriting, en Europe c’est encore un sujet tabou. H. Maisonneuve explique que « les seniors prennent parfois des décisions d'auteurs sans en référer aux co-auteurs ». C'est un problème ancré dans la culture européenne. De plus, aucune étude ne permet de quantifier le nombre de publications erronées ou falsifiées. Cela reste une démarche délicate : « Les gens ne répondraient pas aux interrogations. Et ceux qui accepteront, le feraient avec des données partielles ou en mentant » confie H. Maisonneuve. Globalement « les institutions freinent les investigations dans ce domaine ». L’influence de l’industrie reste très importante sur les auteurs. Une réelle pression s'exerce sur les plumes de l’ombre comme le raconte Linda Logdberg, ex-ghost writer, dans un article révélateur Being the Ghost in the Machine: A Medical Ghostwriter's Personal View [disponible sur MyScienceWork] publié dans PLos Medecine. 

 

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Fantômatique - striatic

 

Dans cette guerre d’auteurs, le pouvoir de l’argent reste un élément majeur. Les scientifiques ne peuvent accorder de longues périodes à la rédaction d’articles. Finalement le véritable problème ne se situe pas dans la notion même des ghost writers. Au contraire ces auteurs fantômes peuvent être utiles à la société. Puisqu’on ne peut supprimer cette fraude, en avoir conscience est déjà un grand pas. Comme le suggèrent X. Bosch, B. Esfandiari et L. McHenry : “depuis que les plaintes sont tombées dans un dialogue de sourds, les tribunaux sont désormais les seuls qui ont la tâche de restaurer l’intégrité de la littérature médicale”. 

 

En savoir plus : 

 

Medical Ghost Writing, Elise Langdon Neuner, 2008, [Disponible sur MyScienceWork]

 

Dossier : Le scandale de l’industrie pharmaceutique par Books 

 

Conséquence de la fraude pour les revues biomédicales, Hervé Maisonneuve

 

Une journaliste dénonce une censure des labos dans la presse médicale, Le Monde, avril 2011

 

 

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jeff : sujet très intéressant! nous démontrant l hypocrisie des groupes pharmaceutique ! je tien a féliciter l auteur de l article qui nous donne envie d approfondir le sujet ! une journaliste advenir!
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