Donner des moyens d’action aux femmes grâce aux téléphones portables

La téléphonie mobile au service de la capacitation des femmes

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En Afrique, certains villages sont complètement isolés. Les téléphones portables permettent de raccourcir les distances et de relier n’importe qui à n’importe quel endroit sur la planète. Au Women’s Forum organisé en octobre 2012 à Deauville, Cherie Blair, avocate anglaise et fondatrice de la Cherie Blair Foundation for Women, a bien fait comprendre que, selon elle, l’aide au développement économique en Afrique ne pouvait découler que des nouvelles technologies de la communication. Elle et Sanjit Bunker Roy, formateur, activiste social et fondateur du Barefoot College en Inde, sont tous les deux convaincus que les femmes ont un rôle central à jouer dans tout cela.

 

Cet article existe aussi en anglais « Empowerment through Women, technology and mobile phones ». Il a été traduit de l’anglais vers le français par Timothée Froelich.

 

 

 

 

Du 10 au 12 octobre 2012, quelques 1 200 personnes se sont rassemblées à Deauville pour assister à une présentation des modèles de croissance économique mondiale du point de vue des femmes. Au cours d’une conférence intitulée « Creating growth from the bottom up » (Créer de la croissance en partant d’en bas), Cherie Blair et Sanjit Bunker Roy ont ouvert un débat sur les entrepreneuses dans les pays en voie de développement.

 

75% des Hommes sur Terre possèdent un téléphone portable. C’est plus que le nombre de gens ayant accès à l’eau potable. Source: American Center Mumbai / Flickr

 

 

Cherie Blair se bat pour donner aux femmes plus de pouvoir d’action. La Cherie Blair Foundation for Women aide les entrepreneuses à surmonter les obstacles et à développer une activité pour faire vivre leurs familles. « Avec le soutien adéquat, les femmes peuvent relever les défis auxquels elles font face et occuper une place importante dans les économies et les sociétés dans lesquelles elles travaillent et vivent », présente le site web de la fondation.

 

Sanjit Bunker Roy est entrepreneur social en Inde. Son projet insolite vise à développer un nouveau type de profil chez les femmes africaines. Après avoir sélectionné un certain nombre de grands-mères illettrées sur tout le continent africain, il offre à ces femmes la possibilité de venir en Inde pendant 6 mois pour suivre une formation d’ingénieur en énergie solaire. « Elles n’avaient jamais voyagé en dehors de leurs villages. Quand elles reviennent, ce ne sont plus simplement des grands-mères, ce sont de véritables tigresses », se réjouit Bunker Roy. « En Afrique, les femmes peuvent être grands-mères à 35 ans, ce n’est pas comme si elles étaient trop âgées. »

Cherie Blair et Sanjit Bunker Roy s’accordent tous deux à dire que les technologies de la communication sont fondamentales pour le développement économique de l’Afrique. Cherie Blair en est convaincue : « Les banques n’arrivent pas jusqu’aux villages. Mais les portables, si. Sur les 7 milliards de personnes sur Terre, 5 milliards possèdent un téléphone portable. La téléphonie mobile donne accès aux banques, à la finance et au capital. » Et gérer des ressources financières et des épargnes est un levier indispensable à la croissance.

 

L’Afrique est un continent différent des autres. Selon Bunker Roy, la priorité, pour stimuler l’économie africaine, n’est pas de développer le secteur industriel et produire de l’énergie : « Un système décentralisé constituerait la solution adéquate pour l’Afrique. Chacun devrait avoir un panneau solaire installé sur son toit. Chacun participe à cela. »

 

« Ce sont les femmes vivant dans des zones rurales à faibles revenus qui bénéficieraient le plus de la réduction des inégalités des sexes en termes d’accès aux communications mobiles. », selon une étude menée par la Cherie Blair Foundation et ses partenaires. Source : Bill Zimmerman / Flickr.

 

La Cherie Blair Foundation, en partenariat avec la GSMA Association et Vital Wave Consulting, a publié une étude sur le thème des disparités hommes-femmes en matière de téléphonie mobile dans les pays à revenus faibles et intermédiaires. Cette enquête a montré que les femmes qui possédaient un portable se sentaient davantage en sécurité, plus connectées et plus indépendantes.

Comme l’explique Cherie Blair, « il y a des femmes qui ont des projets et qui commencent à développer une activité mais qui se retrouvent confrontées à des obstacles conséquents lorsqu’elles veulent mettre leurs idées à exécution. » Les mentorats représentent le seul moyen de les aider à entrer en contact avec quelqu’un de très expérimenté. « Cela leur permet de franchir un cap. » Les téléphones portables sont indispensables en ce qu’ils créent des relations directes entre les gens autour du monde entier. Dans de nombreux pays, les femmes souffrent avant tout d’un manque d’informations. Dans les pays radicaux, où les droits des femmes sont bafoués, la priorité est toujours d’interdire l’accès à l’éducation aux femmes. Lorsque celles-ci reçoivent une éducation correcte, elles prennent conscience de leurs droits légitimes et tendent à les réclamer. Les populations isolées ont besoin d’informations pour améliorer leur quotidien. Pour lancer un projet, c’est à peu près la même chose. En 2007, une étude menée par Deloitte a fait remarquer qu’une augmentation de 10% du taux de pénétration des téléphones mobiles sur les marchés n’était pas étrangère à la hausse de 1,2% du PIB des pays à revenu bas et intermédiaire.

 

La Cherie Blair Foundation est déjà en train de s’attaquer à ce problème. Il y a quelques mois, au Nigeria, elle a lancé une application pour téléphonie mobile appelée Business Women, qui offre 4 ou 5 fois par semaine des conseils et des informations sur la manière de développer une activité, de faire de la comm, etc. « Nous avons l’espoir de pouvoir atteindre 100 000 utilisatrices avant la fin 2013 », raconte Cherie Blair.

 

Ce qui transparaît dans les propos de Cherie Blair et Sanjit Bunker Roy, c’est avant tout l’idée qu’en renforçant le pouvoir d’action des femmes, on puisse créer des modèles de référence féminins. Cela permet également aux femmes de mieux se connaître. Elles peuvent développer de nouvelles compétences et sont extrêmement disposées à les partager avec d’autres. Les autres femmes autour d’elles prennent conscience de leur force. Leurs familles, leurs enfants et leurs maris ont envie de suivre leurs pas. Voilà ce que c’est de changer les esprits et de donner aux femmes la place et la reconnaissance qu’elles méritent.

 

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