Catastrophes naturelles : l'aide du spatial

Charte Internationale Espace et catastrophes majeures et téléépidémiologie

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Que ce soit pour Haïti ou Fukushima, les satellites ont participé à l’aide aux actions de secours sur le terrain lors des premières heures d’urgence. La Charte Internationale « Espace et Catastrophes Majeures » est un programme unique de coordination des technologies spatiales pour répondre à l’urgence en cas de catastrophe naturelle à grande échelle. De nombreux autres dispositifs de télésanté complètent cette panoplie d’utilisation des satellites notamment pour l’étude de l’émergence de certaines épidémies. Le 19 février, venez rencontrer deux expertes du CNES lors d’une soirée des Mardis de l’Espace dédiée à l’utilisation des images satellites pour des situations de catastrophes naturelles au Café du Pont Neuf.

 

Des données satellitaires pour la gestion des catastrophes

Les satellites naviguent certes dans l’espace mais ils ont souvent les yeux rivés sur nous. Leur potentiel d’observation de la planète Terre peut ainsi avoir un fort impact sur la surveillance des catastrophes naturelles. Le 11 mars 2011, un gigantesque tsunami ravageait les côtes pacifiques du Japon. Chaque année, des catastrophes naturelles (séismes, inondations, feux de forêt...) bouleversent ainsi la vie de millions d’êtres humains. A chaque fois, les organismes de secours chargés de venir en aide aux victimes peuvent demander l’activation de la Charte Internationale « Espace et Catastrophes Majeures. » La Charte a été créée en l’an 2000 à l’initiative du CNES et de l’ESA, rapidement rejoints par l’Agence spatiale canadienne (CSA). Elle a pour objectif de coordonner les moyens mis à disposition sur la base du volontariat par presque toutes les agences des grands pays spatiaux.

Mais que peut apporter le spatial en cas de catastrophes majeures ? L’activation de la Charte permet, dans l’heure qui suit, de programmer des satellites afin d’obtenir des images qui permettront de cartographier les zones sinistrées. Ces informations satellitaires sont nécessaires pour une intervention d’urgence efficace. En zone urbaine, elles identifient les voies de circulation détruites ou les bâtiments endommagés. Lors d’une inondation importante, comme celles qui touchent parfois le Danube en Europe centrale, des cartographies à grandes échelles permettent de localiser les zones fortement touchées par les eaux.

La Charte a notamment été activée lors du tsunami de 2004 dans l’Océan Indien, pour l’ouragan Katerina en 2005 et Haïti en 2010. Depuis sa création en 2000, elle a été activée 433 fois pour des catastrophes météorologiques (inondations, ouragans, tempêtes), des événements géophysiques (glissements de terrain, tremblements de terre), des feux de forêts ou des accidents industriels (marées noires).

 

Télé-épidémiologie et i-santé

Dengue, paludisme, chikungunya… les maladies infectieuses sont très présentes dans certaines régions du monde. Avec l’augmentation de la population urbaine, les migrations parfois massives de réfugiés, l’augmentation du flux de transports aériens, le tourisme ou le réchauffement climatique, ces maladies peuvent apparaître ou réapparaître en des lieux qui en étaient exempts. La Charte active la mobilisation d’énormes moyens de la part des agences spatiales. Elle ne peut être employée pour des phénomènes à évolution lente tels des épidémies. Lors d’événements de ce type, à impacts sanitaires majeurs (épidémie, famine) des dispositifs de télé-épidémiologie et de i-santé sont alors mis en place. Les moyens de télécommunication interviennent notamment dans les projets de désenclavent sanitaire grâce aux soins à distance et à la télé-formation à l’éducation sanitaire. Ils jouent un rôle majeur en cas de gestion de crises humanitaires.

L’apport du spatial à proprement parler se situe surtout dans le domaine du suivi et de la détection d’épidémies. La télé-épidémiologie consiste à analyser la relation « climat-environnement-santé » en s’appuyant sur la technologie spatiale. L’objectif est de mettre en évidence les liens entre l’émergence et la propagation de maladies infectieuses (transmises par des vecteurs : moustiques, eau et air) et les changements climatiques et environnementaux. Dans cette approche multidisciplinaire, il s’agit tout d’abord de déterminer les facteurs environnementaux déterminant l’apparition de la maladie. Il s’agit ensuite de produire des cartes de risque d’émergence en fonction des paramètres accessibles depuis l’espace. Puis, il faut déterminer où et quand l’environnement devient favorable au développement des vecteurs de la maladie. Les points d’eau temporaires sont par exemple un paramètre pour prédire la présence de moustiques. Anticiper l’émergence et la propagation de ces vecteurs potentiellement porteurs de maladies infectieuses lors des saisons chaudes et humides représente un enjeu sanitaire de taille pour certains pays. Cela nécessite une approche multidisciplinaire dans laquelle des entomologistes, des médecins et des acteurs locaux de lutte et de prévention peuvent agir par le biais de moyens appropriés : traitements de zones à risque, déplacement des populations ou du bétail, vaccination… Pour cela, il est nécessaire qu’ils bénéficient d’informations actualisées et précises concernant les zones potentielles de présence des moustiques. Les moyens spatiaux sont ici insérés dans un large dispositif d’alerte précoce impliquant les autorités sanitaires locales et les spécialistes des maladies afin de répondre au mieux aux besoins exprimés.

L’activation de la Charte Internationale permet, dans les premières heures suivant une catastrophes naturelles, de mobiliser les moyens d’observation des agences spatiales afin de cartographier des zones sinistrées. Les programmes de télé-épidémiologie et de télé-santé, quant à eux, mettent la cartographie satellitaire à disposition des services sanitaires. Ils offrent ainsi la possibilité de prévenir au mieux l’émergence de maladies infectieuses comme l’on prévoit aujourd’hui la météo de demain.

De manière générale, le spatial gouvernemental regroupe d’importants moyens technologiques qui font l’objet de recherches et d’améliorations constantes. Leur utilisation dans le cas de crises montre une fois de plus que les développements technologiques scientifiques sont l’occasion pour nos sociétés d’allier nos connaissances et nos compétences technologiques pour le développement de techniques de pointe au service  des êtres humains.

 

Le mardi 19 février, à 19h30, le CNES vous propose de rencontrer Hélène de Boissezon  et Cécile Vignolles, l’une responsable de la coordination des moyens français pour la Charte, l’autre responsable des projets de télé-épidémiologie du CNES. Ce sera un rendez-vous convivial ouvert à tous et que vous pourrez suivre sur Twitter grâce au hashtag #CNESTweetup.

 

Pour en savoir plus :

Lutter contre les épidémies grâce à l'espace http://www.cnes-jeunes.fr/web/CNES-Jeunes-fr/9930-lutter-contres-les-epidemies-grace-a-l-espace.php

La Charte « Espace et catastrophes majeures », sous présidence française http://www.cnes.fr/web/CNES-fr/10586-gp-la-charte-espace-et-catastrophes-majeures-sous-presidence-francaise.php

The International Charter http://www.disasterscharter.org/home

Télé-épidémiologie : prévoir l'apparition des moustiques par satellite http://www.cnes.fr/web/CNES-fr/9510-gp-tele-epidemiologie-prevoir-l-apparition-des-moustiques-par-satellite.php

Charte « Espace et Catastrophes Majeures » : quand chaque seconde compte http://www.cnes.fr/web/CNES-fr/4523-charte-espace-et-catastrophes-majeures.php

 

 

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