Des paparazzis et des tortues

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A Saint-Leu, sur la côte ouest de l’île de La Réunion, un drôle de bâtiment se dresse face à la mer. Avec sa cheminée, vestige d’un ancien four à chaux, Kelonia est une étape obligée pour qui veut découvrir les tortues qui peuplent les côtes réunionnaises. A la fois espace de découverte pour le grand public et centre de recherche, cet observatoire des tortues marines n’accueille pas moins de 120 000 visiteurs par an. Outre visiter des expositions ou assister à des conférences, le public peut aussi contribuer à améliorer les connaissances sur les tortues à travers un programme de recherche participative.

 

Situé sur l’île de la Réunion, Kelonia est un observatoire des tortues marines à la fois espace de découverte pour le grand public et centre de recherche. Vous y apprendrez tout sur la vie des tortues mais aussi sur leur relation tumultueuse avec les hommes. La chair de ces majestueux reptiles était en effet fort appréciée des premiers êtres humains qui s’installèrent sur l’île à partir du 17e siècle. Aujourd’hui, ces espèces sont protégées mais pour préserver et sensibiliser, il faut d’abord connaître. Comment vivent les tortues ? Où se développent-t-elles ? Quels sont les sites de reproduction ? Autant de questions auxquelles les équipes scientifiques de Kelonia tentent de répondre le plus précisément possible.

 

 

Dans cette tâche, les chercheurs sont épaulés par des palanquées de plongeurs-photographes, amoureux des tortues. Plongée après plongée, ces paparazzis de la mer accumulent des dizaines de clichés de ces animaux pris tout autour de île et qu’ils transmettent à Kelonia. Mais attention pour que les chercheurs puissent en tirer quelque chose, il faut que la tête soit bien visible. En effet, une tortue est reconnaissable aux écailles qui ornent chacun de ses profils. Cette signature est spécifique au même titre que les empreintes digitales chez l’homme.

 

L'équivalent des empreintes digitales : les écailles qui ornent la tête des tortues. Photo: P. Pradel, Montage: C. Jean/Kelonia
Tortues kelonia plongeurs paparazzi

 

Grâce à un programme informatique mis au point par l’équipe de Kelonia, on génère à partir d’une photo, un code qui traduit le nombre, l’alignement et la forme des écailles de la tête d’une tortue. Chaque tortue déjà identifiée et répertoriée dans la base de données, a son code et chaque code correspond à une seule tortue. Les plongeurs photographient souvent des tortues déjà répertoriées. Ainsi, au fur et à mesure des années, les données sur les lieux et dates d’observation de chaque individu s’accumulent. On a ainsi établi que les tortues présentes sur les côtes réunionnaises sont attachées à des zones bien précises. Une centaine de plongeurs-photographes contribuent aujourd’hui à ce programme. Une aide précieuse pour les chercheurs comme l’explique Claire Jean, chargée d’étude à Kelonia.

Interview claire Jean sur soundcloud : http://soundcloud.com/marine-soichot/claire-jean-charg-d-tudes

Depuis sept ans, 200 tortues marines ont ainsi été identifiées. Chacune est baptisée par le photographe qui l’a repérée pour la première fois. Charley Saksik est ainsi l’heureux parrain de plus d’une quinzaine de tortues. Après une plongée, il peut envoyer une dizaine de photos à Kelonia, de nouvelles données qui viendront enrichir la base mais cela donne aussi beaucoup de travail à Claire Jean. En effet, pour identifier chaque tortue à partir de ses écailles, il faut retracer le contour de celles-ci à la main. Un travail fastidieux pour une seule personne. Les plongeurs plongent et les photos à traiter s’accumulent. Et si chacun s’y mettait ? C’est l’idée développée dans une nouvelle application web qui permettra bientôt aux plongeurs-photographes d’enrichir directement la base de données Torsooi développée par Kelonia, l’Ifremer et l’Université de la Réunion.

 

Découvrez une tortues, tracez-la et baptisez-la sur Torsooi développée par Kelonia http://torsooi.com/index.php?page=Public.PhotoIdentification
capture écran traçage tortues

 

Chacun pourra ainsi télécharger ses photos, procéder au détourage et connaître tout de suite l’identité de la tortue si celle-ci est déjà répertoriée. Si ce n’est pas le cas, libre à son découvreur de la baptiser. Il recevra ensuite des nouvelles à chaque fois qu’elle sera repérée par d’autres plongeurs.

D’autres institutions de recherche et de culture scientifique développent de tels programmes de recherche participative. Le Muséum National d’Histoire Naturelles propose ainsi à chacun de devenir un observateur des papillons de son jardin. Ces programmes ont souvent pour but de récolter des données. Les outils du web 2.0 permettant le crowdsourcing (l’approvisionnement par la foule) leur donnent des dimensions jusque là inimaginables. Mais la saisie de données est souvent rébarbative et fastidieuse, il est donc indispensable de rendre ces programmes attractifs. A l’image de Fold it, un jeu sur le pliage des protéines, les ressorts ludiques se révèlent très efficaces pour motiver et impliquer le public à participer.

 

A propos de l'auteur

 

Agrégée de biologie et docteur en sciences sociales, Marine Soichot s’est spécialisée dans la communication des questions de société mêlant sciences et environnement. Elle est aujourd’hui chef de projet en ingénierie culturelle sur l’île de la Réunion. Elle y développe un nouvel équipement culturel et touristique sur le thème de l’eau. Voici son site web, son compte Twitter et sa page Facebook.

 

En savoir plus :

 

Voici le lien vers Torsooi, site d'identification de tortues grâce à des photographies  http://torsooi.com/index.php?page=Public.PhotoIdentification

 

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Des paparazzis et des tortues | Science 2.0 news | Scoop.it : [...] A Saint-Leu, sur la côte ouest de l’île de La Réunion, un drôle de bâtiment se dresse face à la mer. Avec sa cheminée, vestige d’un ancien four à chaux, Kelonia est une étape obligée pour qui veut découvrir les tortues qui peuplent les côtes réunionnaises. A la fois espace de découverte pour le grand public et centre de recherche, cet observatoire des tortues marines n’accueille pas moins de 120 000 visiteurs par an. Outre visiter des expositions ou assister à des conférences, le public peut aussi contribuer à améliorer les connaissances sur les tortues à travers un programme de recherche participative. (...) - par Marine Soichot, Blog MyScienceWork, 6 septembre 2012  [...]
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