L’économie sociale et solidaire : hier aujourd’hui et demain…

Des origines aux nouvelles formes d'un secteur d'avenir

General Public
Specialist

Un jeudi après-midi dans un amphi du campus de Clignancourt, des étudiants se rencontrent pour découvrir ce qu’est « l’économie sociale et solidaire ». Au travers de témoignages, les mots tels que micro-crédits, AMAPs, mutuelles prennent tout leur sens. C’est un secteur d’avenir porteur de valeurs qui est dévoilé… L’occasion également de remonter un peu dans le temps, de comprendre dans cet article les origines de ces alternatives économiques et les nouvelles formes qu’elles prennent aujourd’hui…

 

« Tu peux dire que je suis un rêveur mais je ne suis pas le seul »

Ce slogan1 est celui de la l’associationDREAM créée en 2008 par les délégués français au Congrès Mondial des Jeunes. Elle possède un incubateur de projets sociaux, solidaires et environnementaux. Leur but : rappeler que les jeunes d’aujourd’hui sont les dirigeants de demain et qu’ils représentent une force capable de créer un changement positif. Leurs actions et les projets soutenus par la DREAM team s’intègrent entièrement dans l’économie sociale et solidaire (ESS). Plusieurs fois par mois, ils organisent des Pot Party. Le concept : regrouper les étudiants des universités de Paris IV afin de promouvoir plus de convivialité entre eux et de leur montrer d’autres perspectives d’avenir. Le dernier en date auquel MyScienceWork a assisté, s’est déroulé sur le campus de Clignancourt, un grand chantier austère à première vue. Autour de jus de fruits biologiques et de cookies issus du commerce équitable, ces étudiants en sciences humaines et sociales (SHS) ont rencontré plusieurs acteurs de l’ESS. Ils ont pu leur poser des questions et s’ouvrir de nouvelles portes quant à leur orientation professionnelle. Julie Deschepper, en service civique pour DREAM, insiste sur les débouchés qu’ouvrent des projets d’ESS.

 
" En SHS, on parle toujours des métiers liés à la culture, au patrimoine et à l’enseignement mais on occulte bien trop souvent les métiers de l’entreprenariat social et solidaire alors qu’ils permettent d’allier profession et passion…" 
 

Ces propos ont été repris par Pierre Mahuteau, de l’Atelier. En travaillant pour ce centre de Ressources régional de l’ESS, il a lui aussi réussi à trouver un moyen de concilier un métier à des valeurs qui lui étaient chères. « Une vraie preuve pour montrer que le bénévolat peut rejoindre le boulot ». Mais que se cache-t-il derrière cette expression « l’ESS » regroupant les mots « économie » et « sociale et solidaire » aux premiers abords antinomiques ?

DREAM team economie sociale et solidaire
Julie Deschepper a bénévolement rejoint la Dream Team dans le cadre d’un service civique volontaire © MyScienceWork

 

 

L’Economie Sociale et Solidaire : une économie au service de l’humain

Selon Pierre Mahuteau « l’ESS est une manière d’entreprendre différemment. » Tout en étant viable économiquement, elle met en premier lieu l’accent sur des valeurs humaines et de solidarité. Le développement social et la cause environnementale sont en effet au cœur des préoccupations de cette économie. Ils en sont même le moteur. L’ ESS s’est développée un peu partout dans le monde en prenant des termes et des styles différents selon les pays : économie populaire pour les uns, économie sociale pour les autres. Les valeurs sont cependant bien les mêmes : prôner une société dont une des composantes est le marché plutôt qu’une « économie de marché" . Bien que les projets se multiplient de par le monde et que ces deux mots soient très à la mode aujourd’hui, ces idées et valeurs sont loin d’être récentes. Elles se sont par la suite adaptées afin de correspondre aux problématiques actuelles.

 

Au commencement : la naissance d’une économie sociale…

L'économie sociale est née au milieu du 19ème siècle en Europe. La volonté était de fixer les productions de biens et de services non pas pour quelques personnes privilégiées mais pour les besoins du plus grand nombre. Cette alternative émerge alors que les dégâts du capitalisme et de la révolution industrielle commencent à se faire sentir. Des penseurs sociaux décident de réfléchir à la façon collective de produire des biens et des services. Ils créent de nouveaux types d’organisations avec des statuts juridiques particuliers : ce sont les mutuelles, les coopératives et les associations. Dès 1848, on répertorie en France plus de 10 000 associations et 400 sociétés de secours mutuel. En 1901, une loi institue la liberté associative et c’est dans les années 1930 qu‘apparaissent la MAIF (Mutuelle d'Assurance des Instituteurs de France) et la GMF (Garantie Mutuelle des Fonctionnaires).

Ces organisations partagent différents principes. La libre adhésion en étant l'un des principaux : l’adhésion est ouverte à tous et est faite de façon volontaire. Ensuite, le principe du « but non lucratif » est certainement le plus connu.  Tout le monde a déjà entendu la phrase « association 1901 à but non lucratif ». L’objectif n’est pas le profit des membres mais celle de l’organisation. Un autre principe à valeur fortement démocratique est celui "d’un membre, une voix". Chaque membre a des droits de vote égaux qu’il soit le président de l’organisation ou un simple employé. Pour l’aspect financier et économique, c’est l’indivisibilité des réserves qui s’applique. L’organisation possède un patrimoine collectif et impartageable. Chaque membre souscrit au capital sous forme de parts sociales. La rémunération se fait sous forme d’un intérêt fixé chaque année en fonction des résultats de l’organisation. Ces statuts et formes juridiques ont créé les bases de ces organisations (associations, banques coopératives, mutuelles…) et leur ont donné une viabilité dans notre monde économique. Mais depuis quelques décennies, de nouvelles formes émergent.

 

L’économie solidaire : un engagement citoyen avant tout

 

Ces nouvelles initiatives prennent la forme d’AMAP, de micro-crédits, d’associations de consommation durable… Elles répondent à des besoins actuels concernant le développement durable et les impacts néfastes de la mondialisation. Le moteur de ces actions est le citoyen lui-même qui se questionne sur des problématiques socio-économico-politiques et souhaite créer des solutions. Ces initiatives peuvent être regroupées sous le terme d’économie solidaire.

L’économie solidaire partage les mêmes racines que l’économie sociale. Mais tandis que cette dernière se définit plus par ses statuts, l’économie solidaire se distingue par les initiatives concrètes et les expérimentations que chacun tente. C'est donc également une façon de retrouver sa place d’acteur au sein de la société. L’économie solidaire explore ainsi d’autres modes d’organisation démocratique et participative. Elle s’est développée notamment face aux crises qui nous touchent depuis quelques décennies. Crises économiques bien entendu mais crises environnementales également. Par exemple, les AMAPs (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) créent un lien direct entre paysans et consommateurs favorisant une agriculture locale et biologique. Elles ont fleuri un peu partout en France depuis quelques années, et fortes de leurs succès, les listes d’attentes sont longues pour pouvoir en intégrer une. Dans le domaine de la finance, les micro-crédits se sont largement développés. La première institution de micro-crédit a été créée au Bangladesh par l’économiste Yunus Muhammad en 1983 avec la « Grameen Bank ». L’idée est de proposer à quelques agriculteurs délaissés des banques des micro prêts de quelques dollars en utilisant au départ de l’argent personnel. Yunnus Muhammad fut d'ailleurs récompensé en 2006 par un prix Nobel de la paix pour cette initiative de « promouvoir le développement économique et social à partir de la base ». Le modèle s’est exporté partout dans le monde. Aujourd'hui près de 300 millions de personnes dans le monde bénéficient, directement ou non, de micro-crédits.

Ces initiatives se développent amplement car elles répondent aux besoins des citoyens de faire changer les choses. Elles sont aussi reconnues en France depuis 2000 par la création d’un Secrétaire d’Etat à l’économie solidaire. Certains collectifs et partis politiques l’intègrent même comme élément clef de leurs programmes ou réformes (Roosevelt 2012).

Aussi, pour faire naître des idées et des actions auprès des adultes de demain, rien de mieux que de se retrouver et de discuter ensemble autour d’un pot de l’association DREAM pour que « les rêveurs « réalistes » deviennent de plus en plus nombreux.

 

En savoir plus

 

You may say that I'm a dreamer but I'm not the only one. John Lennon (c)MarkHenley  http://markhenley.photoshelter.com/image/I0000ap2n8oAK2HI

 

Sources

 

Economie sociale et solidaire sur solecopédia http://fr.solecopedia.org/index.php/Économie_sociale_et_solidaire

Face aux défis actuels, l'économie sociale: une idée d'avenir?  http://www.financeresponsable.fr/face-aux-defis-actuels.php

Cours de sociologie de l'économie de Jean Louis Laville du CNAM : http://portail-formation.cnam.fr/ecole-management-societe/droit-intervention-sociale-sante-travail/metiers-du-social/sociologie-economique-208760.kjsp

 

2
recma, revue internationale de l'économie sociale : Bonjour, merci pour cet article. Permettez moi d'indiquer que la Recma, revue internationale de l'économie sociale, propose depuis plus de 90 ans des analyses théoriques ou pratiques du fonctionnement des entreprises de l'économie sociale (et solidaire ; sur la distinction-convergence française entre les deux concepts, voir particulièrement http://www.recma.org/node/864) www.recma.org Coopérativement
Reply to this comment
mypelyclomy : L’économie sociale et solidaire : hier aujourd’hui et demain… hlsqlz kccajno isadfg air jordan hfwgxkar http://frpoloralphlaurenensoldes.blogspot.com/ mnqiwps ubkmd
Reply to this comment
Comment on this article
Become a scientific journalist
Help popularize science!
suggest-article Submit an article

Thematic Collections

  • Science 2.0

    News and the development of Science 2.0

    [Open Access Interviews] Odile Hologne
    [Open Access Interviews] Odile Hologne
    Open communities bring the Open Access Button to life
    Open communities bring the Open Access Button to life
  • Women In Science

    The place of women in science, portraits of women scientists

    The First European Women Researchers Day: “Let us add more than a factor of two!”
    The First European Women Researchers Day: “Let us add ...
    Tomorrow, European Women Researchers Day Launches in Paris
    Tomorrow, European Women Researchers Day Launches in Par...
  • Open Access

    All about open access in science

    [Open Access Interview] Christine Ollendorff: “Opening science to citizens is one of the main goals of open access.”
    [Open Access Interview] Christine Ollendorff: “Opening...
    [Open Access Interviews] Hervé Le Crosnier
    [Open Access Interviews] Hervé Le Crosnier