Ce qu’il faut savoir des méthodes de sondage

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Quatre jours avant le vote des français pour les présidentielles 2012, le journal Libération titrait ‘Sondage Harris : « Sarkozy toujours en tête devant Hollande au 1er tour »’. Pour conforter cette annonce, il présentait Nicolas Sarkozy avec 28 % des intentions de vote contre 27% pour François Hollande. Or, l’erreur moyenne de ces sondages est évaluée à 3%. Il est donc primordial de porter un regard critique sur ce type d’annonces. En cette veille d’élection, nous vous proposons un tour d’horizon des méthodes, des biais et des sources d’erreurs dans les coulisses des instituts de sondage.

 

L'échantillonnage

Il est souvent impossible d’étudier l’opinion d’une population entière, ce serait trop long et coûteux. Les enquêtes par sondages utilisent des méthodes statistiques pour évaluer un paramètre à partir d’un échantillon de la population (par exemple les intentions de vote). Les instituts de sondage privés prennent généralement des échantillons de 1000 personnes ce qui est assez petit. L’erreur théorique sur de tels échantillons est d’environ 3%. Mais en pratique ce taux est plus élevé. Notons que, sur un échantillon de 1000 personnes, si 40% se déclarent indécis alors seuls 600 répondants ont donné une réponse fiable. La marge d’incertitude augmente lorsque la taille de l’échantillon diminue. En pratique, le taux d’erreur est donc probablement supérieur à 4%.

 

La difficulté majeure des études de sondages est la qualité de l’échantillon. On distingue couramment deux méthodes. La ‘méthode probabiliste’, aussi appelée ‘sélection aléatoire’, donne les résultats les plus fiables. Elle consiste en un tirage ‘au hasard’ d’individus parmi l’ensemble de la population. Cette méthode attribue à chaque individu la même chance d’être sélectionné. Mais les instituts privés n’ont pas accès aux listes gérées par l’INSEE. Ils sont donc contraints, pour construire des échantillons représentatifs de la population, d’utiliser une autre méthode dite ‘des quotas’. Celle-ci consiste à construire un échantillon respectant la répartition de la population étudiée selon plusieurs critères (sexe, âge, répartition géographique, catégorie socio-professionnelle…). Moins coûteuse et plus rapide, cette méthode nécessite que des précautions soient prises afin d’assurer une bonne représentativité de la population ciblée.

 

Selon la Commision des Sondages, au soir du second tour de la présidentielle, il y aurait eu presque 400 sondages publiés pour cette campagne, soit près d'un tiers en plus par rapport à 2007.
 
sarkozy Hollande sondage
 
 

Les méthodes de collecte

Une fois les quotas de l’échantillon définis, il faut sélectionner les enquêtés et réaliser les interviews. Il existe principalement trois procédures d’enquêtes : appel téléphonique, envoi d’emails, face à face. Chaque méthode risque d’introduire un biais différent. Le biais est une erreur systématique qui décale le résultat. Les appels en journée et en semaine favorisent par exemple une surreprésentation des chômeurs, des retraités et des femmes au foyer. Ceci peut influencer les résultats par exemple si la question porte sur le temps d’heures de travail des individus.

 

Les méthodes de collecte ont évolué depuis 10 ans. Le face à face se fait de plus en plus rare car il est plus onéreux et complexe. Les enquêtes téléphoniques se sont généralisées et les enquêtes via internet sont de plus en plus pratiquées. L’élection présidentielle 2012 est unique. Il s’agit de la première campagne électorale accompagnée de sondages sur internet*. Hormis le fait qu’internet ne permette de sonder que les internautes, cette dernière méthode, si elle repose sur une méthodologie solide, comporte de nombreux avantages (sincérité meilleure des réponses aux questions sensibles,  utilisation d’images et de supports écrits). La manière de formuler les questions et le contact humain entre enquêteurs et enquêtés sont aussi des facteurs supposés influencer les réponses.

 

Ainsi, au premier tour des présidentielles de 2002, les sondages téléphoniques se heurtaient à une forte sous-déclaration des intentions de votes pour Jean-Marie Le Pen. La défaite de Lionel Jospin face au candidat du Front National n’avait donc pas pu être anticipée. Cet exemple montre les limites des enquêtes de sondages. On peut penser qu’en 2012 les enquêtes par internet recueillent plus fidèlement les intentions de vote en faveur de la candidate du Front national. Toutefois, certains biais de sondages ne sont pas quantifiables.  Par ailleurs, les instituts s’efforcent de gérer le biais de sélection dû aux personnes qui ne répondent pas ou refusent de répondre. En cas de non-réponse, il faut tenter de remplacer l’enquêté par son « sosie sociologique ou politique. »

 

Les instituts ne s’arrêtent pas aux résultats bruts, mais effectuent des redressements de l’échantillon pour améliorer la précision de l’estimation et surtout pour corriger les biais. Cette opération consiste à comparer les sondages des votes antérieurs aux résultats de ces élections passées. Les personnes  appartenant à un groupe sous-représenté dans l’échantillon se voient alors affectées d’un coefficient supérieur à  la moyenne. Plusieurs méthodes de redressement sont appliquées aux résultats suivant des critères politiques ou sociologiques. Après 2002, on a attribué un coefficient supérieur aux électeurs de Jean-Marie Le Pen pour corriger la sous-déclaration de certains électeurs. Or, depuis 2002, le FN a été un peu ‘dédiabolisé’. Les coefficients antérieurs conduiraient alors à surestimer les votes pour ce parti. Les traitements opaques des données par les politologues nuisent à la valeur scientifique de tout ou partie de ces enquêtes. « C’est pour cette raison que le Sénat a souhaité que la loi régissant ces enquêtes soit révisée, » évoque Benoît Riandey, statisticien à l’Institut National (INED) et président du groupe Enquêtes de la SFdS. « Le sénat a voté à l’unanimité une proposition de loi visant à améliorer la transparence des méthodes des sondages d’intention de vote. La FSdS avait été consultée par le Sénat. Depuis, nous avons mis en ligne des textes pédagogiques sur les enquêtes par sondages. La proposition de loi du Sénat citée n’a pourtant jamais été mise à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale et n’a donc pu être adoptée… »

 

Il est probable que la publication des sondages exerce elle-même une influence sur les intentions de votes favorisant par exemple le vote utile ou plus généralement un vote stratégique. Les sondages évalueraient donc un environnement qu’ils modifient dès la publication des résultats. Ceci pourrait amplifier l’avance de certains candidats, étouffer la présence des ‘petits partis’. Ceci constitue surtout un frein à la liberté individuelle de réponse.

 

 

Eléments de statistiques sur la précision

Une fois l’échantillon construit et les résultats obtenus, ces derniers doivent être analysés. Des méthodes d’estimation permettent alors de dégager des tendances dans les réponses obtenues. La faible taille des échantillons et les biais cités ci-dessus doivent inciter à la prudence. L’estimation est la valeur que le calcul donne pour le paramètre étudié, par exemple la fraction d’électeurs votant pour le candidat X. On ne connaît jamais la valeur réelle, seulement une estimation de celle-ci. Le calcul de l’estimation comporte une "erreur". Celle-ci se compose du biais et de la variance. La variance traduit l’instabilité des résultats obtenus d’un échantillon à l’autre. Si l'on obtient 28% ± 2% pour le candidat X et 27% ±2% pour le candidat Y, l'écart entre les deux candidats est très peu significatif. Ne rapporter que 28% et 27% et en conclure que "ce candidat est en avance sur l'autre" est équivalent à dire "fumer 44 cigarettes par jour est plus grave que fumer 43 cigarettes par jour". Estimer l’erreur est primordial pour connaître l'incertitude du résultat final.

 

« Certains instituts de sondage commencent à associer à leurs résultats des intervalles de confiance ‘à 95%’ », explique Avner Bar-Hen,  ancien président de la Société Française de Statistiques et enseignant-chercheur en probabilités et statistiques à l’université Paris Descartes. Il y a alors 95% de chance que la paramètre réel soit dans l‘intervalle défini. Au contraire de la sélection aléatoire, la méthode des quotas ne permet pas facilement de calculer l’erreur et l’incertitude sur le résultat. Plus l’échantillon est complexe, plus le calcul de la variance et des estimateurs sera ardu.

 

Comment lire les sondages ?

Les échantillons des instituts privés sont petits et les sources d’erreurs et de biais nombreuses. Dans les médias, les sondages sont souvent associés aux mentions ‘l’échantillon représentatif’ ou ’selon la méthode des quotas’. Ceci ne reflète pourtant pas la qualité du sondage. Le taux d’indécis et le taux de réponses seraient au contraire des informations intéressantes à communiquer. Si les sondages électoraux ne constituent qu’une faible part des revenus des instituts privés, ces derniers ne donnent pourtant jamais l’accès aux données brutes. Mais concrètement comment faire pour bien comprendre les résultats ? Il serait très intéressant d’observer les évolutions des résultats au cours du temps mais à condition de conserver les mêmes méthodes. On neutraliserait alors le biais constant entre les enquêtes. En principe, à la demande de la Commission des sondages, les instituts utilisent la même méthode de redressement au cours d’une campagne électorale.

 

Par essence du sondage, les instituts ont droit à l’erreur. Mais il est par contre peu probable qu’ils se trompent tous en même temps. La synthèse des résultats de tous les instituts de sondages est l’analyse la plus pertinente que l’on puisse faire. Le site du Nouvel Observateur propose par exemple un comparatif des résultats de sondages par instituts et par candidats. Ce genre d’analyses permet de lisser les biais, les erreurs. On voit par exemple que les résultats des premiers sondages sont très dispersés car un an avant la date du vote le nombre d’électeurs indécis est très grand. Le blog ‘Sondages 2012 pour l’élection présidentielle’ propose chaque lundi un indicateur agrégé des sondages. « Il consiste en une moyenne pondérée de tous les sondages publiés par les 9 instituts français. » Ce blog offre une analyse pertinente de l’évolution des sondages car il convient vraiment de ne pas se cantonner à quelques chiffres pour juger d’une chose aussi subtile que l’opinion d’un peuple.

 

Mais, au final, le mieux serait de recourir à de nouvelles méthodes plus significatives, par exemple des enquêtes sur les préférences plutôt que les intentions de vote. « Ainsi le 23 août dernier, explique Benoît Riandey, le journal Le Monde a publié les résultats d’une enquête au cours de laquelle il a été demandé à un échantillon de personnes de noter de 0 à 10 un grand nombre de personnalités politiques potentiellement candidates. La note 0 signifiait que la personne était certaine de ne pas voter pour ce candidat alors que 10 annonçait une certitude de 100% de voter pour lui. Ces résultats, très illustratifs du potentiel de ces personnalités tant en termes d’intentions de vote et de reports de voix étaient beaucoup plus pertinents que de pseudo-intentions de vote à cette époque très préélectorales. »

 

* Le premier sondage  électoral  français par internet a été testé en 2007 par l’institut Opinion Way.

La commission des sondages, instituée par la loi de 1977  relatives aux sondages électoraux est chargée de les contrôler en sorte  que la sincérité du vote ne soit pas affectée par des sondages trompeurs ou de qualité insuffisante.

 

En savoir plus :

 

Le site de la Société Française de Statistique (SFdS) met en ligne des textes pédagogiques sur les sondages qui sont faciles à lire et édifiants http://www.sfds.asso.fr/228-Sondages_electoraux

 

Loi du 19 juillet 1977 relative à la publication et la diffusion de certains sondages d’opinion http://www.commission-des-sondages.fr/lois/lois.htm

 

Méthodes de sondage par les sites de Institut National d’Etudes Démographiques (INED) http://www.ined.fr/fr/ressources_documentation/enquetes/outils_methodes/

 

 

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Laurent Brasier : Je vais répondre en tant que journaliste ET ancien sondeur pendant 11 ans. Il y a certes des choses intéressantes à savoir pour le grand public dans cet article, mais il me laisse globalement le sentiment de passer à côté de la plaque et de nourrir la posture anti-sondage à la mode qui, je le confesse, me sort par les yeux. Je me limiterai à quelques observations désordonnées : - Lister les incertitudes et les limites méthodologiques est un exercice légitime mais qui 1) n'a guère d'utilité en soi (d'autant que ces informations sont disponibles partout) et 2) n'a, en fait de vulgarisation, qu'un seul effet sur le lecteur : donner l'impression que tout cela est bidon - ce qui, j'espère, n'est pas le but recherché. Cela revient à lire une publication scientifique en recensant toutes les sources d'erreurs possibles, et uniquement cela. On est bien avancé. - Plutôt que d'alimenter involontairement le moulin "complotiste", ne serait-il pas plus intéressant, pour une fois, de changer de perspective. Il serait peut-être profitable de se poser la question suivante : pourquoi il y a-t-il des dizaines de milliers de sondages depuis des dizaines d'années à travers le monde qui 1) sont méthodologiquement quasi identiques et 2) fournissent des approximations tout à fait correctes de l'état de l'opinion ou d'un marché et même, pour les sondages politiques, de ce que seront les actes de vote réels. Ce doit sûrement être parce que la méthode est à chier... Oui, il y a eu 2002. Mais il y a eu aussi toutes les autres élections, dans lesquelles, pour les grandes listes et pour la plupart des instituts sérieux, les intentions de votes exprimées diffèrent le plus souvent des votes effectifs de 0,5 ou 1 point seulement. - Ce changement de perspective permettrait de poser le problème des sondages de façon un peu plus constructive. a) Les tailles d'échantillon ne sont pas le problème, en règle générale. Non, non et non, un sondage sur 1000 personnes n'est pas un "petit échantillon". Tous les sondages d'opinion reposent sur ces échantillons. Ce n'est pas pour rien. C'est un optimum coût/fiabilité. Et oui, c'est suffisant pour avoir une estimation correcte de l'état de l'opinion sur n'importe quel sujet, ce qui est le but d'un sondage. b) Le mode de recueil ne l'est pas non plus, le plus souvent, et s'il l'est, ce n'est pas en soi mais par rapport à une problématique pour laquelle il ne serait pas appropriée. c) Les libéllés des questions et les modalités de réponse mériteraient en revanche plus d'attention, car ils sont rarement communiqués et c'est souvent là que se nichent les biais les plus importants. d) Les interprétations, quant à elles, constituent l'essentiel du problème et s'il y a un sujet à vulgariser c'est celui-ci et uniquement celui-ci, comme vous le faites à la fin (la marge d'erreur de tant, on s'en tape: une fois qu'on a assimilé qu'un sondage est une estimation et pas la prédiction des chiffres du loto, ça va mieux, et il y a une marge d'erreur différente pour chaque chiffre en plus, ce n'est pas seulement une question d'effectifs de répondants mais aussi de pourcentage de résultat) ; il convient à ce sujet de faire comprendre, pour faire très court, qu'un sondage isolé n'a pas vraiment d'intérêt ce sont des mesures barométriques et qui doivent s'apprécier comme telles. Les variations d'une vague à l'autre sont en règle générale des non événements, sur lesquels il n'y a rien à dire, et ce sont dans ce cas les commentaires qui en sont fait à tort et à travers qui sont abusifs. Ainsi le sujet n'est pas de savoir si Machin grimpe ou baisse de 1 point (le commentaire devrait alors être: "Machin reste stable, d'un point de vue statistique, passez votre chemin y a rien à voir"), mais bien la forme de sa courbe sur une période donnée, et éventuellement les écarts en début et fin de période qui peuvent être de quelques points et commencer, pour le coup, à signifier quelque chose sur un plan statistique. e) La sempiternelle question est-ce que les sondages influencent l'opinion n'a pas de réponse ; sans doute parce qu'il n'y a pas de question. On peut là aussi retourner le problème : y a-t-il quelque chose qui n'influence pas l'opinion ? Et est-ce qu'il devrait y avoir quelque chose qui n'influence pas l'opinion ? Bref, je suis un peu énervé, et j'estime ma marge d'erreur à au moins 3%. Ce qui, une fois précisé, conduira le profane à se dire qu'on n'est sûr de rien et qu'il ne faut pas "croire" ni les sondeurs ni leus commentaires .
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Cagnache Eric : Salut, tu écris que la méthode des quotas est utilisée à cause d'un problème de fichier INSEE, ce n'est pas la seule raison. Il y a un problème de biais avec la méthode probabiliste (sélection aléatoire), c'est que toutes les personnes contactées ne répondent pas au sondage (ce qui devrait être le cas pour que la théorie fonctionne, c'est pour ça qu'on est légalement obligé de répondre au recensement). Du coup, comme les ouvriers ont plus tendance à ne pas répondre que les cadres, si on fait une sélection purement aléatoire, les ouvriers seront sous-représentés. Selon un sondeur avec qui j'ai discuté, pour obtenir 1000 réponses, il lui faut "contacter" entre 7000 et 10000 personnes. Un aspect positif du nouveau programme de seconde, c'est que l’échantillonnage est désormais au programme. A partir du nombre de votant, les élèves peuvent calculer l'intervalle de confiance au seuil de 95%. Exemple de cours de seconde Avec ce chapitre, on forme les futurs électeurs à être critique sur les résultats des sondages.
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Laurence Bianchini : Merci pour votre commentaire. Il me semble que nous soyons d'accord sur la plupart des points que vous citez. Dans cet article, j'ai voulu pointé du doigts quelques éléments clé des sondages : qu'est-ce qu'un échantillon représentatif? Qu'est ce qu'un estimateur? Les erreurs sur les valeurs obtenues etc. J'ai voulu initier quelques discussions sur la transparence des instituts privés, les annonces des médias parfois hâtives, les alternatives aux sondages sur les intentions de vote etc. Je vous souhaite un bon weekend électoral.
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Laurence Bianchini : Effectivement Eric, les non-répondants imposent un fort biais sur les résultats, surtout si plusieurs d'entre eux appartiennent à un même sous-ensemble (les ouvriers par exemple). Merci d'avoir partagé avec nous cette information concernant le nouveau programme de mathématiques en classe de 2de. Les mathématiques appliquées et les statistiques sont essentielles pour comprendre certains aspects de nos sociétés.
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Ce qu’il faut savoir des méthodes de sondage | CompiegneLive | Scoop.it : [...] background-position: 50% 0px ; background-color:#222222; background-repeat : no-repeat; } blog.mysciencework.com (via @virsimon) - Today, 3:16 [...]
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Indicateur agrégé du 20 avril 2012 et écarts entre sondeurs: les données graphiques « Sondages 2012 pour l'élection présidentielle en France : [...] 5. A titre de post-scriptum, je cite le blog “my science work”, qui fait l’honneur à ce modeste blog artisanal de le citer dans un article général sur les sondages: http://blog.mysciencework.com/2012/04/20/il-faut-savoir-des-methodes-de-sondage.html [...]
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Laurent Brasier : Laurence, L'intention de lancer des discussions est louable ; mon inquiétude porte sur le résultat produit. Aujourd'hui, on entend dire : je ne "crois" pas aux sondages, de la même façon qu'on ne "croit" pas à l'évolution ou au réchauffement climatique - c'est moins grave mais cela procède des mêmes confusions. Dans ce contexte, un tour d'horizon des biais et des sources d'erreur pour présenter le sujet m'inquiète un peu (vous vous basez d'ailleurs sur un article intitulé "déjouer les pièges des sondages" révélateur de l'état d'esprit général). J'espère qu'il n'y aura pas demain de surprise Mélenchon ou Le Pen... Ca sera encore de la faute des sondeurs.... Bon vote !
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Laurence Bianchini : Pourtant je ne connais pas l'article que vous citez. Je me suis uniquement basée sur des entretiens avec des chercheurs de la société française des statistiques.
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Cagnache Éric : Vous écrivez "Cela revient à lire une publication scientifique en recensant toutes les sources d’erreurs possibles, et uniquement cela. On est bien avancé." Lisez une publication scientifique et vous n'aurez pas besoin de "recenser toutes les sources d’erreurs possibles" car c'est l'auteur qui les indiquera et les discutera. Qu'attendent les instituts de sondage qui se revendiquent scientifiques pour faire de même ? Où sont les graphiques avec les barres d'erreurs indiquées ? Je n'en ai vu aucun de toute la campagne (J'ai vu un tableau avec la compilation des barres d'erreurs au début d'un sondage, mais c'était hors de portée de la plupart des gens voire même des journalistes) D'un coté vous écrivez que "Les interprétations, quant à elles, constituent l’essentiel du problème" et de l'autre "la marge d’erreur de tant, on s’en tape" alors que c'est le seul outil permettant de faire l'analyse. Comment peut-on interpréter une hausse de 1 point comme une stagnation et une hausse de 5 points comme une évolution significative si on ne sait pas que l'erreur est de 3 points (par exemple) ? Vous écrivez "Les tailles d’échantillon ne sont pas le problème, en règle générale." Si, la taille de l'échantillon est un problème quand on voit un sondage réalisé sur moins de 200 personnes faire la une d'un journal (Le Monde, 9 avril 2012). Pour que la taille ne pose pas de problème, il suffit d'indiquer les erreurs qu'elle implique. D'ailleurs pour convaincre les gens que sonder 1000 personnes suffit à connaître l'opinion de 40 millions de personnes, il faut leur dire : "les mathématiques montrent que la barre d'erreur est de SEULEMENT 3 points (voire moins suivant les pourcentages) quand on interroge 1000 personnes" et même moi, je trouve ça assez bluffant. En clair, il faut instruire les citoyens. Votre réponse sur le ton "N'informez pas trop les gens, ils vont se méfier" ne peut qu'alimenter la "théorie du complot". Si les gens en sont réduits à dire "Je crois" ou "Je ne crois pas au sondage", c'est parce que les journalistes présentent les résultats comme exacts, sans (barre d') erreur ni incertitude. Ça leur plait parce qu'ils peuvent ainsi jouer au tiercé avec les candidats ("Ho la la, Nicolas passe devant ... ah non, il se fait rattraper par François". Si les barres d'erreur étaient indiquées, plus personne ne pourrait écrire de manière crédible "Machin grimpe ou baisse de 1 point" comme vous le dénoncez. Mais c'est peut-être ça le problème ? Peut-être que ça arrange les journalistes de jouer à la course et que les instituts de sondage ne veulent pas leur faire de tord ... Bref, indiquez clairement les barre d'erreurs.
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Bruno : Bonjour, Je partage pas mal de choses écrites dans ce post. Sachez toutefois que tous les sondeurs ne sont pas réticents à donner plus d'informations sur leurs enquêtes. J'ai moi même publié avant le premier tour les tableaux de redressement de notre dernier sondage publié, sur notre blog http://opinionlab.opinion-way.com/blog_entry/28/les-bruts-de-quoi-parle-t-on-au-juste.html Cela permet de comprendre la nécessité de corriger les données, même si l'on peut aussi constater que la méthode ne fonctionne pas parfaitement
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Antoine Taly : Bonjour, Vous dites "Lister les incertitudes et les limites méthodologiques est un exercice légitime mais qui 1) n’a guère d’utilité en soi (d’autant que ces informations sont disponibles partout)". Je ne suis pas d'accord: 1) pour ce qui est du domaine scientifique encourager l'esprit critique est forcement une bonne chose; 2) vous dites que ces informations sont disponibles partout mais vous pourriez bien être biaisé étant donné votre passé. La ou je suis totalement d'accord c'est qu'il faut arrêter d'interviewer des directeurs d'instituts de sondages comme si c'étaient des oracles. Mais là ils sont les premiers fautifs a faire toutes ces interprétations alors qu'ils savent très bien qu'elles sont douteuses.
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Antoine Taly : Merci beaucoup pour cette précision. Je suis persuadé que la transparence est la meilleure solution. rien n'est parfait mais si on peut évaluer un outil on peut l'utiliser!
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Laurence Bianchini : Merci beaucoup pour ces échanges. Je me suis permise de rajouter, dans cet article, un lien vers les calculs des taux de redressement que vous présentez dans votre blog. Auriez-vous un commentaire à faire sur les résultats de dimanche dernier?
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BXK : J'aime votre point de vue
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Rieu Dorothée : Notre étude "Les sondages politiques influencent les intentions de vote des électeurs" vient de sortir et a mesuré pour la première fois le degré d'influence des sondages sur les intentions de vote. Tout le monde insinue cette influence, en parle, mais personne ne l'avait chiffrée. Nous avons mené cette étude sans souscripteur, et en collaboration avec des chercheurs de psychologie cognitive et sociale de l'université Aix-Marseille. Notre institut Mediamento est indépendant. Communiqué ici : http://mediamento.com/actualites120420.html
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Laurent Brasier : Bonjour, je serais tout à fait d'accord avec vous s'il s'agissait d'un sujet scientifique, or c'est une question avant tout politique. La science sur laquelle est basée les sondages est bien connue et suffisamment critiquée, mais aussi suffisamment robuste. Lorsque, au lieu de s'interroger sur les raisons de tel ou tel vote, on remet systématiquement en cause la méthode (oui, mais c'est fait en ligne, oui mais l'échantillon est trop petit...) pour minimiser ce qui est pourtant manifeste, on se prépare à la catastrophe. On n'a pas voulu voir depuis 10 ans que le FN était un vote d'ouvrier. Aujourd'hui on est en train de fermer les yeux sur le fait que c'est un vote de jeunes, en se focalisant sur les échantillons... Pour ce qui est des sondeurs interrogés, je pense qu'ils font de leur mieux pour appeler à la prudence sur l'interprétation des données (tout en aimant beaucoup les médias, c'est leur nature).
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Laurence Bianchini : La méthode scientifique doit être appliquée à toute démarche expérimentale. L'interprétation des résultats obtenues doit ensuite être menée en connaissance de cause : méthode, incertitude etc. Une fois cette analyse faite, il est alors possible de l'interpréter, si et seulement si, on connait les limites de la méthode. Après vous pouvez éventuellement suggérer des conclusions politico-sociologiques mais tout en prenant d'amples précautions. Les résultats du premier tour et leur divergence face aux résultats annoncés par les sondages sont un bel exemple montrant que les sondages peuvent deviner les grandes tendances d'un vote mais se heurtent rapidement à leurs limitations. Je voudrais toutefois souligner que le fait de relever les sources d'erreurs et les limites d'une méthode n'est pas une 'critique' telle que vous le voyez. La critique relève du jugement. Nous voulons dans ces articles apporter des informations car il faut toujours connaitre et comprendre les outils que l'on utilise.
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Laurence Bianchini : Merci à vous tous, théoriciens, enseignants, sondeurs, journalistes, d'avoir apporté à cette discussion vos points de vue issus de différents milieux professionnels.
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Laurent Brasier : Euh non. Je retente d'expliquer mon point de vue. 1/ Un sondage politique est un sondage politique, avant tout. 2/ Ses limites méthodologiques sont connues, ça n'interdit effectivement pas de les rappeler. 3/ Compte tenu des ces limites, on ne peut pas dire que les résultats du 1er tour divergent tant que ça des estimations... à part les deux votes extrêmes, dont les intentions exprimées sont délicates à redresser - et ça c'est un sujet qui va avoir de plus en plus d'importance dans les prochaines élections (et oui, là-dessus il y a blackout des instituts) 4/ Ce n'est pas votre article qui est critique, mais l'ensemble des commentaires faits sur la non fiabilité des sondages (ceux des politiques étant les pires) ; j'ai réagi par rapport à ce contexte, pour la raison qui suit : 5/ Ceux qui font ces commentaires (pas vous, donc), ne se rendent pas compte que pendant qu'ils pinaillent sur les méthodes, les résultats qui ne les arrangent pas se confirment dans les urnes ; dans 10 ans, on va se retrouver avec une grosse blonde à la présidence et on se rendra compte qu'on aurait mieux fait de regarder un peu plus attentivement les sondages, et ce qui est recoupé par exemple par le discours de beaucoup de profs par : les 18/24 ans ont vraiment de sales idées en tête pour le futur... Et donc, oui c'est politique, on ne doit pas en faire abstraction.
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Antoine Taly : Pour moi la question des sondages peut être découpée en deux phases: -une première phase de constitution du sondage. Cette phase me semble clairement scientifique, il y a d'une part la notion d'échantillonnage (statistiques) et le problème des biais dans les réponses (catégories SP sous représentées et sous déclaration du vote FN notamment). Les biais sont en principes corrigés par les redressement et la méthode des quotas. - Ensuite il y a une phase d'analyse. Très politique (et importante). Mais cette phase ne peut pas complètement être déconnectée de la première. En effet, les catégories constituées pour les sondages ont pour but d'avoir un échantillon global représentatif pas d'êtres analysés directement. La taille de certains d'entre eux est relativement faible si bien que l'aléa statistique est significatif et s'ajoute aux biais évoqués plus haut). Les analyses doivent donc être faites avec prudence.
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Simon Contraires : Merci Laurence pour cet article et merci à tous pour la qualité des débats et apports dans les commentaires. :) Simon, échantillon non-représentatif, prêt à positiver en ce jour de débat.
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paule : Lisez "la persuasion clandestine" de Vance Packard aux éditions Calman Lévy. Tout est dit depuis le début des années 60.
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François Saint Pierre : Quelques compléments à votre article. Pourquoi le 6 mai 2012 les sondages se sont encore trompés. Le 6 mai 2012, conformément aux prévisions, François Hollande a été élu Président de la République. Pourtant le score de Nicolas Sarkozy a été meilleur que celui prévu par les instituts de sondages y compris lors des estimations construites avec les sondages fait à la sortie des urnes. Erreurs de 1 à 2% qui n’a pas eu de conséquences mais qui montre bien que tous les instituts ont fait une erreur commune dans le redressement des données brutes. Cette erreur était jusqu’à présent classique quand il s’agissait d’évaluer le vote en faveur du Front National. Beaucoup d’électeurs n’osent en effet déclarer une intention de vote pour un parti considéré très négativement par la classe médiatique dominante. Vote assumé dans l’isoloir, mais beaucoup moins dans l’espace social. Ce phénomène jusqu’à présent ne concernait que le FN, il me semble que dans cette élection il a aussi considéré le vote pour Nicolas Sarkozy. Si cette explication s’avère vraie, elle confirmerait le sentiment de beaucoup de commentateurs politiques d’une ouverture très sensible de l’UMP et de son candidat aux thèses de l’extrême droite. La clarification de cette ambigüité sera un des grands enjeux de la campagne des législatives. http://lecafepolitique.free.fr/spip.php?article270 http://lecafepolitique.free.fr/spip.php?article159
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